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La RATP à la manœuvre

RATP. Réouverture de lignes : "ils veulent donner l’impression que ca tourne pour décourager les grévistes"

Hier la RATP annonçait la réouverture de trois lignes en heure de pointe : la 13, la 2 et la 10. Signe que les grévistes seraient en train de faiblir ? Non, une manipulation de la RATP qui vise autant à démoraliser les grévistes qu’à retourner l’opinion publique en présentant les agents mobilisés comme jusqu’au-boutistes.

jeudi 19 décembre 2019

« Les prévisions sont légèrement meilleures que les jours précédents, avec des lignes de métro qui rouvrent pour la première fois depuis le début du mouvement social. Selon les prévisions de circulation que livrent la RATP et la SNCF, dont les agents sont fortement mobilisés contre la réforme des retraites, ce jeudi, six lignes de métro seront encore totalement fermées. » expliquait hier Le Parisien dans un article évoquant la journée du 19 décembre. Six lignes de métro totalement fermées, contre en gros 10 depuis le début du mouvement, et la réouverture hier de la 2, la 10 et la 13.

Les grévistes seraient-ils en train de flancher ? C’est le doute qui habite depuis hier certains agents, et que les médias tentent de relayer au maximum. Pourtant, derrière ces annonces la réalité semble toute autre.

Des lignes pas vraiment réouvertes

Dans un premier temps il faut noter que contrairement aux annonces, la réouverture des lignes est très limitée. L’amplitude horaire des ouvertures et le nombre des trains circulant est en effet extrêmement limitée, avec un nombre très minime de métros sur les lignes réouvertes. Ainsi sur la ligne 3, la RATP annonçait pour aujourd’hui « un train sur cinq uniquement en heure de pointe le soir entre Havre-Caumartin et Pont de Levallois » un service très minimal, tandis que sur la ligne 10 on parle d’« un train sur quatre uniquement le matin avec plusieurs stations fermées ».

« Sur la ligne 10 t’avais 4 trains qui circulaient et ils ont dit que c’était ouvert. Mais la ligne est ouverte officiellement, donc dans les médias on peut dire que ya plus que 6 lignes fermées » résume Julie (le prénom a été modifié), agent RATP, à propos des annonces de l’entreprise. Des réouvertures qui, à défaut de permettre une véritable circulation, servent à plusieurs fins : rabattement des voyageurs sur les lignes automatiques fonctionnelles mais surtout démoralisation des grévistes.

Qu’en est-il des taux de grévistes dans le métro ?

Pourtant, derrière les réouvertures de lignes annoncées, la mobilisation reste très élevée. A ce titre, l’UNSA RATP explique dans un message récent : « Depuis aujourd’hui, la direction sous la pression du gouvernement, a décidé d’exploiter a minima un maximum de lignes. Le but de la manœuvre est clair : tout d’abord l’affichage médiatique, ensuite décourager au maximum les grévistes en donnant une illusion d’amélioration du trafic. » Le syndicat donne ensuite les chiffres de l’ensemble des lignes de métros :

L2 : 6 CR sur 195 soit 3,08% de l’effectif

L3 : 9 CR sur 226, soit 3,98%

L4 : 11 CR sur 249, soit 4,42%

L5 : 6 CR sur 223, soit 2,69%

L6 : 2 CR sur 218, soit 0,92%

L7 : 8 CR sur 382, soit 2,09%

L8 : 8 CR sur 268, soit 2,99%

L9 : 20 CR sur 313, soit 6,39%

L10 : 12 CR sur 131, soit 9,16%

L11 : 12 CR sur 120, soit 10%

L12 : 4 CR sur 224, soit 1,79%

L13 : 7 CR sur 324, soit 2,16%

Et de poursuivre : « Au total, cela fait 105 conducteurs présents sur 2872, soit 3,66%. » Des chiffres issus des élus de l’UNSA comme nous l’explique un agent syndiqué : « chaque élu en terminus compte le nombre de roulant et le communiqué au secrétaire générale MTS (Métro Transports et Services) ».

Qui sont les briseurs de grève ?

Si les chiffres des grévistes du métro restent ainsi très élevés, limitant fortement la circulation en dépit des stratégies d’affichages de l’entreprise relayée par les médias, la question reste de savoir qui sont ceux qui continuent de rouler. Pour Julie, on retrouve parmi les roulants des métros des grévistes qui choisissent d’interrompre leur grève avant les jours de repos afin de perdre moins d’argent, ainsi que des jeunes agents non commissionnés.

C’est particulièrement le cas sur la 4 qui a roulé régulièrement en heures de pointe depuis le 5 décembre. « « La 4 a beaucoup roulé parce que ya de très jeunes conducteurs qui sont à peine formés, qui ne sont pas commissionnés, donc ils n’osent pas trop faire grève. C’est une ligne en cours d’automatisation donc on envoie tous les petits nouveaux. » explique Julie.

A ces conducteurs s’ajoutent les conducteurs de la Réserve Générale qui, habilités à conduire sur toutes les lignes, sont utilisés par la direction pour faire rouler les métros en échange de primes importantes. Enfin, pour les RER, ce sont principalement des cadres qui roulent, en l’échange là encore de primes importantes. Briser la grève ça rapporte !

Autant de stratégies qui émanent des leçons de l’entreprise suite aux différents mouvements qui l’ont secoué en 1995, 2003 et 2007 et pour lesquelles la RATP n’hésite pas à investir ainsi que nous explique Julie : « Depuis 2003, les cadres de l’entreprise, quel que soit leur secteur d’activité, peuvent se porter volontaires pour passer le « permis » RER. Ils touchent pour cela une prime mensuelle de 120€ environ, qu’ils conduisent ou non dans le mois. En échange, quand il y a grève, ils s’engagent à prendre le manipulateur... Comme quoi, de l’argent, on sait en trouver quand on veut, mais uniquement pour ce qu’on veut. »

Crédits photo : O’Phil des Contrastes




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