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Jeunesse

Le Poing Levé, pour des élus au service des luttes

Quelles sont les listes présentes pour les élections étudiantes au Mirail ?

Les 10, 11 et 12 février ont lieu des élections étudiantes au Mirail-UT2J. Quelles sont les listes qui s’y présentent ? Pour y voir plus clair et comprendre les enjeux des élections au Mirail, retour sur le rôle des conseils centraux et sur les politiques que les différentes listes y proposent.

mercredi 10 février

Ces 10, 11 et 12 février, les étudiants des différents sites de l’université Toulouse-II Jean Jaurès-Le Mirail, sont appelés à voter, en ligne, pour élire les représentants étudiants (pour deux ans) dans les conseils centraux de l’université, à savoir le Conseil d’Administration (CA) et la Commission Formation et Vie Universitaire (CFVU). Ces élections ont lieu dans un contexte dramatique de précarisation massive de nos conditions de vie et d’études. Une dynamique qui se retrouve dans toute la société : depuis mars on recense en moyenne 3000 licenciements par semaine ! Avec la crise sanitaire actuelle, le modèle des universités construit sur la précarité (des agents d’entretien, à l’administration en passant par les profs contractuels, et évidemment avec les étudiants) craque de toute part. En ce sens, les élections universitaires sont l’occasion pour les militants du Poing Levé de présenter un programme d’urgence pour en finir avec la précarité structurelle à l’université en indépendance totale des conseils universitaires. Par là nous entendons la volonté de rompre avec la logique qui consiste à jouer dans les conseils aux gestionnaires de la misère imposée par le gouvernement.

La « cogestion » étudiante émerge dans l’université post-Mai 68. Des membres du personnel non-enseignant et des étudiants sont intégrés aux conseils des universités, dans le but de canaliser le mouvement étudiant qui vient de faire une démonstration de sa force. En faisant participer les étudiants, au travers de leurs représentants, à l’administration des universités, le gouvernement cherche également à se dédouaner en les rendant « responsables » des politiques qui sont mises en œuvre.

Avec la liste du Poing Levé, portée par des militants du NPA-Révolution Permanente et des indépendant.e.s, nous le disons tout net : nous nous présentons dans ces conseils sans aucune illusion, ce sont des institutions anti-démocratiques, n’ayons aucune confiance en eux ! Il ne s’agit pas que d’une question de nombre d’élus étudiants (6 sur 36 au CA, 16 sur 40 en CFVU). Tout est verrouillé pour que ne s’y exprime que ce qui s’accorde à la gestion de la misère : le reste est proscrit d’avance ou sera porté et cassé devant les tribunaux plus tard.

Depuis 50 ans, les classes dominantes veulent défaire les acquis de Mai 68 (réinstaurer la sélection, revenir sur la gratuité de l’enseignement etc.) quitte à affaiblir les aspects de cogestion. C’est le sens, dans la lignée de la loi LRU (2007) sous Sarkozy et de la loi Fioraso (2013) sous Hollande, des tentatives de fusion d’université. Ces deux lois ont notamment entériné un renforcement du pouvoir des président.e.s d’université, acteurs centraux de la poursuite des politiques austéritaires, mais aussi d’une augmentation de la représentation d’intérêts privés dans les universités. Toute poursuite d’une logique cogestionnaire dans les instances universitaires implique l’adaptation et l’acceptation totale ou partielle de ce cadre.

Quelles listes se présentent aux élections au Mirail ?

- L’AGEMP-FAGE, un macronisme à visage humain

La Fédération des Associations Générales Étudiantes (Fage) présente à l’UT2J sous le nom de « Bouge ta Fac avec l’AGEMP » a profité ces dernières années du recul de l’UNEF pour se positionner comme une organisation légitime à la discussion avec le gouvernement pour négocier l’austérité dans les universités. Fédération d’associations étudiantes corporatistes locales, elle joue le rôle de véritable courroie de transmission du Plan Étudiant du gouvernement. Celle-ci affirmait déjà en 2017 être « la seule organisation étudiante à s’être investie dans l’élaboration du Plan Etudiants puis à avoir soutenu la philosophie de la réforme du premier cycle qui en découlait. ». Il suffit de revenir sur ses derniers coups d’éclats comme son soutien à la sélection à l’Université en mai 2018 ainsi que son opposition aux mobilisations étudiantes pour rappeler l’hypocrisie d’une profession de foi qui affirme dès le premier paragraphe que la Fage serait une organisation engagée « à lutter contre la sélection à l’université ».

