^

Monde

#Meeting1erMai

Raúl Godoy, dirigeant ouvrier en Argentine : « Arrêtez de spéculer avec la santé et la vie de millions de travailleurs ! »

La crise du coronavirus est, en Argentine, en France et partout dans le monde, un révélateur qui met à nu les effets dévastateurs du capitalisme. Nous rapportons ici le discours de Raúl Godoy, dirigeant ouvrier et député du Front de Gauche-Unité en Argentine, au meeting virtuel organisé par la FT-QI (Fraction Trotskyste-4ème internationale) le 1er mai.

mardi 5 mai

La pandémie met à nu les contradictions du capitalisme

Raúl Godoy campe immédiatement le contexte de la pandémie qui s’est abattue sur une grande partie du monde. Ce contexte c’est « un capitalisme dévastateur, polluant et criminel qui détruit de manière systématique notre nature et à travers des expressions aussi létales que le changement climatique et le réchauffement global ». C’est ce capitalisme dont « les fondements tremblent à nouveau » qui a donné naissance à la propagation d’un virus qu’aucune des puissances impérialistes n’a voulu réellement prendre en compte, en exposant ainsi « des millions de personnes à la maladie et à la mort ».

Lire aussi : Des milliers de personnes connectées dans 14 pays, 6 langues pour un 1er mai aux couleurs de l’internationalisme

Il rappelle que l’apparition du Covid-19 et de la pandémie n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein ; « elle arrive en plein milieu d’une crise que traîne le système capitaliste depuis l’année 2008 et qui a mis en échec tout autant les gouvernements néolibéraux que ceux qui se disaient progressistes ». Ces gouvernements avaient comme dénominateur commun, durant ces dernières années, la mise en application des plans d’austérité. C’est ce qui a donné naissance à de nouveaux phénomènes comme « les variantes de droite qui cherchent à canaliser la rage vers le nationalisme réactionnaire et obscurantiste comme Trump ou Bolsonaro, mais aussi des soulèvements de la jeunesse et de la classe ouvrière dans différents pays ».

Contre tous les défenseurs du grand capital, en Argentine et dans le monde, Raúl Godoy nous appelle à crier tous ensemble un mot d’ordre bien connu en France : « Nos vies valent plus que leurs profits ». Il nous invite à ne rien oublier, à aucun moment : ni « les massacres au Moyen Orient, en Palestine et les milliers de familles dont les enfants se noient aujourd’hui dans la mer en tentant d’arriver sur les côtes européennes tandis qu’ils fuient la faim et la guerre «  ; ni « les plans d’austérité des gouvernements dans le monde qui précarisent la vie de millions de travailleurs » ; ni « ces grands patrons qui ont multiplié leur patrimoine, grâce à l’aide de l’Etat ». Et il s’indigne : « Ce sont les mêmes aujourd’hui qui se scandalisent quand on discute d’un impôt sur les grandes fortunes. Avant la pandémie 1% des plus riches du monde concentraient 82% de la richesse globale ».

Raúl Godoy remet cette « calamité » du coronavirus à sa place réelle en expliquant que cette pandémie n’est pas tombée du ciel mais que tout simplement « elle dénude d’une façon cruelle toutes les contradictions du système capitaliste, impérialiste et de sa décadence ». Les gouvernements successifs, néolibéraux ou prétendument progressistes, ont détruit systématiquement tout le système sanitaire dans le monde. Les dirigeants de droite comme Trump ou Bolsonaro n’ont fait qu’empirer les choses par leur gestion désastreuse de la pandémie. « La santé est un droit universel. Elle a été transformée en une simple marchandise ; les laboratoires et cliniques privés font leurs bénéfices aujourd’hui sur la santé et la vie de millions de travailleurs. Les secteurs les plus affectés et les plus touchés sont comme toujours, les familles des travailleurs ».

