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Politique

Hendaye

Quelle opposition au G7 ? Une prise de position sur le contre-sommet

Du côté d’Hendaye, un contre-sommet était organisé ces derniers jours avec l’objectif de s’opposer au sommet impérialiste du G7 qui se tient à Biarritz. Un évènement salutaire mais qui laisse une question ouverte : comment en finir avec ce système capitaliste, l’offensive néolibérale et la catastrophe écologique qui menace ?

vendredi 23 août

Photo : Plusieurs centaines entament une manifestation spontanée le jeudi 22 août. Sud Ouest / V. D.

Disons-le d’emblée : l’opposition au G7 organisée à Hendaye est plus que salutaire. Le contre-sommet - organisé par un large panel d’associations, issues de l’altermondialisme, de l’écologie ou encore de l’autonomisme basque, a permis d’incarner l’opposition au sommet des 7 principaux chefs d’état impérialistes dans le monde, qui organisent le désastre écologique et la montée des inégalités. Et ce d’autant plus qu’avec plus de 10.000 participants, il s’agit d’une des plus grosses oppositions à un sommet international depuis plusieurs décennies.

Le programme du contre-sommet aborde des sujets variés : les luttes sociales, l’écologie, le féminisme, les guerres et l’impérialisme ou encore la lutte du peuple palestinien. Il assume une ligne radicale qui propose « un autre monde » en « sortant du capitalisme et de la dictature des multinationales ». Il est vrai que quand on analyse le fonctionnement du capitalisme, on comprend bien qu’il est impossible de trouver une solution aux problèmes sociaux et écologiques qui se posent dans le cadre de ce système. Au contraire, la tendance est, ces dernières années à l’explosion des inégalités –illustrée une nouvelle fois par les chiffres sur la croissance record des dividendes qui viennent d’être publiés- et la catastrophe écologique –avec les nombreux incendies désastreux en Amazonie ces derniers jours. Tout cela est loin d’être un accident mais tient au fonctionnement même du capitalisme. Les participants ne se contenteront pas d’une opposition rhétorique puisque les journées du samedi et dimanche sont consacrées à une grande manifestation et à plusieurs actions visant à défier le gigantesque dispositif répressif mis en place pour l’occasion dans une région en état de siège.

Cependant, la question est de savoir de quelle opposition nous avons besoin de construire face au capitalisme, non seulement pour résister aux attaques mais pour pouvoir contre-attaquer et mettre en place un autre système ? Or, de ce point de vue, le programme du contre-sommet apparait comme une juxtaposition des luttes sociales et économiques en cours mais ne propose pas de fil à plomb stratégique pour articuler l’ensemble de ces fronts de bataille.

En particulier, le contenu du contre-sommet est traversé par un large sentiment antipolitique. Celui-ci a pu s’exprimer à l’ouverture du contre-sommet lors d’un atelier intitulé « voies de l’émancipation, de l’échelon municipal à l’international » avec des représentants d’EELV, de la FI et du NPA. Ces derniers ont en effet été interpellés par des militants qui étaient gênés de la présence de figures politiques, les taxant de récupération. Ceux-ci ont pu quand même s’exprimer. Le rejet de la politique dominante est certes compréhensible, avec l’ensemble des trahisons de la « gauche » ces dernières années, à commencer par la politique néolibérale mise en place par le gouvernement soi-disant socialiste de Hollande. Mais de là à jeter le bébé avec l’eau du bain… jusqu’à y plonger Olivier Besancenot qui, comme il le rappelle, est loin d’être un politique comme les autres : « Moi je suis un travailleur, je travaille à 90 % au guichet, je prends sur le temps libre qui me reste ou sur des journées de grève pour participer à des initiatives militantes, donc ça n’est pas ça qui m’intéresse ».

