^

Monde

Cuba

Que signifie le vote de la nouvelle constitution cubaine ?

Ce dimanche, la nouvelle Constitution cubaine a été ratifiée sans surprise à 86%. Loin d’être une révolution démocratique, ce référendum entérine la reconnaissance de la propriété privée, l’économie de marché et les investissements étrangers. Un texte qui permet à la bureaucratie d'avancer dans la restauration capitaliste tout en maintenant son pouvoir politique, ses privilèges et ses affaires avec le capital étranger.

mardi 26 février

Crédit photo : AFP /Adalberto Roque

Ce dimanche, environ 9 millions des personnes ont participé à la consultation qui a ratifié la nouvelle Constitution cubaine, approuvée à l’unanimité à l’Assemblée Nationale en décembre dernier. La victoire du « oui » ne faisait aucun doute et récolté 86% des voix.

La modification de la Constitution de 1976 s’inscrit dans la lignée des plans de Raúl Castro et Miguel Díaz-Canel qui, déjà dans leurs discours de passation de pouvoir le 19 avril, démontraient une volonté de faire passer des réformes qui adapteraient Cuba aux changements pro-marché qui ont eu lieu au cours de la dernière décennie, particulièrement depuis 2011 avec les lineamientos (les directives pour une « actualisation du modèle socialiste cubain »).

Ces réformes, avaient déjà provoqué un affaiblissement de l’économie nationalisée et le licenciement d’un demi-million des travailleurs. Il y a néanmoins des changements importants avec cette nouvelle constitution, notamment l’introduction de la propriété privée capitaliste dans les formes de propriété et le rôle du « marché » et des investissements étrangers dans l ’ « économie socialiste », qui sont déjà une réalité à Cuba, mais qui jusqu’à présent n’avaient aucun statut constitutionnel. Ces changements sont profonds et historiques. Si cela est enrobé par des concepts tels que le « contrôle » et « régulation » par l’État, les changements donnent « la sécurité juridique » aux entrepreneurs et ouvrent la porte aux réformes à venir pour développer et / ou approfondir les éléments capitalistes opérant dans l’économie cubaine.

Le modèle n’est autre que les systèmes de « marché socialiste » de la Chine et du Vietnam, qui se sont tournés vers le capitalisme avec un fort contrôle de l’État, tout en maintenant le régime de parti unique et de la bureaucratie dirigeante.

Après des années d’embargo, et plus récemment avec la situation particulièrement tendue au Venezuela, la bureaucratie cubaine a choisi de se tourner vers une restauration du capitalisme sous contrôle étatique, qui en rien ne représente la phraséologie révolutionnaire du texte de la nouvelle Constitution : « caractère irrévocable du socialisme » ou la revendication du marxisme-léninisme en tant que « principal fondement idéologique de nôtre processus révolutionnaire ». Cette nouvelle constitution reflète l’orientation politique, étroitement liée aux intérêts de la bureaucratie qui s’enrichit par le contrôle des entreprises publiques clés et non une réflexion sur la société comme ils veulent le faire croire à la conscience populaire.

D’ailleurs, cette reforme constitutionnelle a été accompagnée de près par une commission spéciale du bureau politique du Parti Communiste, qui était dirigé par Raúl Castro. Si les « consultations

populaires » sont mises en place depuis l’approbation du projet à l’Assemblée, il est vital de clarifier la bureaucratisation interne du parti, dont la soi-disant « consultation » se réalise sous le contrôle du parti unique et des organisations des masses, qui ne sont autre que les organisations satellites du PCC et qui ne permettent pas une organisation des masses indépendante. Pour preuve, les réunions n’étaient que consultatives. A l’exception de l’Église catholique, il est impossible de s’organiser en dehors de ces institutions pour diffuser des idées et des propositions. Les propositions issues des réunions ont été systématiquement triées. Ainsi la proposition d’élection directe du Président très revendiquée n’a pas été retenue et c’est le mécanisme d’élection indirecte qui est maintenu par l’intermédiaire de l’Assemblée nationale. L’Église, très influente à Cuba, a quant à elle pu faire campagne contre le mariage pour tous et le faire enlever de la version finale.

Malgré les grands changements prévus dans la nouvelle Constitution au sein du système politique, le régime de parti unique sera donc maintenu. Mais en plus de ça, d’autres fonctions s’ajoutent pour cadenasser la politique cubaine comme les postes de Premier Ministre et Gouverneur qui sont proposés par le Président et votés en Assemblée Nationale, la réélection du Président jusqu’à deux mandats de 5 ans et l’élimination des Assemblées Provinciales du Pouvoir Populaire.

Cette nouvelle constitution n’est donc pas un texte qui défend la révolution comme l’explique le pouvoir mais permet à la bureaucratie d’avancer dans la restauration capitaliste en maintenant son pouvoir politique, ses avantages, ses privilèges et son pouvoir économique au grand dam des travailleurs cubains.




Mots-clés

Cuba   /    Réforme constitutionnelle   /    Monde