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« Raz de marée » du variant Omicron : la situation au Royaume-Uni et au Danemark doit nous alerter

Au Royaume-Uni et au Danemark, la situation sanitaire se dégrade rapidement avec la propagation exponentielle du variant Omicron. Une situation qui doit nous alerter et qui présage très probablement de la situation sanitaire à venir dans l'hexagone.

mercredi 15 décembre 2021

Crédits photo : Tolga Akmen / AFP

Depuis plusieurs jours, la situation sanitaire au Royaume-Uni et au Danemark se dégrade et voit le nombre de variants Omicron se multiplier. Or, depuis le début de la pandémie, son évolution a montré l’importance de suivre la situation à l’international et d’en tirer les leçons. D’une certaine manière, aujourd’hui, de la même façon que la propagation du variant Delta au Royaume-Uni présageait celle en France, ce qui est en train de se passer au Royaume-Uni doit nous alerter.

« Raz de marée » du variant Omicron au Royaume-Uni et multiplication des cas au Danemark

Ce dimanche, Boris Johnson a mis en garde contre un « raz de marée » du variant Omicron : « en Afrique du Sud, on constate que les hospitalisations ont doublé en une semaine, et nos hôpitaux viennent d’accueillir leurs premiers malades contaminés par Omicron ». En effet, ce lundi, le premier ministre britannique annonçait le chiffre de 200 000 cas quotidiens au Royaume-Uni, dont 20% de variants Omicron, pour un total de 4713 cas de cette nouvelle souche.

Alors que le premier décès dû au nouveau variant était annoncé ce même jour, le ministre de la Santé Sajid Javid a signalé que les infections dues à Omicron doublaient tous les deux à trois jours. Selon l’Agence de sécurité de la santé britannique, le variant Omicron pourrait prendre le pas sur le variant Delta d’ici mi-décembre et un million de Britanniques pourraient être contaminés d’ici la fin du mois. À Londres, selon le ministre de la santé, Omicron représente 44% des infections et pourrait devenir majoritaire dans les quarante-huit heures. Si la plupart des cas sont détectés en Angleterre, l’Écosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord voient aussi le nombre de cas Omicron augmenter. La première ministre écossaise Nicola Sturgeon affirmait ainsi : « nous faisons face à un tsunami ».

Face à cette accélération de la propagation d’Omicron, le système de santé public britannique est débordé. Échaudé par une gestion catastrophique, mensongère et meurtrière de la crise sanitaire, Boris Johnson s’est retrouvé obligé à répondre à la propagation exponentielle et totalement incontrôlée du variant Omicron. Sous la pression des 110 000 demandes de rendez-vous pour se faire vacciner, son site internet est tombé en panne, quand, dans le même temps, la population a dû faire face à une pénurie de tests en ligne et dans les pharmacies, devant parfois faire la queue pendant plus de six heures dans le centre de Londres. C’est dans ce contexte que Boris Johnson a activé le plan B, encourageant la population à recourir au télétravail, et annonçant l’accélération de la campagne de rappel vaccinal, l’objectif étant que tous les plus de 18 ans aient reçu la troisième dose d’ici fin décembre. Le gouvernement a même fait appel à 10 000 bénévoles pour administrer les doses de rappel, montrant son souhait de faire de la troisième dose la pierre angulaire de sa stratégie sanitaire.

Au Danemark, la situation sanitaire suit une dynamique similaire. Avec 3437 cas de variants Omicron, la nouvelle souche devrait devenir majoritaire dans la région de Copenhague d’ici la fin de la semaine. Avec des chiffres de vaccination plus élevés qu’en France et 75% de personnes infectées vaccinées, la propagation d’Omicron au Danemark ne s’arrête pas à la barrière du vaccin.

Vers une sixième vague dans le reste de l’Europe ?

Si la propagation du variant Omicron en Afrique du Sud était déjà inquiétante, la situation au Royaume-Uni et au Danemark a de quoi alerter. De fait, comme l’explique Étienne Decroly, virologue et directeur de recherche au CNRS, la population de ces deux pays est plus semblable à celle du reste de l’Europe et à celle de la France : « Ces observations dans le nord de l’Europe, où les populations en terme d’âge, de niveau de vaccination, sont relativement semblables à nos populations, nous incitent à la plus grande prudence ». Dans le même temps, les avis scientifiques expriment l’idée que le variant Omicron pourrait rapidement se propager dans le reste de l’Europe : selon un avis du Conseil scientifique du 8 décembre, Omicron pourrait « circuler en Europe plus rapidement que prévu initialement en remplaçant progressivement le variant Delta dans les premières semaines de 2022 ». Ce mercredi, Ursula von der Leyen allait dans le même sens, affirmant qu’Omicron pourrait être « le variant dominant en Europe à la mi-janvier ». Il devient ainsi de plus en plus évident que la situation sanitaire tend vers une sixième vague, comme alertait récemment le directeur de l’AP-HP Martin Hirsch.

