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Politique

Que cache « l’arc républicain » pour le RIP contre la privatisation d’ADP ?

Ce mercredi 19 juin à Saint-Denis, un meeting a rassemblé l'ensemble des forces politiques du PCF aux Républicains en passant par La France Insoumise et Europe Ecologie-Les Verts. Contre la privatisation des Aéroports de Paris, le rassemblement s'inscrit dans le cadre de la campagne pour récolter pas moins de 4,5 millions de signatures nécessaires à l'organisation d'un Référendum d'Initiative Partagée (RIP). Mais alors qu'après 6 mois de mobilisation des Gilets Jaunes les élections européennes ont laissé un paysage politique en ruine, qu'est-ce qui se cache derrière ce « front républicain » à la fois de droite et de gauche, contre la privatisation des Aéroports de Paris ?

vendredi 21 juin

La privatisation des Aéroports de Paris prévue dans la loi Pacte adoptée par le parlement le 11 avril s’inscrit dans le cadre du rouleau compresseur anti-social conduit par Emmanuel Macron. Et si ce processus a commencé en 2005 avec la transformation de l’établissement public en société anonyme, puis son introduction en bourse en 2006, il est clair que la vente prévue par la loi Pacte des 67% de parts du capital que l’Etat continue à détenir (9,7 milliards d’euros) est dans la continuité du projet macroniste de casse des services publics. Non seulement les 10 milliards d’euros récoltés par la vente seront directement redistribués aux entreprises privées via un « fond pour l’innovation de rupture », mais il signifie encore une amplification de la précarisation des travailleurs de ce secteur qui seront un peu plus soumis à la remise en cause de leurs droits à chaque changement de propriétaire, de même que des usagers qui verront les prix des billets d’avion varier selon la volonté des actionnaires. La lutte contre la privatisation des Aéroports de Paris, et pour leur nationalisation sous contrôle des travailleurs et usagers est donc légitime.
 
Cependant ce n’est pas vraiment à ce projet que souscrivent tous les partis politiques engagés dans la campagne pour le RIP contre la privatisation des Aéroports de Paris. Il semble plutôt que cette initiative s’inscrit dans le cadre d’une opération de communication de la part de certaines de ces organisations qui ont accompagné, voire ont été les véritables architectes des politiques libérales d’austérité et de privatisation des services publics. Ainsi en est-il des Républicains et de leur candidat François Fillon, qui proposait pendant la campagne présidentielle de 2017 de privatiser non seulement les Aéroports de Paris, mais aussi entre autres Engie ou EDF afin de récupérer plusieurs milliards et de les convertir en baisses d’impôts pour les grandes entreprises. Or aujourd’hui Les Républicains disent s’opposer à la privatisation des Aéroports de Paris au nom du contrôle des migrations et de la défense des lignes intérieures. Alors que le premier argument relève d’une rhétorique xénophobe et anti-migrants qui n’a rien à envier au Rassemblement National, le second est bien étonnant sachant que les députés LR ont voté à l’unanimité en 2018 le Pacte Ferroviaire qui prévoyait la privatisation de la SNCF... et par conséquent la fermeture des petites lignes jugées non-rentables !
 
Alors pourquoi Les Républicains rejoignent-ils maintenant la campagne lancée par le PCF et La France Insoumise contre la privatisation des Aéroports de Paris ? Tout d’abord parce que cette campagne s’inscrit sur un plan strictement parlementaire qui n’a aucune chance d’aboutir. En effet, non seulement récolter en 9 mois les 10% du corps électoral nécessaires pour organiser un Référendum d’Initiative Partagée (RIP) signifie recueillir pas moins de 17.000 signatures par jour... alors même que le site internet prévu à cet effet est d’ores et déjà défaillant, qu’il est peu probable que ce chiffre soit atteint d’autant plus en période de vacances, que les nombreux travailleurs immigrés des Aéroports de Paris sont exclus du droit de vote, et surtout que même en cas de succès le texte de loi reviendrait finalement à l’assemblée nationale... où les députés macronistes ont la majorité absolue ! Ainsi Les Républicains s’engagent à peu de frais dans une campagne contre la privatisation des Aéroports de Paris qui n’a aucune chance d’aboutir en l’état. Leur participation à cette campagne a bien plutôt l’air d’une tentative pour se reconstruire dans un paysage politique en ruine après la claque des européennes, en essayant de capitaliser sur l’opinion publique largement défavorable à la politique du gouvernement Macron, et sur l’illusion que le RIP s’apparenterait à une version light du RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne) – une des principales revendications des Gilets Jaunes – alors même que le RIP pour toutes les raisons que nous venons de citer, est loin de ressembler à la revendication démocratique radicale exprimée pendant les six derniers mois sur les ronds-points et dans les manifestations du samedi.
 
En s’associant aux Républicains dans une telle campagne, le PCF et La France Insoumise sont également comptables de cette opération politicienne de bas étage. D’une part LFI, le PCF et la direction de la CGT poursuivent dans une orientation parlementaire, en dehors des luttes, qui ne propose rien d’autre qu’un RIP qui ne pourra jamais permettre de remettre en cause la privatisation des Aéroports de Paris, et surtout pas la grève. D’autre part, le focus mis sur la privatisation d’ADP crée un écran de fumée sur les autres réformes du gouvernement, à commencer par l’attaque sur l’assurance chômage tout juste mis en œuvre et la réforme des retraites à venir. Ruffin a ainsi appelé à ce que le RIP devienne le « principal sujet de discussion » à travers la campagne du référendum.

 
Si en théorie plus un arc de force est large, plus le volume de force en mesure d’être engagé dans la lutte est censé être grand, le problème apparaît lorsque cet arc de force devient si large qu’il intègre ceux-là mêmes qui sont les architectes des politiques néo-libérales de privatisation et de casse des services publics, opposés en tout point à la lutte. En étendant ce front jusqu’aux Républicains, tant la gauche populiste que la vieille gauche réformiste qui promettait un « big bang » pour se recomposer, désarment les luttes nécessaires contre ce gouvernement à venir. Pour faire face à ces attaques de tous bords de la part d’un gouvernement bien décidé à repartir à l’offensive tous azimuts, il faudra un plan d’ensemble pour construire un rapport dans la rue, les lieux de travail et d’études, par la grève et les manifestations, une voie qu’ont commencé à ouvrir les Gilets Jaunes il y a quelques mois.

Crédits photo : THOMAS SAMSON / AFP




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