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Politique

Chasse aux pauvres

RSA conditionné. La métropole EELV de Lyon au cœur de l’expérimentation anti-pauvre de Macron

Alors que Macron lance l'expérimentation du RSA conditionné à 15 à 20 heures d’activités obligatoires, 19 collectivités majoritairement à droite ont choisi de participer à cette attaque contre les pauvres. Parmi elles, la métropole de Lyon dirigée par EELV...

mercredi 4 janvier

Avant les fêtes, le ministère du Travail a révélé la liste des 19 collectivités qui mèneront l’expérimentation anti-pauvre promise par Macron lors de sa campagne électorale. Il s’agit d’une mesure historique de la droite : contraindre les allocataires du RSA à entre 15 et 20 heures « d’activité hebdomadaire » sous peine de sanction ou de radiation.

Ce qui différencie Macron de la droite traditionnelle, c’est l’emballage. Là où Valérie Pécresse parlait pendant sa campagne de « travaux d’intérêts généraux » pour les allocataires du RSA, Macron parle, tout en pudeur, d’« immersion en entreprises ». Pour Arnaud Viala, président LR du conseil départemental de l’Aveyron, cité par Libération, il ne s’agit pas d’une « obligation d’activité » mais d’un « accompagnement renforcé vers l’insertion ». Même discours chez Olivier Dussopt, ministre du Travail qui écrit qu’il ne s’agirait pas d’« une logique d’activité obligatoire non rémunérée et assimilable à un emploi ».

En réalité, il s’agira d’une activité obligatoire extrêmement mal rémunérée, puisque ce sera la condition pour toucher les 575€ du RSA. Olivier Dussopt ne veut surtout pas que cela soit considéré comme un emploi, puisque la logique est bien celle des « mini-jobs » qui permettent de déroger au Code du Travail, pour exploiter une main-d’œuvre en dessous du SMIC qui ira donc « s’insérer » entre 15 et 20 heures par semaines au service d’une entreprise ou d’une association.

Dans les départements qui participent à l’expérimentation, les allocataires du RSA seront ainsi inscrits systématiquement à Pôle Emploi et devront signer un « contrat d’engagement », bâti sur le modèle du « Contrat d’Engagement Jeune ». Une contractualisation des aides sociales qui vise à institutionnaliser ce travail précaire.

L’enjeu est de stigmatiser, de contrôler les allocataires du RSA et de les rendre redevable d’une activité sous peine de ne plus recevoir le minimum vital. Parce que c’est bien connu, s’il y a du chômage, c’est à cause des chômeurs, et non parce qu’il n’y a pas de travail. Dans la même logique qu’avec l’attaque brutale que représente la nouvelle réforme de l’assurance chômage qui réduit de 25 % le temps d’indemnisation, l’idée est de couper les vivres aux allocataires pour qu’ils retrouvent du travail. Ces deux réformes font partie de la même offensive bulldozer contre l’ensemble des travailleurs, déployée sous la transformation de Pôle Emploi en « France Travail ».

La logique est claire : obliger les chômeurs à accepter la première offre venue, peu importe la rémunération, peu importe les conditions de travail, peu importe si le poste est adapté. Ce n’est pas un hasard si cette expérimentation va s’appliquer notamment dans des départements dévastés par la désindustrialisation et les fermetures de boîtes. Rien que sur ces dernières années, on peut citer la fermeture de la SAM, les PSE à Figeac Aéro, les emplois supprimés à Bosch dans l’Aveyron, les licenciements à GM&S dans la Creuse, les licenciements à Cargill dans le Nord (ce département menant une véritable guerre contre les allocataires du RSA), licenciements à Whirlpool dans la Somme, fermeture de SKF Avallon dans l’Yonne etc.

A lire : Jusqu’à 25% de baisse des indemnités chômages : une offensive majeure contre tous les travailleurs !