La liste milite par exemple pour la mise en place de “Massive Open Online Course” (MOOC) ainsi que pour la "professionnalisation des formations”. Ces revendications signifient avant tout une précarisation de l’ensemble du personnel universitaire (enseignants et BIATSS), la normalisation des cours en ligne qui ont déjà montré leurs conséquences sur les conditions de travail des enseignants. De plus, ils revendiquent une adaptation toujours plus grande de l’université aux intérêts du marché en incluant au sein des cours de sciences humaines des modules de « management ».

Au Poing Levé nous soutenons qu’une liste luttant dans l’intérêt des étudiants et non pas du gouvernement et du patronat doit rejeter toutes négociations avec le gouvernement visant à l’accélération de l’austérité universitaire et de la précarité des enseignants, administratifs, personnels et étudiants. C’est bel et bien en lien avec les salariés dans et hors de l’université, pas avec le patronat, que nous souhaitons construire des mobilisations pour des moyens massifs pour les services publics et l’université.

- La liste « Étudiants progressistes » est la liste de l’UEC (Union des Étudiants Communistes), branche étudiante de la jeunesse du PCF, rejointe par quelques associations universitaires satellites. L’UEC revendique ouvertement ce rôle de cogestion de la misère universitaire et finit par s’adapter aux reculs sociaux imposés par le gouvernement. Nous ne remettons pas en cause que les militants de l’UEC ont pris position contre ces reculs, nous l’avons régulièrement fait conjointement avec les autres organisations étudiantes de gauche de l’université. Cependant, espérer obtenir quelques petites améliorations vis-à-vis de la situation actuelle nous semblent totalement dépassé. L’heure est à la construction de la mobilisation pour imposer un coup d’arrêt aux réformes anti-populaires et sélectives. En ce sens, plutôt que de demander une meilleure gestion des fonds CVEC (frais d’inscription de 90€ pour les étudiants non-boursiers, introduits par la loi ORE-ParcourSup), il faudrait revendiquer la gratuité totale de l’accès à l’université. Le financement des universités et les moyens contre la précarité doivent être pris sur les profits du grand patronat, pas par des frais d’inscription inégalitaires ! Par ailleurs, la tactique des macronistes pour augmenter les frais d’inscription à l’université est celle du nœud coulant : la corde a été passé autour du cou avec l’augmentation pour les étudiants étrangers, il s’agit désormais de serrer lentement. Ainsi, la dérogation mise en œuvre au Mirail, qui doit certes être défendue pour que les étudiants étrangers ne subissent pas plus de précarité, ne saurait en aucun cas être présentée comme un acquis, elle n’est qu’un sursis. Il est indispensable de revendiquer et de se battre pour le retrait total de cet arrêté ministériel de 2019.

Notons tout de même au passage que cette attitude de participation est appréciée par les services de l’Etat. Dans le rapport de 2020 du HCERES (conseil d’évaluation des universités introduit par les lois LRU et Fioraso dans une logique néo-libérale), les experts avancent : « La participation des étudiants à la gouvernance de l’Université est de plusieurs ordres : présence dans les commissions Fonds de Solidarité et de Développement des Initiatives Étudiantes (FSDIE) et Contribution vie étudiante et de campus (CVEC), dans les conseils, participation du Vice-Président Étudiant à l’équipe politique. Le VPE est également présent à la Maison des Initiatives Etudiantes et il est en charge du pilotage de la plupart des dispositifs étudiants. À ce titre, il a une réelle place dans la gouvernance de l’établissement. » 
La participation du Vice-président étudiant (UEC) est particulièrement encensée. A l’inverse, il est regretté que : « La présence étudiante dans les conseils [soit] marquée par une politisation importante d’au moins une partie de la communauté étudiante de l’UT2J. Ceci ne différencie pas particulièrement l’UTJ2 d’autres établissements, mais cette volonté de débat ne se traduit pas par un intérêt particulier pour la participation à la vie institutionnelle de l’établissement au-delà des élus. Par ailleurs, il ressort des entretiens que les élus étudiants représentent souvent une force d’opposition destinée à provoquer le débat, sur des problématiques locales ou nationales, moins une force de proposition dans ces instances. Ceci semble avoir plusieurs conséquences parmi lesquelles la difficulté in fine d’assurer la cogestion étudiante de l’établissement. ».

