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Politique

À eux de payer leur crise !

Récession. Le gouvernement prépare les esprits pour des attaques contre les travailleurs

Après une baisse historique de 5,8% du PIB estimée ce jeudi par l'Insee, la France passe officiellement en récession. Alors que les effets de la crise économique commencent à se faire sentir, le gouvernement et le patronat se préparent à la faire payer aux travailleurs.

jeudi 30 avril

Crédit photo : O Phil des Contrastes

Chute de 5,8% du PIB français, vers une récession d’ampleur

La crise sanitaire ouverte par le coronavirus a exacerbé les tendances de crise économique nés de la (non) résolution des contradictions crées par les réponses apportées à la crise de 2008. En effet la pandémie mondiale et les effets que celle-ci a eu (entre autres, l’arrêt total ou partiel des principaux centres de production et de consommation) a agit comme une forme de « détonateur » menant à une crise économique mondiale historique.

Au début du confinement, à la mi-mars, nous avions assisté à une panique boursière sans précédent depuis la crise de 2008, avec des marchés boursiers qui ont vu se succéder des journées noires. Des cours boursiers qui ont encore aujourd’hui toujours du mal à se stabiliser. Mais, ce qui se profile avec la crise actuelle, c’est que cette fois-ci c’est l’économie « réelle » qui est mise à l’arrêt en cette période de confinement.

En effet, quand bien même les différents gouvernements ont imposé aux travailleurs de secteurs non essentiels de continuer à aller travailler, l’aspect inédit de cette crise est l’important ralentissement de la production industrielle mondiale. Ce qui risque très probablement d’engendrer une récession mondiale.

Ce jeudi, des chiffres sont effectivement venus confirmer l’ampleur de la crise. L’Italie, l’Espagne et la France sont officiellement entrées en récession. Selon les premières estimations de l’Insee, l’économie italienne a reculé de 4,7% tandis que l’Espagne a connu une chute de 5% de son PIB, et 5,8% pour la France après le recul de 0,1% lors du dernier trimestre de 2019.

Un recul historique, plus important qu’après la crise de 2008. Le PIB du premier trimestre de 2009 avait en effet chuté de 1,6%. Aujourd’hui, il s’agit de la baisse la plus forte depuis 1949. Une baisse liée à la chute de l’activité économique suite à la mise en place du confinement, avec une diminution de 36% dans le contexte français.

Le gouvernement et le patronat se préparent à faire payer la crise aux travailleurs

Le système capitaliste tout entier se retrouve dès lors devant l’une des crises les plus importantes de son histoire. Face à cette situation, le gouvernement reste, ces dernières semaines, dans la droite lignée de sa politique pro-patronale, et tente de faire payer la crise aux travailleurs.

Pour ce faire, le gouvernement s’en est donné les moyens dès le début du confinement, avec l’Etat d’urgence sanitaire, qui permet entre autres de déroger au code du travail par décret. S’en est donc suivi une série d’ordonnances attaquant le droit du travail, l’une permettant d’allonger la semaine de travail à 60h et de revenir sur les congés payés. Un arsenal juridique permettant de faire payer aux travailleurs la crise sanitaire, utilisé depuis le début du confinement, notamment dans les secteurs en première ligne de la gestion de la pandémie. Mais ces ordonnances pourront égalent être utilisées par le patronat pour la reprise de l’activité économique. D’autant plus que l’Etat d’urgence et sanitaire a été prolongé ce jeudi de 2 mois... Une casse du code du travail pour faciliter la relance de l’économie tout en faisant payer le prix de la crise aux travailleurs.

Pour le gouvernement, pallier aux effets de la crise n’a d’autre sens que celui de préserver les intérêts économiques des grandes entreprises et de leur capital, et ce au détriment des travailleurs. Le déconfinement et le plan mis en place par le gouvernement en témoigne. La seule chose qui importe, c’est la reprise de l’activité et non la santé des travailleurs.

En ce sens, dans la droite lignée du discours tenu par Edouard Philippe ce mardi à propos du déconfinement, Bruno Le Maire a été clair :« il faut reprendre le travail », mais en donnant toujours aucun gage sanitaire aux travailleurs en cette période pandémique. Pour faire pression sur les travailleurs et légitimer la reprise ces derniers n’hésitent par ailleurs pas, dans leurs discours, à brandir les menaces de faillites, faisant par là peser aux salariés la responsabilité de la crise : « Un peu trop d’insouciance et c’est l’épidémie qui repart. Un peu trop de prudence et c’est l’ensemble du pays qui s’enfonce », déclarait ce mardi le premier ministre.

