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Comment gagner ?

Référendum de la NUPES sur la réforme des retraites : outil ou impasse ?

Ce mardi, la NUPES a déposé une demande de référendum sur la réforme des retraites. Une tactique qui déplace le terrain de l'opposition à la réforme des retraites du côté des institutions et dont la pertinence ne peut qu'interroger pour gagner contre le gouvernement.

Paul Morao

25 janvier 2023

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Crédits photo : AFP

Ce mardi, quatre dirigeants de la NUPES ont déposé une « motion référendaire » sur la réforme des retraites. L’objectif du texte est d’imposer l’organisation d’un référendum sur le projet de loi du gouvernement pour donner « au peuple » le pouvoir de trancher la réforme. Une orientation défendue depuis plusieurs semaines, et parfois plusieurs mois, par les dirigeants de LFI, du PS, d’EELV et du PCF, qui soulève de nombreuses questions.

Une issue pour faire tomber la réforme des retraites vraiment ?

La proposition de la NUPES repose sur le constat de l’énorme impopularité de la réforme. Dans ce cadre, il paraît au premier abord évident qu’en cas de référendum, le gouvernement irait à sa perte. Dans le même temps, démontrer que Emmanuel Macron refuse de soumettre sa loi à la population peut apparaître comme un moyen de démasquer le caractère anti-démocratique de sa réforme. Dans les faits, la situation est plus complexe.

Concrètement, pour pouvoir être soumise au débat le 6 février prochain, la motion référendaire doit être soutenue par 58 députés. Un seuil facile à atteindre pour la NUPES, qui affirme que 98 députés auraient déposé la motion. Cependant, par la suite, un long chemin attend le texte, puisqu’il doit être adopté à l’Assemblée nationale, au Sénat dans un délai de 30 jours, puis validé par le Président de la République. Ainsi, non seulement il paraît totalement improbable que le Sénat accepte de voter une telle motion, mais la démarche entière est dès lors subordonnée à un accord final de Emmanuel Macron.

Aussi, si Ugo Bernalicis, député LFI, explique que la proposition de référendum « rentre dans le récit avancé par la Nupes » et « renvoie à la légitimité de cette réforme, son injustice », le dépôt d’une telle motion repose sur l’idée que le Président pourrait accepter de soumettre son projet à un référendum… et de respecter le résultat du vote, qui n’a qu’une valeur consultative. Si l’on se rappelle que la macronie est entrain justement de préparer des modalités pour passer en force le plus vite possible, notamment en mobilisant l’article 47-1 pour limiter la durée des débats et passer la réforme par ordonnance, difficile de ne pas voir que toute la campagne en cours autour d’un référendum véhicule de profondes illusions.

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Une stratégie qui tend de facto à se substituer à la construction d’un rapport de forces

Si elle semble vouée à l’échec, certains députés de la NUPES présentent le référendum comme un outil supplémentaire pour s’opposer au gouvernement. C’est ce que laisse encore entendre Ugo Bernalicis quand il explique : « on utilise tous les outils possibles ». Pourtant, loin d’être une proposition « neutre », qui peut s’articuler à différents types d’actions, la logique même du référendum tend à s’opposer à celle qui fonde la construction d’un rapport de forces par la grève et les manifestations, pour contraindre le gouvernement à retirer son projet.

Les plus ardents promoteurs du référendum ne s’en cachent pas : le référendum est une voie institutionnelle qui permet d’éviter un conflit dur par les méthodes traditionnelles du mouvement ouvrier. En décembre, dernier Fabien Roussel appelait ainsi au référendum en expliquant vouloir éviter « un blocage du pays, avec manifs, grèves et compagnies » ou « une confrontation qui mette le pays à feu et à sang. » De même, mardi, le secrétaire national du PCF présentait le référendum comme un moyen de « sortir par le haut de cette crise ». En clair, le référendum pour éviter le « chaos » de la lutte de classes.

C’est d’ailleurs parce que le référendum apparaît comme une alternative à la grève que cette méthode a aussi les faveurs du RN. Historiquement opposé aux grèves, aux méthodes de la classe ouvrière, mais aussi à ses organisations, l’extrême-droite y voit un outil idéal pour développer une opposition « respectable » au gouvernement, en phase avec son souci de se légitimer sur un terrain institutionnel. Après avoir annoncé vouloir déposer leur propre motion, les députés du RN ont d’ailleurs déjà expliqué être prêts à voter celle de la gauche.

Contrairement à l’extrême-droite, la plupart des dirigeants de la NUPES soutiennent les organisations du mouvement ouvrier et les grèves contre la réforme. Pourtant, s’ils n’inscrivent pas explicitement leur référendum en opposition à ces dernières, la volonté de batailler pour imposer un tel vote déplace de facto le centre de gravité de la lutte contre la réforme sur le terrain de la négociation institutionnelle avec Macron et la droite, laissant croire qu’il est possible de gagner de cette façon. Ainsi, elle détourne l’attention de la tâche centrale à l’ordre du jour : construire le rapport de forces contre un gouvernement déterminé.

La construction d’un rapport de forces par la grève comme tâche stratégique

Alors que l’opposition contre la réforme des retraites cristallise une colère profonde contre le régime et le gouvernement, toute méthode alimentant l’idée qu’il est possible de raisonner Macron ou de lui faire confiance ne peut que retarder la construction d’une mobilisation puissante pour le faire reculer. Dans la lutte des classes, tous les « outils » ne sont pas compatibles : certains accroissent l’organisation, la détermination, la force de notre classe, d’autres les atténuent pour espérer trouver une voie de conciliation avec nos ennemis.

Pour briser toute hésitation à mettre toutes les forces dans la bataille, l’urgence devrait ainsi être de convaincre les travailleurs qu’il est possible de gagner, mais qu’il n’y a rien à attendre du gouvernement et que celui-ci ne cédera que s’il craint de tout perdre. Sur ce plan, l’orientation des directions syndicales souffre cependant d’importantes limites, qui alimentent les illusions institutionnelles. En effet, tout en organisant des journées de grève et de manifestations interprofessionnelles, l’intersyndicale défend une stratégie de pression. Celle-ci vise moins à bâtir un rapport de forces par la grève reconductible qu’à enchaîner des démonstrations isolées, en espérant que celles-ci suffisent à faire reculer Macron.

Ce pari dangereux explique le refus d’engager tous les efforts dans la construction d’un large mouvement de grève reconductible, qui suppose de développer l’auto-organisation, de porter un programme pour l’ensemble des exploités et opprimés qui dépasse le simple retrait de la réforme et de se doter d’un plan pour avancer vers un mouvement dur. C’est justement cette perspective que Révolution Permanente défend, en insistant sur la nécessité de bâtir un 31 janvier massif qui soit un point d’appui pour 72h de grève le 6 février aux côtés des raffineurs avant un départ en reconductible qui pourrait ouvrir la voie à une véritable grève générale politique contre Macron, mais aussi son monde.

Car non seulement cette stratégie est le seul moyen d’espérer faire retirer la réforme, mais elle peut aussi permettre d’obtenir beaucoup plus. Le mouvement qui s’est exprimé dans la rue massivement le 19 janvier témoigne de la colère profondément politique accumulée contre le gouvernement, la vie chère, les conditions de travail, la destruction des services publics : c’est autour de toutes ces problématiques qu’il faut bâtir un grand mouvement de notre classe. Mais là encore, toutes les aspirations que la grève et la rue pourraient permettre d’exprimer ne sont pas solubles dans le cadre étroit d’un référendum.


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