Finalement cette politique de cogestion du capitalisme est ancrée dans la politique du Parti Communiste. Comment pouvoir se revendiquer d’une « université émancipatrice, sociale et écologique qui protège et rassemble » alors que le PCF se lie régulièrement lors des élections locales aux fossoyeurs de l’enseignement supérieur du Parti Socialiste, à l’image de Nadia Pellefigue aux municipales ? Une élue socialiste, vice-présidente à l’enseignement supérieur au conseil régional qui défend les politiques de fusion (mot désormais prohibé, préférez « politique de site » ou « regroupement d’excellence ») des universités toulousaines, en accord avec la droite et Jean-Luc Moudenc. Face à la situation catastrophique pour la jeunesse, la région (PS) et la métropole (LR/LREM) n’ont rien trouvé de mieux à faire que de relancer une attaque sur cette voie, alors que, étudiants et personnels, nous nous étions massivement mobilisés au Mirail en 2018 pour y résister ! Dernier exemple en date et pas des moindres de l’adaptation du PCF au réalisme politique de la classe dominante, le vote d’un amendement (aux côtés de la droite) de la très islamophobe et répressive loi sur le séparatisme, pour laquelle le gouvernement multiplie les procès en anti-républicanisme, les attaques contre les musulmans et les sous-entendus envers la gauche et l’extrême-gauche, sommées de faire bonne figure sous peine d’être soupçonnables de collusion avec le terrorisme islamique.

- Une alliance qui permet à l’UNEF de se maintenir dans les conseils. Après la rupture des accords électoraux pour une alliance entre l’UNEF, l’UET (Union des Étudiants de Toulouse) et l’UEC du fait du refus de cette dernière organisation de dénoncer ouvertement la situation des Ouïghours et l’oppression du gouvernement chinois envers les minorités musulmanes, l’UET et l’UNEF se sont engagés sur une liste commune. A l’opposé du corporatisme pro-austérité de la FAGE, la liste rappelle la responsabilité du gouvernement dans la situation catastrophique dans laquelle se trouvent nos universités. Elle se présente comme une liste « syndicale, combative et unitaire » visant à présenter des candidats capables d’informer les étudiants sur les décisions qui y sont prises. 

Si nous partageons un nombre important de positions avec l’UET, dont la quasi-totalité des militants se revendiquent de l’anticapitalisme, faut-il malheureusement rappeler que l’UNEF n’est en aucun cas un syndicat combatif pour la défense des intérêts des étudiants ? L’UNEF connaît un fort déclin dans la plupart des universités depuis quelques années, prix de la politique de contention des luttes d’une organisation qui a été à la remorque du PS durant des décennies : une orientation qui l’avait mené à cautionner toute une partie de la politique de Hollande allant jusqu’à défendre en 2013 la Loi Fioraso qui introduisait la Fusion des universités, synonyme de précarisation des chercheurs ainsi que des personnels administratifs et de baisse progressive des budgets des filières “moins compétitives”. L’alliance avec un syndicat combatif comme l’UET, qui lui offre la tête de liste au CA, traduit la volonté de présenter absolument des candidats, malgré la quasi-absence de militants au Mirail, pour faire survivre l’appareil. Ce type d’alliances ne mènera pas les étudiants vers la construction d’un mouvement véritablement combatif et indépendant du gouvernement. Il s’agit-là d’une tentative un peu à contretemps de faire survivre un appareil bureaucratique moribond. L’UNEF, en tout cas dans les universités toulousaines, n’existe plus qu’aujourd’hui dans les conseils universitaires, ses forces militantes ayant fondu comme neige au soleil. Sans les alliances avec l’UET, il y a deux ans et cette année, il n’est même pas certain que l’UNEF ait eu les forces de se présenter aux élections. Mais qu’importe tant que cette politique centrée sur les institutions universitaires permet de se positionner comme une organisation supposément “légitime” pour aller rencontrer le gouvernement, au nom des étudiants, de même que la Fage.

Les conséquences programmatiques d’une telle alliance sont celles d’un "corporatisme de gauche", qui s’enferme dans les murs de l’université, sous pression d’élaborer un programme a priori réaliste dans le cadre des conseils. C’est ce qui apparaît clairement à propos de l’urgence écologique par exemple : pensons-nous vraiment qu’une écologie conséquente aujourd’hui suppose des chartes dans les universités ? L’Etat français comme la plupart des États européens ont signé pléthore de chartes écologiques qui leur permettent de continuer de polluer avec la conscience tranquille. De même la question n’est pas à plus de « formation sur l’impact écologique » dans les UE, mais à la construction d’une mobilisation pour enfin changer les choses réellement, aux côts du monde du travail, en visant les entreprises polluantes comme Total où nos camarades du Poing Levé et du NPA Jeunes en région parisienne soutiennent la grève des raffineurs de Grandpuits en lutte pour l’emploi en alliance avec des organisations écologistes contre un des plus grands pollueurs de la planète. La plupart des listes en lice se laissent influencer par le « plan vert » de la direction de l’université, qui propose une logique de petits gestes individuels (trier ses mails, organiser des opérations ramassage de déchets sur la fac). Dans le même temps un groupe comme Total émet l’équivalent d’un tiers des émissions de CO2 de la France ! Penser l’écologie à l’échelle d’une université n’a pas de sens. Comme le disaient les étudiants salariés de Biocoop en grève à Paris : « L’écologie sans lutte de classe, c’est du jardinage ».