Or, si ce sont surtout des collectivités dirigées par la droite qui ont demandé à faire partie de l’expérimentation de cette offensive, des départements dirigés par la « gauche » participent également. C’est le cas de l’Ille-et-Vilaine (majorité composée du Parti Socialiste, du Parti Communiste et d’Europe Écologie-les Verts), de la Loire Atlantique (majorité PS / EELV) et de la Métropole de Lyon (coalition EELV/PS/PC/FI). Le département de la Seine-Saint-Denis (majorité PS/PC/EELV/LFI) avait accepté de participer sous conditions à l’expérimentation, mais a ensuite communiqué contre la participation : "Les conditions n’étant pas remplies, le département de la Seine-Saint-Denis n’est à ce jour pas engagé dans cette expérimentation".

A Lyon, EELV emboîte le pas à Macron

Le président de la métropole de Lyon, Bruno Bernard élu EELV, a notamment obtenu puis revendiqué le fait de faire partie de cette expérimentation anti-pauvre. Alors que Marine Tondelier, fraîchement élue à la tête des Verts, ne cesse de revendiquer une « écologie populaire », à Lyon les édiles du parti nous montrent ce qu’ils entendent par-là.

Comme au meilleur temps du hollandisme, l’insertion, la formation et l’emploi sont les caches-sexes de toutes les politiques classiques d’attaque contre les travailleurs. Ainsi, la métropole de Lyon a déjà licencié 22 travailleuses et travailleurs du nettoyage à la gare de Perrache et fait appel au préfet pour briser leur grève. Le motif ? « Transformer le marché public de nettoyage de la Gare Perrache en marché réservé à des structures d’insertion » pour « garantir des débouchés professionnels aux publics fragiles. »

Pour se justifier Bruno Bertrand tente de faire croire qu’à Lyon, il ne s’agirait que de renforcer les moyens mis en œuvre pour « l’insertion » des allocataires du RSA et qu’il n’y aurait aucun conditionnement des aides. Il déclare ainsi à Libé : « Nous avons 40 000 bénéficiaires du RSA sur notre territoire, c’est beaucoup trop, alors quand l’Etat met des moyens supplémentaires, il est évident qu’il faut essayer ». Tandis qu’il indique sur Twitter : « Nous souhaitons proposer un modèle qui accompagne mieux, sans chantage à l’allocation. Si l’ensemble des lignes rouges ne sont pas respectées, nous prendrons acte et quitterons l’expérimentation. »

Il s’agit de la même entourloupe lexicale pratiquée par les macronistes. Sous couvert d’insertion et d’aide au retour au travail, le contrôle social, économique et la mise au travail forcée des allocataires. Comme le dénonce, la Brigade des Fauché.e.s, collectif de chômeurs-euses et de précaires, dans un communiqué cette expérimentation vise uniquement à aggraver et étendre « l’humiliation des parcours d’insertion forcés, à raison de 15/20h par semaine de formations, stages et autres travaux débiles non payés et obligatoires. »

La participation des écolo-sociaux-libéraux de Lyon et d’ailleurs, en plus d’accélérer la chasse aux allocataires du RSA voulue par Macron, participe au renforcement de l’offensive générale en construisant une union nationale anti-pauvre. Partout, il faut se mobiliser contre cette expérimentation qui est une attaque contre l’ensemble des travailleuses, des travailleurs et des classes populaires.

Face à cet accompagnement de la politique de Macron, la majeure partie des des forces de la NUPES restent très silencieuses. Certes, le président du Conseil Départemental de Haute-Garonne, Sébastien Vincini, fervent soutien d’Hidalgo vite recyclé dans la NUPES, a refusé cette expérimentation pour son département indiquant « ne pas partager la philosophie du gouvernement ». Mais, de son côté, l’élu PCF Jean-Marc Dumont dans le département de l’Allier a voté, avec la droite, en faveur de la candidature à l’expérimentation, le département n’ayant cependant pas été retenu par le ministère.

Du côté de LFI, aucune voix n’a pour le moment évoqué la politique anti-sociale des élus EELV de la métropole de Lyon. Serait-ce parce que les élus LFI dans la même métropole ont justement soutenu les écolos ? Quoi qu’il en soit, la région lyonnaise, mairie et métropole, souvent prise en exemple pour l’union de la gauche, apparaît une fois encore comme la pointe avancée de la participation de la gauche institutionnelle aux attaques contre les travailleurs.



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