Surtout, cette confiance illimitée dans la lutte sociale tend à relativiser les tâches propres de la lutte politique dans l’affrontement avec le capitalisme. En refusant de poser la question de ce que pourrait être une "autre" politique, révolutionnaire, elle laisse le champ libre à ceux qui cherchent à coopter des figures des mouvements sociaux pour mieux les canaliser. La politique a horreur du vide et le mouvement altermondialiste l’a appris à ses dépens. Celui-ci a été utilisé –contre la volonté de nombre des militants de base- comme un tremplin politique pour plusieurs personnalités politiques du mouvement vert ces dernières décennies. C’est notamment le cas du côté d’EELV, qui s’est converti ouvertement à l’économie de marché et au « capitalisme vert », incarné par la candidature de Jadot aux Européennes qui proposait un « Green New Deal ». Un paradoxe qui conduit, alors même que le contre-sommet se revendique de la bataille contre le néolibéralisme et le capitalisme, à inviter dans le meeting du vendredi soir Cécile Duflot… qui, si elle est invitée en qualité de présidente d’Oxfam France, a quand même sur son CV d’avoir participé à l’opération de « green washing » du gouvernement Hollande qui a approfondi l’offensive néolibérale.

A ce titre, on pourrait s’interroger sur la présence de ces gigantesques ONG telles que peuvent l’être Oxfam ou Greenpeace. Ces organisations qui défendent à l’origine des causes justes telles que la lutte écologique ou contre les inégalités se sont progressivement converties, au fur et à mesure de leur existence, en appareils de pression et de lobbys au sein même du système, animés par des professionnels de la lutte parlementaire, en étant parfois même financés par les appareils d’Etat comme dans le cas d’Oxfam. De ce point de vue, elles contribuent tout autant à dénoncer et visibiliser les scandales des grands patrons, avec leurs nombreux rapports sur l’écologie ou les inégalités, qu’à repeindre la façade du capitalisme et son lot de politiques néolibérales, impérialistes et anti-écologiques. En dénonçant les « excès » du capitalisme et en conseillant les grands groupes capitalistes sur la politique à mener, elles se situent dans l’optique illusoire de « moraliser » le capitalisme. Pire, ces organisations peuvent parfois se rendre complices de l’intervention impérialiste et de ses pires horreurs, à l’image des révélations sur le système d’abus sexuels organisé dans plusieurs ONG dont Oxfam dans des pays pauvres.

Enfin, on notera que le mouvement ouvrier au sein du programme du contre-sommet est mis au second plan. Pourtant, si l’on projette d’en finir avec le capitalisme, difficile de penser que cela pourrait se faire sans les secteurs les plus concentrés de la classe ouvrière qui disposent de la capacité à bloquer la production des capitalistes… et de se la réapproprier collectivement pour en faire autre chose. Seule exception, l’atelier organisé le jeudi à 15h ayant pour thème « Fin du monde, fin du mois, même combat » avec le porte-parole de Solidaires et le secrétaire général de la CGT. On s’étonnera cependant de trouver dans un atelier ayant comme titre un slogan de convergence entre mouvement écologiste et Gilets Jaunes les directions syndicales qui ont organisé activement la séparation entre le mouvement ouvrier organisé et les Gilets Jaunes, et ce sans une ligne critique sur leur politique. A l’heure où les syndicats veulent se positionner en faveur du climat, on ne saurait faire l’économie d’un bilan critique de leur rôle dans le mouvement des Gilets jaunes, de leur silence coupable face à la mort de Steve, autant que des perspectives qu’ils proposent pour lutter contre la crise écologique.

Cette question est plus que jamais d’actualité s’il s’agit d’organiser la lutte contre le gouvernement Macron. Alors que les braises du mouvement des Gilets Jaunes sont encore chaudes, additionnés aux étincelles des nouvelles affaires (mort de Steve, démission de De Rugy) et de l’attaque sur nos retraites préparée par le gouvernement, toutes les conditions sont réunies pour une nouvelle explosion qui pourrait coûter encore davantage à Macron. Mais cela suppose de combattre le plan de bataille proposé une nouvelle fois par les directions syndicales pour la rentrée, c’est-à-dire le scénario répétitif et désespérant des journées de grève isolées et sans lendemain avec pas moins de cinq journées différentes déjà annoncées pour le mois de septembre.

Un mouvement de rentrée qui puisse combiner la radicalité des Gilets Jaunes avec la force des secteurs les plus concentrés de la classe ouvrière, de tous ceux qui dans les quartiers populaires subissent au quotidien le racisme et les violences policières et d’une jeunesse toujours plus précaire. Voilà la combinaison qui est posée dans la situation et qui donne des sueurs froides à Macron. Ce serait la meilleure manière de mettre un coup d’arrêt à sa politique ultra-libérale et surtout de poser les bases concrètes de la remise en cause du système capitaliste.




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