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Politique

Paix entre nous, guerre aux tyrans

Réarmement impérialiste, embrigadement de la jeunesse : rien à fêter le 14 juillet

Le Chef d'Etat-Major et Macron l'ont répété, ils veulent unir la nation derrière l'armée. Alors que la colère monte face à l'inflation, tandis que les profits explosent, Macron nous ressort le coup de l'Union sacrée. Il n'y a rien à fêter 14 juillet, défilé de l'impérialisme français, pire ennemi des travailleurs et des peuples opprimés.

mercredi 13 juillet

Crédits : AFP

« Partager la flamme », supporter l’austérité

« Partager la flamme ». Il ne s’agit pas d’un slogan du Front National, mais du nom que les experts en communication du gouvernement et de l’armée ont donné au défilé militaire de ce 14 juillet. Un mot d’ordre censé appeler à « l’unité, l’optimisme et à la résilience de tous, face aux crises », toujours selon la com’ gouvernementale. Un appel à l’Union sacrée, derrière le drapeau et l’armée, à l’heure où le mécontentement social gronde un peu partout dans le monde, et notamment en Europe où les grèves pour les salaires se multiplient.

Le défile sera ouvert par les troupes de pays de l’OTAN de l’Est de l’Europe, où l’impérialisme français prend position : Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie. Symbole de l’unité militariste européenne retrouvée sous patronage de l’OTAN alors que la France fait de la Roumanie et de l’Estonie ses nouveaux terrains de jeu et de déploiement pour ses troupes. En Roumanie, ce sont déjà 750 soldats qui sont déployés et du matériel anti-aérien de pointe avec le système Mamba, tandis que des Mirage patrouillent en Estonie. Renvoi d’ascenseur après la participation de troupes estoniennes à l’opération Barkhane.

Le moment aussi d’exhiber les nouveaux engins de mort qui feront les beaux jours du complexe militaro-industriel français et européen, avec la présentation du nouveau char Jaguar et, en remplacement de McFly et Carlito, le vol d’un drone Reaper avec la patrouille de France.

La crise capitaliste actuelle promet de nombreuses souffrances à la classe ouvrière et aux couches populaires de tous les continents, et un retour brutal des tensions entre grandes puissances. C’est la perspective à laquelle se préparent tous les États-majors, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais avec en ligne de mire la confrontation avec la Chine dans le Pacifique. Plus 30 milliards de dollars pour le budget de la défense étasunienne, plus 100 milliards d’euros pour le budget de la Bundeswehr en 2022, le monde s’arme, l’OTAN s’élargit avec l’intégration de la Finlande et de la Suède. Mais à côté de la guerre entre États, les généraux se préparent aussi à la guerre contre les peuples. C’était le sens du dernier sommet de l’OTAN à Madrid qui a défini les phénomènes migratoires comme des menaces « hybrides » auxquelles une solution militaire pourrait être opposée. La dégradation des conditions économiques avec le retour d’une inflation inédite depuis des décennies au cœur des principaux centres capitalistes inquiète tous les analystes et offre la perspective d’embrasements sociaux d’une ampleur massive, dont le mouvement de masse au Sri Lanka est un avant-goût. Un palais présidentiel envahi par la foule dans n’importe quelle zone du globe est une menace ouverte contre tous les représentants de la classe dirigeante de la planète ! Ceux-ci comptent sur des armées et des forces de répression renforcées pour faire face à l’ensemble de ces chocs.

C’est face à ces crises que le gouvernement Macron et ses généraux appellent « la Nation » à l’unité. L’unité derrière le drapeau pour oublier que, tandis que les salaires sont dévorés par l’inflation, les entreprises du CAC40 ont dégagé 160 milliards d’euros de profit cette année ! Des entreprises comme Thalès ou Airbus qui sont arrosés de milliards d’euros pour la recherche militaire, ou des entreprises comme l’empire Bolloré, comme Total, comme Vinci dont les camions suivent les blindés de l’armée française lors des guerres qu’on appelle sobrement « opérations extérieures ». C’est sûrement ce à quoi pense le Chef d’Etat-major des Armées, Thierry Bukhard quand il évoque dans le Figaro « l’idéal patriotique qui nous transcende ».

