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Politique

Pas de révocation pour François de Vitry

RATP : épidémie de sanctions disciplinaires

Depuis le début de la grève, face à la dignité des travailleurs en lutte, la RATP n’a su leur opposer rien d’autre que la répression indigne en invitant quotidiennement les forces de l’ordre sur les piquets et dans les dépôts et en sanctionnant les grévistes sur la base d’accusations infondées. Elle sera donc peut-être amenée à payer le même prix que paie en ce moment (post-49.3) l’exécutif dont la Régie est complice.

samedi 7 mars

Pas de révocation et pas de mise-à-pied pour François, agent de la maintenance, militant syndical CGT et gréviste du centre bus de Vitry, convoqué le 13 janvier à un « entretien préalable à sanctions » par la direction du dépôt et dont le dossier est passé vendredi 6 mars, à 14h, en conseil de discipline.

Il n’y avait en effet que le dossier, car François, toujours en arrêt maladie, se remet à peine de sa tentative de suicide réalisée en plein atelier, il y a un peu plus d’un mois. Pas de prise de parole de sa part non plus, donc, comme avaient pu le faire, la veille, ses collègues de Vitry, Yassine et Patrick, avant de passer en conseil de discipline, et qui se sont vus sanctionnés par deux mois de mise-à-pied.

Grand absent du rassemblement en son soutien qui regroupait, à midi, plus d’une centaine de personnes, place Lachambeaudie, dans le XII° arrondissement, François a été défendu et célébré dans les interventions au mégaphone par ses collègues RATP, par des militant.e.s CGT, par des avocat.e.s en grève et ainsi que par Mathilde Panot, élue de La France Insoumise et habituée du piquet de Vitry.
Face au geste extrême de François, l’acharnement disciplinaire de la RATP paraît encore plus inhumain. Plus que la lutte de classe, c’est la « haine de classe qui s’exprime dans ce conseil de discipline », souligne un délégué cégétiste. Une haine à laquelle « les travailleur.e.s répondent par la solidarité de classe ».

Riadh Benmessaoud membre CGT de la Commission Santé Sécurité et Conditions de Travail (CSSCT) du CSE 2 et agent de maintenance du dépôt de Flandre, rend hommage à François et au travail réalisé dans les ateliers en présentant aux personnes réunies sa veste bleue, « bleu de travail, qui est une valeur », et dont il est fier. Benmessaoud dénonce également la dureté du métier : baisse des effectifs, augmentation de la pression sur les salariés en vue de la privatisation qui menace à l’horizon 2025, des moyens disponibles insuffisants pour être à la hauteur des standards de sécurité et un traitement trop souvent méprisant de la part de la direction à l’égard d’un travail usant, pourtant essentiel et très peu reconnu. « Une roue qui pèse 80 kg, – dit-il – ça c’est la pénibilité ». 

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Vitry, fief de la grève

Si, en attendant le verdict, les collègues mainteneurs craignaient le pire pour François – « comme il est agent MRB [Matériel Roulant Bus] et qu’il n’est pas élu, il risque de s’en prendre plein la gueule, mais ça serait un scandale », finalement, l’avis émis par le conseil de discipline – avis indicatif qui doit encore confirmé par la direction locale du dépôt de Vitry – prévoit sa mutation dans les ateliers d’un autre dépôt RATP. 

Par rapport aux sanctions reçues jeudi par ses collègues Patrick et Yassine qui, pour les mêmes faits de grève, ont eu deux mois de mise-à-pied, la mutation de François semble une mesure plus légère. Pourtant les grévistes présents au rassemblement ne sont pas de cet avis : tous dénoncent le caractère manifestement arbitraire des convocations des 5 et 6 mars et l’injustice que cela représente.
« Ils veulent nous faire payer le mouvement de grève », explique Alexandre El Gamal, machiniste du centre bus de Vitry, secrétaire CGT du CSE 4 et convoqué lui-même prochainement en conseil de discipline pour faits de grève. « Vitry a été un fief de la grève et deux mois de grève, ils ont du mal à les digérer », explique-t-il, tout en précisant néanmoins que les accusations qui pèsent contre lui et ses collègues sont totalement infondées. « A François, on lui reproche notamment d’avoir bloqué et filtré les bus à la sortie du dépôt, chose qui n’est pas vraie, et avec un constat d’huissier très mal construit ». La mutation disciplinaire est perçue comme une sanction d’autant plus lourde qu’elle est prononcée contre un militant syndical de près de 20 ans d’ancienneté, avec les conséquences d’isolement qu’elle va entraîner.

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RATP, bras armé du gouvernement

Pour Olivier Terriot également, secrétaire CGT du CSE 2, la manœuvre de la RATP est évidente : elle cible cinq grévistes, tous militants CGT et tous de Vitry, qui est un « foyer de contestation » important. « Les sanctions, dit-il, même ayant été réduites, restent totalement injustifiées, donc on ne peut pas parler de victoire ». Par ailleurs, il remarque un tournant répressif dans la stratégie de l’entreprise qui est, selon lui, « devenue un bras armé du gouvernement. D’un côté, poursuit-il, il y a les sanctions disciplinaires de la RATP et, de l’autre, mercredi dernier, la convocation au commissariat et les interrogatoires de François, Patrick, Yassine et d’autres grévistes pour une affaire "d’entrave à la circulation des véhicules" et "d’injures publiques" ». Pourtant, en dépit ou peut-être même grâce à sa stratégie de plus en plus répressive, « la RATP est en train de faire germer une contestation virale qui n’est pas celle du coronavirus, mais une fièvre sociale », conclut Terriot. 

En effet, depuis le début de la grève, face à la dignité des travailleurs en lutte, la RATP n’a su leur opposer rien d’autre que la répression indigne en invitant quotidiennement les forces de l’ordre sur les piquets et dans les dépôts et en sanctionnant les grévistes sur la base d’accusations infondées.

Elle sera donc peut-être amenée à payer le même prix que paie en ce moment (post-49.3) l’exécutif dont la Régie est complice. Déjà elle a dû payer une partie du prix de la grève, volet 2019, comme vient de l’annoncer Catherine Guillouard, la PDG de RATP : « Le conflit social n’a pas obéré notre croissance, mais il a lourdement pesé sur les comptes ». Il s’agit d’un coût de 150 millions d’euros, pour Guillouard, auxquels il faudra ajouter les pertes de 2020, soit encore une cinquantaine de millions, selon ses estimations. 

Mais au-delà du coût économique, qui pourrait d’ailleurs augmenter en cas de restrictions de la circulation des transports à cause de l’épidémie en cours, le coût moral et politique auprès de ses salariés risque d’être encore plus important.
Malgré toutes les intimidations de la direction, la grève à la RATP, à Vitry comme ailleurs, a été un formidable exercice de lutte et de solidarité pour les travailleuses et les travailleurs et elle ne manquera pas de faire école.

Prochain rendez-vous est donné pour soutenir Alexandre El Gamal du dépôt de Vitry et Ahmed Berrahal du dépôt de Flandre, pour leurs conseils de discipline dont la date vient de tomber : jeudi 26 mars à partir de midi, toujours place de Lachambeaudie à Paris 12e.




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