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Politique

Dialogue social

« Redynamiser le dialogue social » : les directions syndicales au chevet de Macron, en plein entre-deux tours

Ces dernières semaines, les syndicats se sont réunis aux côtés des organisations patronales pour des discussions sur leurs rôles respectifs, souhaitant « moderniser » le paritarisme et préparer les espaces de négociations à venir. Dans un contexte d’entre-deux tours, les directions syndicales n'ont rien trouvé de mieux à faire que d'œuvrer à relancer le "dialogue social".

mardi 19 avril

© Jacques DEMARTHON / AFP

Les négociations se sont achevées jeudi soir, au siège du Medef. Si les directions syndicales ont été malmenées sous le mandat Macron, il semble que ces dernières veulent aujourd’hui changer la donne et réaffirmer leur rôle. Ces dernières semaines, syndicats (CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC et CGT) et organisations patronales (MEDEF, CPME et U2P) se sont réunis une dizaine de fois pour aboutir à de nouvelles perspectives dans la période qui s’ouvre.

L’objectif de ces réunions ? Repenser le « mode de relations entre pouvoirs publics et partenaires sociaux », construire leur propre agenda pour discuter des situations « indépendamment du gouvernement et ses invitations à négocier » et améliorer le fonctionnement de la gestion paritaire (commissions de négociations composées pour moitié de représentants des travailleurs, pour moitié de représentants du patronat).

Des ces discussions est sorti un accord sur la « modernisation » du paritarisme, qui prévoit notamment la mise en place d’un « espace de dialogue continu » entre organisations syndicales et patronales.

Si ces réunions à l’entre-deux tours peuvent susciter des interrogations, puisque l’incertitude demeure sur l’identité du président du quinquennat à venir, les volontés profondes semblent claires. Le sens des discussions a ainsi un caractère très politique : celui d’appuyer le gouvernement dans sa volonté de "dialogue", et de mettre en place les outils qui lui seront nécessaires dans le futur quinquennat.

Il n’est en effet pas anodin que les "partenaires sociaux", et notamment les directions syndicales, se mettent à construire une stratégie pour repenser leur rôle et se renforcer, après cinq années passées sous un gouvernement qui les a totalement négligées, dans lequel Macron jouait la stratégie du « passer par-dessus » en négociant directement avec les organisations patronales. Ce dernier semble aujourd’hui tirer les bilans de sa stratégie, notamment sur la radicalisation sur le terrain de lutte des classes (Gilets Jaunes, grèves contre la réforme des retraites…) qui a pu émerger en réponse, et qui a mis à mal sa gouvernance et le passage de ses réformes.

D’autre part, l’émergence d’un pôle à gauche en plus du pôle d’extrême-droite rendrait plus difficile la gouvernabilité de Macron au service de la classe dirigeante et la bourgeoisie.

Cette instabilité politique s’exprime en silence par le refus du tandem Macron-Le Pen, illustré par la forte abstention à laquelle on a assisté dès le premier tour, mais aussi par la mobilisation étudiante de l’autre, ainsi que lycéenne contre ce second tour réactionnaire et antisocial. Dans ces coordonnées, Macron, qui espère et a ses chances d’être réélu, a besoin de repenser son approche et de se réarmer face aux luttes à venir.

Or, ce réarmement passe bel et bien par le dit dialogue social. C’est en ce sens qu’on assiste à une « résurrection » des corps intermédiaires : il s’agit d’un changement de stratégie pour Macron qui, s’il est réélu, pourra imposer ses contre-réformes avec la contention sociale garantie par les directions syndicales. Le ton est donné par le patronat à la suite de ces réunions, qui s’impatiente : « Parvenir à conclure rapidement serait un bon signal adressé au futur locataire de l’Élysée, la preuve de notre capacité à conclure des accords », affirmait un membre d’une organisation. Une stratégie dans laquelle les directions syndicales semblent sauter à pieds joints, après un quinquennat dans lequel elles ont été mises hors jeu par le gouvernement.

Avec ce type de rencontre visant à redonner vigueur au "dialogue social", les directions syndicales, loin de préparer notre classe sociale à la hauteur des attaques à venir, désarment le monde du travail. Tout au contraire, pour préparer la prochaine séquence de lutte, le préalable devrait être de rompre immédiatement avec le dialogue social : c’est la condition pour opposer un plan de bataille à la hauteur des enjeux qui nous guettent pour les cinq ans à venir.



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