Le Poing Levé, pour des élus au service des mobilisations étudiantes, pour s’organiser en indépendance de l’Etat et des instances universitaires !

Face à une crise historique du capitalisme tant économique que sociale, politique, écologique et sanitaire, nous ne pouvons plus nous permettre de quémander quelques améliorations purement universitaires à un gouvernement et des institutions qui nous méprisent. La solution pour que nous ne soyons pas une génération sacrifiée ne se jouera pas dans l’installation de plus de cendriers ou par une rénovation de l’ENT. L’heure est à la construction d’un vaste mouvement étudiant, pour rouvrir les universités, mais des universités libérées de l’emprise du secteur privé, libérées de la précarité et qui soient accessibles et mises au service du plus grand nombre, pas du patronat et des intérêts privés. Pour une telle perspective, nous nous battrons évidemment aux côtés des autres organisations du mouvement étudiant, et c’est essentiellement pour cela que nous pensons que leur programme et leur orientation de cogestion avec les institutions est une impasse pour la jeunesse étudiante. Même dans l’idée d’obtenir des revendications minimales, il faut savoir que cette élection constitue un renouvellement partiel des conseils, concernant uniquement les collèges étudiants. Ainsi, la présidence de la fac ne changera pas, ni l’orientation politique de l’université. Il est d’autant plus incompréhensible dans ce contexte où les revendications les plus simples font face à un mur (pensons qu’il a fallu une vague de suicides pour que le gouvernement daigne entrouvrir les facs pour certains L1 !), de poursuivre l’illusion de changements par la voie des petits pas dans les instances universitaires. Nous ne voulons plus des miettes de Macron et de Vidal, nous voulons arracher tout l’argent qu’ils ont offert au patronat pour le mettre là où il sera vraiment utile, dans la lutte contre la précarité matérielle, dans l’embauche de psys, pour des embauches dans l’éducation et la santé, pour un véritable plan sanitaire ! Notre but est l’émergence d’une force anticapitaliste dans la jeunesse mais qui ne se cantonne pas à l’université, pour un mouvement étudiant de masse qui lutte aux côtés des autres secteurs de la population, aux côtés des salariés, aux côtés du mouvement anti-raciste, féministe, écologiste. Nous sommes conscients qu’on ne changera pas l’université, sans changer la société dans son ensemble.

C’est pour porter cette voix dans les conseils que nous nous présentons aux élections des conseils centraux, la voix des mobilisations étudiantes et des luttes des personnels de l’université (à l’image des travailleuses de la sous-traitance du nettoyage à la fac), pour faire la lumière sur les attaques qui se trament dans ces conseils anti-démocratiques. Notre programme est un programme de lutte, pour des mesures d’urgence face à la précarité intolérable que nous et nos camarades de cours subissons, pour des protocoles sanitaires à la hauteur pour rouvrir les universités et pour un revenu étudiant à hauteur du SMIC. Et parce que les licenciements qui se multiplient, dans l’aéronautique pour prendre un exemple local, sont notre chômage de demain, nous luttons résolument aux côtés des travailleurs pour l’interdiction des licenciements et pour le partage du temps de travail, pour en finir avec le chômage. 

Alors que la jeunesse est et va continuer à être un des secteurs les plus touchés par la crise, nous aspirons à organiser la fraction combative de cette jeunesse et à diffuser les idées révolutionnaires à l’université. En ce sens, nous invitons tous les étudiants qui se reconnaissent dans nos combats à nous rejoindre, à s’organiser avec nous. Votez et faites voter pour Le Poing Levé Mirail les 10, 11 et 12 février ! Nous ne serons pas la génération sacrifiée.

N’hésites pas à nous contacter sur Instagram, Facebook ou encore Twitter pour te mettre en lien avec des militants du Poing Levé.




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