Dans ce contexte, le gouvernement français se veut rassurant, à l’image des déclarations de Castex qui affirmait que « le taux de reproduction (du virus) commençait à décélérer ». Pour autant, une propagation du variant Omicron pourrait être fatale pour les hôpitaux et donner lieu à un scénario catastrophe.

Pour l’instant, les données cliniques ne sont pas suffisantes pour établir la dangerosité et la létalité du variant Omicron. Mais comme l’explique Boris Johnson, qui cherche à redorer le blason de sa gestion sanitaire totalement criminelle, « même si cela se révèle être le cas, nous savons déjà que ce variant est bien plus contagieux et qu’une vague d’Omicron dans une population n’ayant pas reçu sa troisième dose pourrait submerger le système de santé national et entraîner malheureusement un grand nombre de décès ». En ce sens, un article du Monde explique comment un variant plus contagieux peut faire plus de morts qu’un variant plus mortel : en effet, la contagiosité plus élevée aboutit forcément à une croissance exponentielle du nombre de cas et donc à une augmentation des décès.

Ainsi, au Royaume-Uni et au Danemark, la propagation d’Omicron s’est traduite par une augmentation des hospitalisations. Selon le Statens Serum Institut, 1,1% des 3437 cas de variants Omicron au Danemark ont été hospitalisés, contre 0,7% des personnes infectées par le variant Delta. L’Agence de sécurité sanitaire britannique redoute, elle aussi, une explosion des hospitalisations. En janvier dernier, lors du pic de la vague de variant Alpha, 28 000 lits étaient occupés et l’hôpital faisait face à une saturation. Cette semaine, le ministre de l’éducation Nadhim Zahawi expliquait : « si nous n’administrons pas très vite les troisièmes doses, ce record pourrait être doublé. »

Pour un plan sanitaire à la hauteur !

Dans ce contexte, il est essentiel d’accélérer la campagne de rappel vaccinal et de mettre les moyens nécessaires à sa réalisation. Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé global, rappelait ainsi son efficacité contre le variant Omicron : « les dernières données montrent une forte perte d’efficacité du vaccin à deux doses avec une chute à 35% d’efficacité résiduelle contre les infections. En revanche, la troisième dose restaure une protection élevée de 75% ». En ce sens, il est urgent à rebours de tout autoritarisme sanitaire, de travailler à convaincre la partie de la population non vaccinée d’aller se faire vacciner et de tout mettre en œuvre pour accélérer la campagne de rappel vaccinal, à rebours de la situation actuelle.

Plus encore, il y a une nécessité d’améliorer les moyens dans le séquençage. Au Danemark, 38,7% des tests positifs sont décryptés, et 17,4% au Royaume-Uni, contre 1,5% en France. Une faiblesse dans le séquençage qui peut empêcher une vision juste de la réalité épidémique. Alors que Gabriel Attal annonçait 133 cas d’Omicron mardi matin, le directeur de l’Assurance maladie Thomas Fantôme estime ainsi que 1,1% des tests positifs au Covid pourraient être de la souche Omicron, ce qui signifierait près de 500 cas par jour.

Plus largement, il devient urgent de ré-injecter massivement des moyens dans les hôpitaux qui sont sur le point d’arriver à saturation. Ce mercredi, au sortir du Conseil des ministres, Gabriel Attal a annoncé que pendant les fêtes, le nombre d’entrées en réanimation pourrait s’élever à 4000. Pendant ce temps, l’ARS continue de déclencher les plans blancs dans les régions, comme au CHR de Metz-Thionville en Moselle où les soignants se mobilisent pour faire face à la « saturation » de leurs services d’urgences et de réanimation. Alors que les soignants s’attendent de nouveau à une situation où ils se retrouveraient démunis face à l’explosion du nombre de cas, des hospitalisations et des entrées en réanimation, il est plus qu’urgent d’embaucher massivement des personnels et de mettre à disposition des hôpitaux des moyens en abondance.




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