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Racisme, attaques anti-sociales, cadeaux au patronat : Zemmour, énième candidat des riches

Si Eric Zemmour n’a pas encore « officiellement » déclaré sa candidature pour les élections présidentielles, les intentions du polémiste d’extrême droite semblent faire de moins en moins de doutes. Par-delà ses sorties racistes, le candidat prépare un programme 100% bourgeois, avec le soutien de quelques millionnaires…

jeudi 16 septembre

Crédits photo : JOEL SAGET / AFP

Un candidat raciste qui tente de faire son beurre avec un discours ultra-réactionnaire

Si Zemmour n’a pas encore officiellement annoncé sa candidature, sa campagne a déjà débuté il y a plusieurs mois et devrait s’accentuer avec la publication ce jeudi de son nouveau livre La France n’a pas dit son dernier mot, auto-édité, qui fait pratiquement acte de déclaration d’intention pour les présidentielles. Dans ce pamphlet, sont abordés en longueur et en travers les sujets chers à l’écrivain d’extrême droite : beaucoup d’insécurité, beaucoup d’Islam, beaucoup d’immigration, du sexisme, de la xénophobie. Un ouvrage qui devrait être le moyen pour le polémiste de lancer sa campagne et d’accaparer une nouvelle fois l’espace médiatique pour asseoir sa montée dans les sondages.

Et pour cause le potentiel candidat est sur une pente ascendante dans les sondages. Crédité de 5% d’intentions de vote début juillet, de 7% en septembre, la dernière enquête Harris Interactive le place à 10%. Une progression qui s’explique par l’exposition offerte à Zemmour depuis de nombreuses années par les grands groupes médiatiques, par une campagne médiatique zélée ces derniers mois concernant ses intentions de candidature, et bien sûr par le succès d’un discours réactionnaire outrancier sur des thématiques entretenues activement par le gouvernement, la droite et l’extrême-droite. De quoi inquiéter ses concurrents. Le polémiste gratte en effet du terrain notamment parmi les rangs du Rassemblement National, mais surtout dans ceux des Républicains. Fervent critique de Marine Le Pen dont il dénonçait la trop grande mollesse au lendemain des régionales sur CNews - « en vérité il n’y a plus de différence entre Macron, Le Pen et Bertrand » - Zemmour joue sur un discours réactionnaire particulièrement violent face à la stratégie de « normalisation » du Rassemblement National. Pourtant, c’est d’abord chez les électeurs de LR que Zemmour convainc, et c’est à eux qu’ils n’hésitent pas s’adresser en rappelant sur France 2 samedi dernier que sa famille politique c’est « le RPR ». « Il progresse au détriment de LR plutôt que du RN. Il passe de 13 à 18 % dans l’électorat Fillon de 2017 et récupère des électeurs qui sont relativement âgés, ce qui est un point relativement nouveau » explique Jean-Daniel Levy de Harris dans L’Opinion.

En dernière instance, Zemmour caresse le rêve d’unir ces deux électorats. Jouant à fond la carte du nationalisme il se revendique ainsi de l’union entre « les classes populaires et la bourgeoisie patriote » autour d’une perspective raciste radicale qui, au-delà de la préférence nationale privant les personnes étrangères d’accès aux aides sociales et à la santé, n’hésite pas à expliquer que l’Islam est incompatible avec la France, et envisager la perspective d’une « remigration » comme il l’a assumé à mots couverts en 2014 dans le Corriere della Serra. Une perspective qui séduit des militants fascistes revendiqués comme Papacito, auquel Zemmour exprimait toute sa sympathie il y a quelques mois.

Un programme pour les riches et par les riches !

Le 30 juillet dernier, le compte Facebook Génération Z, mouvement de jeunes soutenant Eric Zemmour, partageait sur compte une vidéo extraite de l’émission C dans l’air dans laquelle une soutien du polémiste affirmait « Eric Zemmour peut représenter cette fameuse figure antisystème que les français attendent. Cela a fonctionné pour Trump ». Ces déclarations résonnaient directement avec les propos du presque candidat sur le plateau de Léa Salamé et Laurent Ruquier, le 11 septembre dernier : « je ne suis pas un politicien professionnel ». Ces déclarations ne sont pas anodines et montrent la stratégie commune du candidat et de ses équipes militantes de construire l’image d’un candidat anti-élite, marquant une rupture sur le ton comme sur la forme avec ses prédécesseurs politiques. Pour autant si le candidat d’extrême droite tente de se construire une posture proche du peuple la réalité révèle explicitement l’inverse.