La pression matérielle et économique sont également utilisées, avec, entre autre, le durcissement des conditions d’obtention du chômage partiel à partir du 1er mai. Ainsi, les parents refusant de renvoyer leurs enfants à l’école, dans le cas où l’établissement scolaire pourrait les accueillir, ne toucheront plus le chômage partiel. Une mesure qui démontre la posture hypocrite du gouvernement qui, sous la pression des parents d’élèves et des enseignants en colère face à la réouverture des écoles, annonçait, il y a encore quelques jours, que ce retour se ferait sur la base du « volontariat ». De plus, à partir du 1er juin, le montant du chômage partiel baissera pour l’ensemble des salariés, à l’heure où aujourd’hui 11,3 millions de salariés sont concernés par cette mesure.

Pour préserver les intérêts du capital, le gouvernement compte donc bien envoyer les travailleurs au front, sans protection et en ne se souciant pas des conséquences sanitaires pour l’ensemble de la population.

Parallèlement à cela, les seules mesures mises en place par ce dernier pour « sauver l’économie » consistent à injecter des milliards d’euros aux grandes entreprises. Si l’on regarde le détail du plan d’urgence économique mis en place par le gouvernement, dans lequel il débloque 110 milliards d’euros, le constat est clair. Les primes allouées aux travailleurs en première ligne de la crise, comme les soignants, ou encore les aides alloués aux plus précaires qui subissent de plein fouet les effets de la crise sanitaire et économiques, sont dérisoires. Les très petites entreprises, les indépendants et les micro-entrepreneurs auront eux une aide de… 1500 euros. Le gros du budget est alloué aux grandes entreprises. Ainsi, 20 milliards d’euros sont destinées au financement des « entreprises stratégiques ». A l’échelle internationale, les différents gouvernements ont également promis plusieurs milliards aux grandes entreprises, d’un montant supérieur à celui de la crise de 2008.

Cet argent versé par l’Etat, qui s’est également prêté garant auprès des banques pour que les entreprises puissent effectuer des prêts, ne bénéficiera certainement pas aux travailleurs. L’objectif principal de ces différentes stratégies d’aides consiste bel et bien à garantir les capitaux des patrons. En somme, on pioche dans l’argent public, que l’Etat a amassé après des années d’austérité, pour sauver le patronat. Des années de politiques d’austérité qui étaient d’ailleurs elles-mêmes les conséquences des sauvetages des banques qui avait nécessité beaucoup d’argent public.

L’expression la plus criante de cela, c’est la politique menée par Air France. Après avoir reçu 7 milliard d’euros par l’Etat, l’entreprise a présenté aux représentants du personnel un « plan de départ pouvant concerner jusqu’à 465 postes sur le réseau domestique ». Si le PDG de l’entreprise met en avant le caractère « volontaire » de ces départs pour masquer l’attaque, il est fort probable qu’il ne s’agisse que d’une première étape et que les 7 milliards de « prêts » seront employés à renflouer les bénéfices du groupe, sur le dos des salariés qui seront utilisés encore une fois comme variable d’ajustement.

Très loin de l’argument, largement relayé par les médias, selon lequel « sauver » Air France, ce serait « sauver l’emploi » de plusieurs dizaines de milliers de salariés, c’est tout l’inverse qui s’annonce. Un cynisme de la part de la direction d’Air France et de l’Etat, qui n’exige, en contrepartie de leurs prêts, évidemment aucune garantie en termes d’emploi pour les salariés. Par ailleurs, Bruno Le Maire a clairement annoncé que les salariés paieraient les frais de cette crise : « il y aura des faillites dans les mois qui vont venir. Et des pertes d’emplois. Nous le savons ».

De la nécessité de s’organiser pour ne pas avoir à payer leur crise !

Les travailleurs sont déjà en train de payer les conséquences de la crise. Des licenciements commencent à fleurir, comme à Daher, sous-traitant aéronautique, où 3300 emplois vont être supprimés. Boeing a quant à lui supprimé 16 000 emplois, Electric Aviation 2600. Une situation qui fait peser le poids de la crise économique sur les salariés, alors que ces entreprises possèdent encore des trésoreries abondantes. Alors que les deux géants de l’aéronautique, Boeing et Airbus, font face à une crise historique, les conséquences pour les travailleurs risquent d’être désastreuses, si les travailleurs n’opposent pas un rapport de force pour imposer aux directions le « zéro licenciement ».

De plus, le taux de chômage a augmenté de plus de 7,1%, la plus importante hausse mensuelle depuis 1996. Et ce alors que le gouvernement a fait passer l’année dernière la réforme de l’assurance chômage et qu’il ne compte évidemment pas la retirer malgré le contexte de crise et l’explosion du taux de chômage qui se profile.

Ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise économique actuelle dont ils ne sont pas responsables. Il y a aujourd’hui urgence à s’organiser et à imposer des mesures aux antipodes de la politique et des intérêts du patronat et du gouvernement. C’est le sens des 12 mesures d’urgence que nous mettons en avant dans la période.




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