Le résultat c’est que, face au Covid-19, le confinement comme unique mesure coordonnée entre les États ne sera pas suffisant pour enrayer la propagation de l’épidémie, pas plus que les autres mesures partielles que les gouvernements veulent essayer de mettre en place.

« Arrêtez de spéculer avec la santé et la vie de millions de travailleurs »

Raúl Godoy résume alors ce que sont les exigences que porte le regroupement d’extrême gauche (FIT-U) auquel il participe, exigences qu’il défend en tant que député et en tant que militant : « Nous exigeons la centralisation d’un système de santé public, regroupant public et privé, et des ressources sanitaires au service d’un plan intégral de santé qui puisse servir à l’ensemble de la population. Nous exigeons la mise en place de tests massifs pour savoir quel est le développement réel de la pandémie ; des chômages techniques avec un salaire intégral dans toutes les usines et dans tous les lieux de travail qui ne sont pas essentiels ; un salaire de quarantaine pour tous ceux qui n’ont pas accès à des revenus ; des commissions de sécurité et d’hygiène dans chaque lieu de travail. »

Il dénonce en outre le pacte qu’a signé la bureaucratie syndicale de la CET avec l’union industrielle d’Argentine acceptant la baisse de salaire des travailleurs suspendus, alors même que l’état paye la moitié des salaires. « Nous disons plus aucun licenciement, ni aucune baisse de salaire. Parce que c’est dans l’Argentine gouvernée par Alberto Fernandez, le kirchnérisme et le péronisme, que les banques font des profits fabuleux alors que la faim et le chômage se développent. »

Défendre l’indépendance politique des travailleurs et faire payer la crise aux capitalistes

C’est le sens même qu’il faut donner au meeting de ce vendredi 1er mai. « Des camarades et amis de plus de 14 pays et un réseau international de journaux, outil indispensable pour parvenir à toucher des millions de personnes avec nos idées et notre programme, en démontrant chacune de nos luttes »

Raúl Godoy rappelle qu’une conférence latino-américaine convoquée par les 4 partis du Front de gauche-Unité (Frente de Izquierda-Unidad, FIT-U) devait avoir lieu dans les prochains jours. Avec la pandémie la conférence a dû être reportée, mais en aucun cas annulée. Si elle doit se tenir c’est « parce que cette conférence a sa place au moment où la lutte des classes se développe au Chili, en Equateur, ou en Bolivie. » Aujourd’hui, les gouvernants profitent de ce que ces pays sont en quarantaine pour essayer d’imposer l’idée d’unité nationale contre la pandémie et tenter de légitimer les forces répressives dans la rue. Pour autant la résistance a déjà commencé. « C’est quand les pires moments arrivent et que la misère sociale émerge, qu’il y a un revers économique, que peut renaître sur un autre terrain et d’une manière beaucoup plus puissante, la lutte des classes ».

C’est pour toutes ces raisons qu’il est central de défendre l’indépendance politique des travailleurs, un programme pour que ce soit aux capitalistes de payer la crise, en revendiquant la lutte des classes. Raúl Godoy le réaffirme : « Au service de cette lutte nous avons été et nous serons présents notamment dans les différents postes parlementaires conquis par le Front de Gauche-Unité en Argentine. Nous revendiquons les accords du FIT-U en étant nous-mêmes en première ligne de la lutte des classes. La lutte se développe en Argentine mais aussi aux Etats-Unis, où les camarades de Left Voice interviennent avec force dans le secteur de la santé, en France, avec les camarades de Révolution permanente, courant du NPA, protagonistes de la lutte auprès des gilets jaunes et contre la réforme des retraites, dans l’Etat espagnol, en Allemagne, en Italie, au Chili avec les camarades du PTR qui font face au régime de Piñera, en Bolivie face au coup d’État, avec tous nos camarades au Mexique, au Brésil, au Venezuela, au Costa Rica ou en Uruguay… ».