Il suffit pour le montrer de revenir sur la première démarche de Zemmour candidat, qui se sera directement empressé de construire autour de lui toute une série de soutiens issus du grand patronat. La lettre A révèle notamment les dessous d’un dîner organisé en juin dernier chez Stanislas de Bentzamm, un très riche entrepreneur, dans lequel Zemmour y aurait rencontré Henri de Castries, ancien patron de Axa, Nicolas Tavernost, patron de M6, Bernard Delpit numéro 2 de Safran, pour discuter de sa potentielle candidature.

Comment ne pas signaler également la relation particulière qui unit l’homme et Vincent Bolloré qui n’a cessé de donner une tribune aux idées réactionnaires du polémiste sur Cnews et qui le soutient depuis de nombreuses années. Les équipes de campagne du probable candidat font également tâche pour un candidat antisystème, elles sont composées en partie d’anciens cadres du front national déçu par la « normalisation » du RN mise en place par Le Pen, et par quelques banquiers et grands patrons ultra-libéraux comme Charles Gave, Loïk le Floch-Prigent, ancien président de l’entreprise pétrolière Elf, ou encore Edouard Stérin, fondateur de La Fourchette et de Smartbox

Avec une telle équipe, l’esquisse de programme économique de Zemmour n’a rien de surprenant : l’homme défendra avant tout l’ultralibéralisme et des réformes pro-patronales. Capital révélait ainsi quelques mesures phares en août après avoir échangé avec « l’équipe économique » du candidat. Pêle-mêle, celle-ci explique « la priorité, c’est la baisse des impôts de production dans des proportions beaucoup plus importantes que ce qu’a fait le gouvernement d’Emmanuel Macron », envisager la fin des 35 heures, vouloir une exonérations des donations d’entreprises aux descendants ou associés, ou encore considérer comme inéluctable la retraite à 65 ans. Une véritable liste de Noël pour la bourgeoisie.

L’idée d’un Zemmour aux côtés de la classe ouvrière blanche a donc de quoi faire sourire. Si Zemmour flatte le désespoir politique d’une partie de notre classe, une analyse un peu sérieuse de son programme démontre dès maintenant que les classes populaires ont tout à perdre à écouter ses fables racistes et populistes.

Face au programme raciste de Zemmour, opposons la force des luttes ouvrières, féministes, anti-racistes et écologistes qui ont rythmé le quinquennat

Si la montée de Zemmour et son discours raciste dans les sondages n’a rien d’anodin, force est de constater qu’il surfe sur les retombées des multiples campagne réactionnaire, raciste, xénophobe, souverainiste qui ont traversé la France depuis de nombreuses années. La campagne anti-arabes et musulmans post-Charlie, la politique va-t-en guerre de Hollande en Afrique et au Moyen-Orient, au nom de la lutte contre le terrorisme, l’opposition hypocrite entre « réfugiés de guerre » et « migrants économiques », pourtant tous victimes des effets dévastateurs de l’impérialisme… De même, l’offensive raciste et sécuritaire du gouvernement Macron et de la droite en réaction aux mobilisations historiques de juin 2020 contre le racisme et les violences policières ont été autant d’eau apportée au moulin d’un réactionnaire comme Zemmour qui n’avait plus qu’à se tenir en embuscade. D’autant plus que le polémiste a bénéficié d’une tribune médiatique énorme pour répandre ses idées racistes et xénophobes avec le soutien de Bolloré. Vous avez dit « censure » ?

Alors que le gouvernement, la droite et l’extrême-droite compte bien maintenir ces coordonnées pour la présidentielle, il est essentiel de leur opposer le poids de celles et ceux qui ont incarné l’opposition à Macron et aux réactionnaires depuis cinq ans. Toutes celles et ceux qui ont pris la rue contre les réformes anti-sociales du gouvernement, qu’ils soient Gilets jaunes ou ouvriers des transports, contre les violences sexistes et les sexuelles, contre le racisme et les violences policières, contre la destruction de l’environnement. Ce sont ces forces vives que les médias mettent sous le tapis des débats sécuritaires et qu’il faudra faire vivre dans l’élection.

Un défi que souhaite relever Anasse Kazib dont la candidature entend depuis le départ incarner « une orientation révolutionnaire et lutte de classes, indépendante de la gauche de gouvernement, y compris de ses variantes les plus « radicales », et faire vivre dans l’élection les acquis de la lutte de classes des dernières années, dans toute leur richesse et variété. » Une candidature sans illusion électoraliste, mais pour faire taire les Zemmour, Macron, Le Pen et porter à large échelle l’idée que les travailleurs et la jeunesse doivent prendre leurs affaires en main s’ils ne veulent pas payer la facture de la crise.




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