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Que cache le « soutien » de Trump aux manifestants hongkongais ?

Dans le cadre des avancées vers un accord commercial partiel entre les Etats Unis et la Chine, le « soutien » de Trump aux manifestants hongkongais est une manœuvre pour faire pression sur Pékin.

samedi 30 novembre

« J’ai signé ces lois par respect pour le président Xi (Jinping), la Chine, et le peuple de Hong Kong ». Une déclaration de Trump qui ne fait pas rire Pékin alors que ce dernier explicitait la promulgation mercredi du « Hong Kong human rights and democracy Act ». Jusque-là, le président américain avait ménagé la chèvre et le chou assurant être « avec » les manifestants hongkongais pro-démocratie mais affirmant aussi avoir confiance en Xi Jinping pour une sortie de crise. Si des bruits de couloir font valoir une certaine hésitation de Trump avant d’apposer sa signature, le président des Etats-Unis n’a pas tremblé bien longtemps alors que le document avait été adopté à une écrasante majorité par le Congrès américain la semaine précédente.

Mais quelle est donc cette loi qui a déclenché l’ire du pouvoir chinois ? Les Etats-Unis menacent de suspendre le statut économique spécial accordé par Washington à l’ancienne colonie britannique (rétrocédée en 1997 à Pékin), si les droits des manifestants ne sont pas respectés. Hong-Kong est effectivement jusque-là exonéré des restrictions qui s’appliquent à la Chine continentale. Une situation favorable économiquement non seulement pour Hong-Kong (lui permettant de devenir un pôle financier international), mais par ricochet à toute la Chine. Le texte conditionne le maintien de ce statut à la validation annuelle par l’administration américaine d’une situation jugée convenable en matière de respect des droits de la part d’autorités hongkongaises largement sous l’emprise de Pékin.

Le texte évoque aussi une condamnation individuelle possible contre des chinois jugés responsables de l’érosion de l’autonomie à Hong Kong et évoque la possibilité d’octroi de visas américains pour des hongkongais considérés comme détenus politiques. Le Congrès américain a par ailleurs approuvé une mesure interdisant aux firmes américaines la vente à la police hongkongaise de matériel destiné à réprimer le mouvement de contestation. Trump l’a également promulguée.

Comme on peut voir cette loi a très peu à voir avec la défense des manifestants mais plutôt avec une tentative de profiter d’un moment de faiblesse du pouvoir central chinois, de faire pression sur lui afin d’obtenir des conditions commerciales plus favorables pour les Etats Unis.

« Une abomination absolue » : réaction immédiate de la Chine et menaces de représailles

Pékin a réagi violemment qualifiant la loi d’« abomination absolue ». La diplomatie chinoise a évoqué dans un communiqué l’éventualité de « représailles » face à un texte qui dissimule « de sinistres intentions ». Preuve d’une hausse de la conflictualité entre les deux pays, pour la deuxième fois en l’espace de quatre jours, l’ambassadeur américain Terry Branstad, a été convoqué au ministère chinois des Affaires étrangères qui appelle le Pentagone à « ne pas mettre en oeuvre » le texte en question.

Alors que les élections pour des représentants de districts ont démontré ce dimanche 24 novembre que l’appui de la population au mouvement de contestation est massif (86% de votes pour les candidats pro-démocratie (ou anti-Pékin) avec une participation historique de 71%), Pékin criminalise une nouvelle fois les manifestants. Le texte de loi est accusé de "soutenir effrontément les actes commis contre d’innocents citoyens qui ont été frappés, blessés et brûlés (...) par des criminels violents".

