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Monde

Paroles d'Algérien

Rassemblement contre le régime algérien : « Il y en a marre de ce pouvoir ! »

Dimanche dernier, un rassemblement contre le 5ème mandat de Bouteflika avait lieu à Paris. Au milieu des chants et des drapeaux qui s’agitaient par centaines, nous avons pu interroger Nader* sur les raisons de sa présence, et son ressenti vis-à-vis de la situation politique en Algérie.

mercredi 6 mars

Dimanche 3 mars, comme à Marseille ou Toulouse, des milliers de personnes, majoritairement d’origine algériennes, se sont rassemblées sur la Place de la République à Paris. Elles ont démontré leur colère, et soutenu le mouvement de contestation en Algérie contre la candidature à un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, et contre le régime en place. Suite à un accident vasculaire cérébral en 2013, le président au pouvoir depuis 1999 ne fait plus que de très rares apparitions publiques, accentuant le sentiment ressenti par de nombreux algériens de pourrissement des institutions. Au milieu des chants et des drapeaux qui s’agitaient par centaines, nous avons pu interroger Nader* sur les raisons de sa présence, et son ressenti vis-à-vis de la situation politique en Algérie. Son témoignage illustre l’espoir que la mobilisation actuelle réveille parmi le peuple algérien, en particulier dans la jeunesse.

Nader  : « On est venu parce qu’il y en a marre de ce pouvoir, ce sont de vieux briscards qui dirigent le pays, en réalité ils ne dirigent rien. Ils s’occupent de leurs affaires, ils prennent le peuple pour des idiots, on en a marre. On s’est tut pendant vingt ans, maintenant il est temps d’agir ! On n’en peut plus, on est jeunes, on est surdiplômés, mais on est obligés de quitter notre pays pour espérer un avenir meilleur. On s’en va car on ne peut pas rester chez nous, on ne peut pas participer au développement de notre terre, chacun à sa manière. Les portes sont fermées, on se fait dégager, ils ne veulent rester qu’entre vieux de 80 ans et plus. Et là d’un seul coup ça a craqué, on s’est tous surpris, et on s’est tous retrouvé dans la rue. 

Les gens ont repris espoir, face à ses gens qui nous prenaient pour des idiots, disant des débilités pendant des années et des années. Personne n’y croit, personne n’y a jamais cru et la tout le monde est sorti. Dans les grandes villes comme les petites, même à l’étranger comme ici à Paris, Marseille, Strasbourg, ou Montréal, tous les algériens sont dehors et on sera là jusqu’à que tous ces gens dégagent. »

Révolution Permanente : C’est qui ces gens ?
Nader : « Tous ceux qui squattent les places depuis toujours, que l’on recycle, ceux qui ont emmené le pays droit dans le mur au niveau social, niveau économique. Depuis que Bouteflika est au pouvoir, il y a eu mille milliard de dollars d’investissements publics pour développer le pays qui ont disparu dans la corruption du système. Ils ont à peine distribué quelques miettes au peuple. Il est temps que ça change, ils ne veulent pas quitter le pouvoir, ils en sont trop avides, ce n’est pas normal. »

Révolution Permanente  : Et les prochaines élections ?
Nader  : « Je n’ai pas d’illusions quant aux prochaines élections, de toutes façon en Algérie personne ne vote. Lorsque celui qui détient le pouvoir est candidat, les élections sont jouées, parce que tout le système administratif et étatique est une machine, un véritable rouleau compresseur. Bourrer les urnes et faire voter les morts ça existe bien là-bas, personne n’a jamais cru aux élections en Algérie. S’ils peuvent présenter un mort, c’est qu’ils peuvent aussi faire faire voter les morts... Bouteflika est un président d’outre-tombe. »

* Le prénom a été modifié.




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