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Impérialisme vaccinal

Rebond épidémique et vaccination au point mort en Afrique. Vers un scénario catastrophe ?

Des dizaines de pays d’Afrique connaissent une hausse inquiétante des contaminations au variant Delta. La catastrophe pointe sur le continent le plus pauvre du monde et la gestion irrationnelle des capitalistes est directement responsable.

vendredi 18 juin

D’après un récent rapport de l’OMS, l’Afrique serait actuellement «  en plein milieu d’une véritable troisième vague  ». Depuis plus d’un mois, le nombre de cas détectés de COVID-19 sur tout le continent est en forte augmentation. Les dernières données disponibles datent de la deuxième semaine de juin, durant laquelle on a enregistré 116 500 nouveaux cas, soit 28% de plus que la semaine précédente. Parmi les pays où l’épidémie se propage le plus vite, l’OMS cite la République démocratique du Congo, la Namibie et l’Ouganda, qui ont enregistré leur plus fort taux de contamination depuis le début de la crise.

La première cause de cette remontée des contaminations en Afrique est due à la présence du variant Delta détecté dans 14 pays africains. Ce dernier, qui a émergé en Inde et causé une véritable hécatombe tuant plus de 300 000 indiens en quelques semaines, est au moins 60% plus contagieux que les autres souches.

Le continent africain est aujourd’hui lui aussi très fortement menacé par l’émergence de ce variant, et n’est pas plus préparé que l’Inde pour y faire face. D’abord du fait du manque criant d’infrastructures et de moyens pour la santé, comme en témoigne une enquête publiée par l’Afrobarometer avant la crise sanitaire. En moyenne sur le continent, près de 53% des africains font face à un manque de soins médicaux en 2016. Avec des disparités énormes, ce chiffre grimpe à presque 80% au Gabon par exemple.

La quasi-totalité des pays d’Afrique ont donc déjà en temps normal un système de santé incapable d’assurer les soins minimaux de la population. Aucun doute donc ne subsiste quant aux conséquences qu’engendreraient une propagation incontrôlée du COVID-19 dans ces pays où l’accès aux soins et aux médicaments est extrêmement difficile. L’OMS rapporte que sur les 26 pays où l’épidémie se diffuse à nouveau, au moins 2 200 personnes meurent chaque semaines des suites des symptômes du virus. Ces chiffres tendent à être largement sous-estimés du fait de la très faible quantité de tests effectués sur l’ensemble du territoire, en particulier dans les zones rurales où vit la très grande majorité de la population africaine.

Mais le manque criant d’infrastructures et de moyens pour la santé n’est pas la seule problématique à laquelle le continent africain doit se confronter, il souffre également du taux de vaccination le plus faible du monde. C’est en ce sens la région du monde qui a le plus payé la gestion nationale du vaccin par les puissances occidentales. Ces derniers s’étant accaparés près de 85% des doses disponibles, «  avec une moyenne de 68 doses pour 100 personnes dans les pays à revenu élevé en comparaison avec près de 2 doses pour 100 personnes en Afrique  » selon l’OMS, qui expliquait la semaine dernière que près de 90% des pays africains n’auront pas encore vacciné ne serait-ce qu’un dixième de leur population d’ici septembre (l’objectif fixé par l’OMS), s’ils ne recevaient pas d’urgence au moins 225 millions de doses.

Des objectifs que l’on peut qualifier de totalement illusoires et hypocrites quand on regarde l’efficacité qu’a eu jusqu’ici le dispositif Covax que revendique l’OMS. En janvier, l’agence prétendait résoudre la crise sanitaire mondiale en prévoyant de distribuer gratuitement plus de 2 milliards de doses aux pays les plus pauvres d’ici la fin de l’année. Mais le bilan à mi-chemin est bien décevant. D’après Le Monde, «  Au 8 juin, moins de 82 millions de doses avaient cependant été livrées dans 129 pays, dont près de 54 millions dans 80 pays éligibles à la garantie de marché Covax. [...] À la fin juin, il manquera 190 millions de doses par rapport au calendrier initial.  ».

Les populations des régions pauvres du globe n’ont donc rien à attendre des grandes puissances économiques. Ce sont eux qui leur ont appuyé la tête sous l’eau dès le début de la crise en privatisant les brevets sur les vaccins. Pour le profit des entreprises pharmaceutiques et l’exclusivité de la relance économique, les capitalistes ont privé des centaines de millions de personnes de la seule protection vraiment efficace contre le virus. Et c’est l’Afrique aujourd’hui qui risque d’en payer le prix fort avec la menace d’une flambée de l’épidémie qui aurait des conséquences terribles pour sa population.

Pourtant, cette attitude menace désormais directement leurs propres intérêts, puisque des variants encore plus meurtrier se sont développés dans les régions du monde qu’ils n’hésitaient pas à sacrifier il y a un an, et certains pourraient développer une immunité au vaccin plus rapidement que la capacité des labos à développer de nouveaux vaccins. C’est d’ailleurs ce que révélaient une étude publiée dans The Lancet publiée le 14 juin à propos du variant Delta, qui révélait que «  le niveau d’anticorps neutralisants chez des personnes vaccinées avec deux doses de Pfizer/BioNTech est près de six fois moins élevé en présence du variant Delta qu’en présence de la souche historique du virus – qui a servi à concevoir les vaccins.  »

Le capitalisme a finalement montré toute son incapacité à proposer une réponse juste et efficace à la crise sanitaire. La gestion nationaliste du vaccin par les puissances occidentales a été particulièrement meurtrière pour les pays pauvres, et n’offre toujours aucune perspective de sortie de crise à long terme dans la course contre le virus.

Comme nous le rappelions dans un autre article, « aujourd’hui la pandémie de Covid-19 montre encore une fois le caractère rétrograde du capitalisme. Les travailleurs, les classes populaires, la jeunesse qui se bat pour son futur ont intérêt à se mobiliser contre les gouvernements capitalistes et les grandes multinationales, à commencer par celles de l’industrie pharmaceutique (mais pas seulement), mettant en avant la nationalisation sous contrôle ouvrier de l’ensemble des corporations pharmaceutiques et des laboratoires privés ; exigeant le financement massif et le partage à l’échelle planétaire des résultats des recherches dans le cadre d’une collaboration globale pour répondre aux urgences sanitaires de toute la population. C’est la seule façon d’enlever le pouvoir de décision d’une petite minorité de privilégiés sur la vie de l’écrasante majorité de la population mondiale. »




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