Le quinquennat de Hollande avait été marqué par les expéditions militaires pour assurer l’ordre néo-colonial au Sahel. Le déploiement des troupes français sur le flanc Est de l’Union Européenne offre l’occasion à Macron d’effacer le fiasco de l’aventure malienne tout en continuant à justifier l’explosion du budget militaire. Pendant que tous les services publics sont pris à la gorge, que les hôpitaux et les urgences sont exsangues après deux ans de pandémie, l’armée bénéficie d’un budget en perpétuelle augmentation. Ce 13 juillet, lors du discours aux armées, Macron a demandé à son nouveau ministre de la Défense, Sébastien Lecornu de réviser la Loi de Programmation Militaire qui court jusqu’à 2025 pour l’adapter à une « économie de guerre ». Jusqu’ici, la Loi de Programmation Militaire prévoyait d’injecter 44 milliards supplémentaires sur sept ans au budget de la défense : ce sera donc encore plus !

« Unir les forces de la Nation au travers des actions envers la jeunesse »

Le nouveau mantra de Macron, c’est la « force morale » des armées et le soutien de l’opinion publique pour le réarmement impérialiste et le redéploiement des troupes au Sahel et dans l’Est de l’Europe. « C’est toute la société que je souhaite mobiliser en renforçant la cohésion nationale ». Objectif : « doubler le volume des réserves opérationnelles », qui compte environ 60.000 réservistes à l’heure actuelle. Si les guerres permettent, un temps, de calmer les problèmes de la politique intérieure, encore faut-il un fort assentiment de la population. Macron a demandé aux Armées d’y travailler, d’un point de vue mémoriel, historique, et en premier auprès de la jeunesse.

« Unir les forces de la Nation au travers des actions envers la jeunesse ». C’est ainsi que Thierry Burkhard évoque l’œuvre d’embrigadement militariste de la jeunesse engagée par le gouvernement Macron. Alors que le secrétariat d’État à la jeunesse, qui revient à nouveau à Sarah el Haïry fervente promotrice du Service National Universel, est désormais sous la double tutelle de l’Éducation Nationale et… de la Défense !.

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Un approfondissement de la tentative de mise au pas de la jeunesse, après les drapeaux et la Marseillaise affichée en classe de Blanquer. Le capitalisme, sous sa forme néo-libérale, est en perte de souffle et ne promet aux nouvelles générations que catastrophes climatiques, dégradations des conditions de vie, et conflits d’ampleurs. La bourgeoisie française s’est alarmée de l’abstention massive chez les jeunes (41 % au second tour de l’élection présidentielle, 75 % au second tour des législatives) tout comme elle pare aux tentatives de mobilisation dans les lycées ou les universités avec un durcissement notable des règlements intérieurs ou de la possibilité de s’exprimer politiquement. La matraque en manifestation ou le polo du SNU et sa propagande nationaliste, voilà les dernières cartouches du gouvernement pour garder la jeunesse au pas.

Pas de guerre entre les peuples, pas de paix entre les classes

Le 14 juillet est une célébration de l’impérialisme français et une démonstration des capacités d’oppression (néo-) coloniale de la France. Avec la course aux armements en cours, l’envolée des discours bellicistes et le déploiement de l’OTAN en Europe de l’Est, ce défilé prend une autre ampleur. Nous ne tomberons pas dans le piège de leur unité qui sent la poudre ! La seule unité qui vaille est l’unité de notre classe en lutte pour ses conditions de vie et de travail, et pour renverser cet ordre qui nous condamne à la guerre et à la misère. Une unité internationale des travailleuses et des travailleurs, contre les expéditions militaires de rapine et contre l’alliance des puissances impérialistes. Alors pour ce 14 juillet disons le haut et fort : « Troupes françaises hors du Sahel, hors de Roumanie et d’Estonie ! À bas l’OTAN ! »



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