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Politique

Qui est la "majorité silencieuse" ?

Rassemblements de Foulards Rouges : quand le ridicule ne tue pas

Peu de monde aura eu vent des rassemblements de Foulards Rouges qui ont eu lieu jeudi 14 mars, et pour cause : ni les médias, pourtant enclins à grossir les chiffres de leurs derniers rassemblements, ni les Foulards Rouges eux-mêmes ne semblent très satisfaits de ce qui devait être leur seconde journée d’action. Que s’est-il donc passé ?

samedi 16 mars

C’est en tout et pour tout une centaine de personnes qui se sont rassemblées à Toulouse pour la seconde grande action des Foulard Rouges de l’année. Des chiffes bien en-dessous ce ceux qui étaient espérés par les organisateurs autant que par les médias macroniens, dont on se souvient qu’ils étaient en janvier bien enclins à grossir les chiffres des rassemblements anti-Gilets Jaunes. Un échec d’autant plus cuisant qu’à peine à une centaine de mètres de là, derrière une ligne de CRS, tout autant de gilet jaunes étaient présents, pancartes satiriques en main. « VIVE L’ÉVASION FISCALE ! » ; « Les pauvres, restez-le ! », lit-on. Aucun heurt n’est à déclarer entre les cortèges, sinon quelques duels de slogans : « Macron démission ! » entend-on venir des Gilets Jaunes, alors que les Foulards Rouges scandent eux : « Liberté de travailler ! ».

Ce rassemblement n’était pas le premier de l’année, puisque les Foulards Rouges rennais s’étaient eux aussi donnés rendez-vous quelques jours auparavant. Une trentaine de personnes s’étaient retrouvées lundi 11 mars pour un rassemblement à peine plus important qu’une classe de collège. Les manifestants ont finalement quitté le centre ville après environs deux heures, visiblement insatisfaits.

A Paris, tout autre ambiance côté Gilets Jaunes : près de 800 personnes réunies pour discuter à la Bourse du Travail de Paris, à tel point que certains sont contraints d’écouter depuis les portes et les couloirs. Une assemblée générale d’ampleur pour organiser la suite de la mobilisation et dont le mot d’ordre était la lutte contre Macron et son gouvernement.

Au même moment sur la place de la République, seulement vingt-cinq personnes environ ont répondu présentes à l’appel des Foulards Rouges. Le rassemblement peine à atteindre la taille d’une salle de classe avant de s’évaporer au bout de quelques heures : deux mondes, deux ambiances.

Les chiffres ne sont pas beaucoup plus enthousiasmants à Bordeaux. Comme à Paris, le coup d’envoi était donné pour 19 heures, sur la place de la République. Comme à Paris encore, le rassemblement a peiné à atteindre la vingtaine avant de se dissoudre assez rapidement, témoin de son propre échec.

Les Foulard Rouges semblaient pourtant porter nombre d’espoirs en cette nouvelle date : l’un des porte-paroles des Foulards Rouges avait en effet déclaré le 5 mars : "la récréation est terminée", au sujet des Gilets Jaunes, alors qu’il annonçait la date du 14. Au moins pourra-t-on dire que la métaphore scolaire aura été menée jusqu’au bout grâce à la taille réduite de ces rassemblements, même si l’on devine sans peine que ce n’était pas ce qu’espéraient ses organisateurs.

Si l’on entrevoit dans ces appels d’un retour au calme, au respect des institutions et à « la fin de la récréation », des références à la chienlit et au 30 mai gaulliste, à contre-courant du mouvement contestataire de mai 68, cette journée aura finalement plus tenu de la parodie que du « grand sursaut républicain » qu’espéraient les Foulards Rouges.

Comble de la déchéance, ni BFMTV ni aucune autre chaîne télévisée, pourtant toujours très enthousiastes à l’idée de déclarer que le mouvement des Gilets Jaunes s’essouffle, n’aura daigné couvrir ces rassemblements qui, eux, n’auront pas même été capable de rassembler une trentaine de personnes dans la capitale pour son deuxième acte. Si le mouvement des Gilets Jaunes s’essouffle, alors celui des Foulards Rouges n’est pas loin de l’arrêt cardiaque.

Un comble pour ce mouvement qui déclare pourtant à qui veut l’entendre qu’il représente « la majorité silencieuse ». Si silencieuse, semble-t-il, qu’elle ne daigne même pas sortir de chez elle. Peut-être faudra-t-il se faire à l’idée que le mouvement des Gilets Jaunes est en réalité bien plus puissant et représentatif de la volonté des travailleurs que ce que les Foulards Rouges et les médias tentent de nous faire croire. En tout cas, la preuve est faite que ce ne sont certainement pas les Foulard Rouges qui peuvent revendiquer ce titre.




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