Qualifiée de « complot » voué à « l’échec », cette loi est une « ingérence grave dans les affaires intérieures de la Chine et viole gravement les principes fondamentaux du droit international » selon le ministère des affaires étrangères chinoises. Si les autorités chinoises sont restées évasives sur les potentielles « contre-mesures », Charles Pellegrin, correspondant France 24 à Pékin en mentionne certaines possibles. « Récemment la Chine qui avait fait de nombreuses promesses d’achat de produits agricoles américains pour redresser la balance commerciale entre les deux pays, pourrait arrêter ces achats ou promesses d’achat ce qui ferait du mal à une base électorale très importante pour Donald Trump en vue de sa réélection en 2020, celle des fermiers américains. Il y avait eu aussi pas mal de progrès sur le dossier de la protection de la propriété intellectuelle pour les entreprises étrangères sur le marché chinois, on pourrait aussi voir ce processus ralenti. L’exécutif chinois pourrait également décider d’appliquer des mesures similaires contre des individus américains jugés responsables de l’embrasement de la situation à Hong-Kong. »

En réalité le gouvernement chinois sait que les Etats Unis ont profité pour frapper sur l’un de leurs points faibles. Etant incapables de mettre fin à la contestation hongkongaise, les autorités chinoises ont été forcées d’y envoyer l’armée. Les images de la répression font le tour du monde depuis plusieurs mois. Et cela ne peut être qu’une très mauvaise nouvelle pour Pékin. Comme l’explique George Friedman : « À un moment où la Chine essaie de se présenter comme une alternative mondiale aux États-Unis, elle ne veut pas que d’autres pays, en particulier ceux d’Europe, remarquent les violations des droits de l’homme ». C’est précisément là que Trump a décidé de taper.

Trump en bon samaritain, vraiment ?

Trump n’est pas devenu du jour au lendemain le chantre de la démocratie et de l’auto-détermination des peuples, sinon pourquoi n’a-t-il pas promulgué de lois similaires pour l’Algérie, le Soudan, l’Equateur ou le Chili récemment ?

En ce sens, le Congrès et le président américain s’engouffrent simplement dans la brèche ouverte par une contestation à Hong-Kong afin d’affaiblir un peu plus leur adversaire-partenaire chinois. Hong Kong est l’un des centres financiers les plus importants du monde, l’un des principaux ports mondiaux pour le trafic de conteneurs et, sur le plan politique, la tête de pont de la République populaire de Chine à l’ouest. Alors que l’ex-colonie britannique perdra son statut politique, économique et social particulier en 2047, Pékin essaie depuis de nombreuses années de lui rogner. En effet, comme l’écrivait Juan Chingo en juin dernier : « Si l’intérêt des principaux groupes locaux en tant que bénéficiaires du développement capitaliste de Hong Kong est enclin au statu quo, la consolidation du contrôle de Pékin profitera à l’Etat et aux capitalistes chinois. »

C’est ce qui a mis le feu aux poudres en juin dernier face au projet d’extradition des citoyens hongkongais vers la Chine. Juan Chingo poursuivait : « les mobilisations massives de la population de Hong Kong sont la première réaction significative à son tournant autoritaire depuis son arrivée au pouvoir en 2012. Elles sont une pierre dans la chaussure bonapartiste de Xi. Comme le dit Willy Lam de l’Université chinoise de Hong Kong : ‘Xi Jinping tente de projeter l’image d’un supernationaliste. L’affaire hongkongaise entame cette image, le dirigeant de 1,4 milliard de Chinois est incapable de contrôler un territoire de 7 millions d’habitants’. »

C’est uniquement avec cette boussole qu’il faut comprendre la politique opportuniste de l’exécutif américain volant au secours des manifestants réprimés. Le 24 juin dernier, le constat de Juan Chingo est le suivant : « Dans l’immédiat et face aux négociations commerciales cruciales du prochain sommet du G20 au Japon, les événements inattendus de Hong Kong affaiblissent la position de la Chine dans sa "guerre commerciale" avec les États-Unis. L’utilisation de la bannière des droits de l’homme à nouveau ainsi que la fin des concessions économiques américaines à ce territoire s’il y a un changement de son statut actuel ont été brandies par l’administration Trump comme nouvelles menaces contre un pouvoir chinois de plus en plus accablé. » Cinq mois après rien ne semble avoir changé. Et la guerre commerciale est toujours d’actualité.




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