Rendre aux travailleurs le pouvoir de décider, construire un parti international et révolutionnaire

Revenant sur la lutte des classes en Argentine, Raúl Godoy salue tous les camarades et sympathisants que compte le PTS et notamment les collectifs des secteurs de la santé, de l’aéronautique, qui sont en première ligne des luttes actuelles, mais aussi la jeunesse précaire qui commence à se dresser, où les camarades de Pan y Rosas qui luttent pour les droits des femmes. Il met concrètement en avant ce que peut être une gestion ouvrière où les travailleurs décident par eux-mêmes de la production. C’est le cas des travailleurs de Madygraf dont il cite l’exemple. Ils et elles ont décidé de reconvertir leur usine pour permettre la fabrication des produits nécessaires et essentiels pour faire face à la pandémie. Il cite également la gestion ouvrière de l’usine de céramique, Zanon. Il prend ces exemples pour démontrer quelles pourraient être les potentialités de la classe ouvrière : « Si c’était les travailleurs qui prenaient les décisions dans ces grandes usines, ces exemples pourraient se généraliser à des secteurs de production essentiels comme les respirateurs, les hôpitaux, les aliments pour répondre aux nécessités de la pandémie et aux besoins de la plus grande majorité ».

Depuis ces lieux de résistance, face au monde capitaliste dans lequel il faut survivre, un mot d’ordre doit être repris : « ouverture des livres de compte de toutes les industries et occupation des lieux, sous contrôle ouvrier, dans les entreprises qui menacent de fermer ou qui licencient massivement. Aujourd’hui, la crise du système de santé montre catégoriquement que ce sont les médecins, les infirmières, les personnels de santé qui peuvent instaurer un contrôle de gestion d’un système de santé unifié, en consultant des spécialistes, mais en ne laissant jamais les décisions aux mains des gouvernements qui répondent aux intérêts des grands laboratoires et entrepreneurs privés de la santé. »

Les luttes partielles ont été une grande école. L’accumulation politique, théorique, les accords programmatiques, tactiques, électoraux, les actions qui ont été développés depuis les différents courants, représentent un grand pas en avant mais ne sont pas suffisants. La tâche actuelle la plus importante est d’appeler les nouvelles générations de jeunes, de femmes, de travailleurs qui veulent prendre en main et avec force les idées révolutionnaires et qui veulent se les approprier. L’invitation qui est faite à travers ce meeting internationaliste du 1er mai, « c’est de se joindre à la construction d’un grand parti international et révolutionnaire de la classe ouvrière pour organiser la force nécessaire pour faire face aux souffrances et à la pénurie que les capitalistes veulent nous imposer. »

« Notre courant international fait aussi le pari, à la lumière de la lutte des classes, de se construire avec d’autres partis, groupes, secteurs et courants dans les pays dans lesquels nous pouvons partager des expériences, des combats politiques et dans la rue, pour converger vers un mouvement commun, pour une internationale de la révolution socialiste ». Pour avancer dans la reconstruction de la 4ème internationale.

Et pour clore, Raúl Godoy reprend les propos de Trotsky au moment de la fondation de la 4ème internationale : « Nous ne sommes pas un parti comme les autres. Notre ambition n’est pas seulement d’avoir plus d’adhérents, plus de journaux, plus d’argent en caisse, plus de députés, il nous faut tout cela, mais ce ne sont que des moyens. Notre objectif c’est la libération totale matérielle et spirituelle des opprimés et des exploités par la révolution socialiste. »

« Sur chacun d’entre nous retombe cette ambitieuse et passionnante responsabilité historique à laquelle nous vous invitons à vous joindre pour porter sur nos épaules une partie du destin de l’humanité ».




Mots-clés

1er Mai   /    Meeting Internationaliste 1er Mai   /    Covid-19   /    Coronavirus   /    PTS   /    Zanon   /    Argentine   /    FIT   /    Monde