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Politique

C’est reparti pour un tour !

« Quatrième tour » : pour Mélenchon, l’opposition à Macron sera... à l’Assemblée

Dans une note de blog récente, Jean-Luc Mélenchon fixe le cap stratégique après les législatives : attendre les prochaines élections, en pariant dans le meilleur des cas sur une dissolution de l’Assemblée dans quelques mois ou quelques années.

mercredi 6 juillet

Crédits photo : Patrick KOVARIK / AFP

Ces cinq derniers mois ont été marqués, à gauche et dans le mouvement ouvrier, par un long « moment électoral ». Pendant la séquence présidentielle, nombre de militants ou intellectuels de gauche ont en effet défendu l’importance d’un « vote utile » pour le candidat de l‘Union Populaire, qui renforcerait nos luttes. Malgré l’échec au 1er tour de la présidentielle, cette séquence s’est très vite prolongée. Mélenchon a en effet immédiatement fixé un nouveau cap : tout miser sur les législatives.

Or, alors qu’on aurait pu croire cette séquence close après les élections et l’échec relatif de la NUPES minoritaire à l’Assemblée, Jean-Luc Mélenchon en a remis une couche la semaine dernière. Dans une note de blog publiée le 28 juin, le leader Insoumis explique en effet que le « quatrième tour a commencé ».

Une référence aux récentes grèves qui ont eu lieu dans des entreprises telles que l’Aéroport de Roissy, la SNCF ou encore Chronodrive, où les salariés relèvent la tête pour obtenir des augmentations de salaires face à l’inflation ? Un appel à se préparer à affronter les attaques à venir comme la réforme des retraites ? Non ! Ce quatrième tour serait en train de se dérouler... à l’Assemblée.

Mélenchon commence par expliquer qu’il « s’en est fallu de très peu que nous obtenions à nous seuls la majorité absolue à l’Assemblée et à encore moins la majorité relative ». Autrement dit, la stratégie était la bonne - ce à quoi les Insoumis ajoutent parfois que ce sont « les gens », ou « les jeunes », qui ne sont pas allés voter. Ensuite, il dépeint une situation où le gouvernement serait en grande difficulté, confronté à « la peur du loup nommé NUPES ».

Mélenchon a raison d’évoquer « la fébrilité et les gesticulations du pouvoir macroniste ». Mais à le lire, le seul facteur agissant de la situation serait l’inter-groupe parlementaire de gauche à l’Assemblée. Comme si l’abstention record et les luttes sectorielles dans la classe ouvrière n’exprimaient pas une colère à la base, ainsi que de potentielles futures explosions sociales qui effraient au plus haut point la macronie…

Et pour cause : alors que le moment électoral prend fin, il s’agit pour l’UP de maintenir la tension sur le terrain parlementaire, dans l’attente d’une prochaine élection. En ce sens, l’horizon dessiné par l’Insoumis est clair : « une saison de courte ou moyenne longueur avant la dissolution ». D’ici là, on est invités se passionner pour les batailles parlementaires de ses camarades à l’Assemblée. Le quatrième tour se mène donc devant sa télé, en spectateur, dans l’attente de pouvoir mettre son prochain bulletin dans l’urne.

Une « guérilla parlementaire » qui se fera cependant dans les règles des institutions de la Ve République. Récemment, le député Éric Coquerel, tout juste élu à la présidence de la commission des finances, a en effet cherché à rassurer : il n’utilisera pas sa possibilité de lever le secret fiscal pour révéler des informations et respectera le fonctionnement de cette institution. Bref, les grands patrons et les exilés fiscaux n’ont pas de quoi trop s’inquiéter, les Insoumis se porteront garants de la confidentialité et ne comptent pas « cibler telle ou telle personne ».

Si on a pu entendre Damien Maudet, député UP, appeler à «  massifier à l’Assemblée la contestation de rue », Mathilde Panot revendiquer d’être « un pied dans l’hémicycle et un pied dans les luttes » ou encore Cédric Durand et Razmig Keucheyan, intellectuels membres du parlement de la NUPES, appeler à « combiner le combat parlementaire avec les mobilisations menées sur le terrain », la perspective tracée par Mélenchon est claire : c’est à l’Assemblée que ça se passe. Et s’il y a des luttes, il s’agit d’abord de les canaliser sur un terrain institutionnel.

Alors qu’une inflation à 7% arrive dès la fin de l’été, que la récession menace, et que le gouvernement compte bien mener des attaques sociales en s’appuyant sur la droite et l’extrême-droite, les récentes grèves pour les salaires montrent cependant que de nombreux travailleurs ne comptent pas s’en tenir là. Un autre « quatrième tour » est donc possible, à condition d’en finir avec les illusions électoralistes qui nous condamnent à l’impuissance, et de prendre nos affaires en main.



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