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Réforme de l’assurance chômage

Réforme de l’assurance chômage : faire payer la dette aux pauvres pendant que les riches se gavent

Avec l’assurance chômage le gouvernement s’apprête à saigner les chômeurs pour équilibrer le budget de l’emploi. Dans le même temps, chaque année on comptabilise au moins 100 milliards d’évasion fiscale. Une somme colossale qui ne représente qu’une partie des bénéfices totaux des grandes fortunes, qui dépassent très largement la dette accumulée par l’Unedic.

mardi 6 avril

 La remise en marche de la réforme de l’assurance chômage a été suivie par l’apparition de plusieurs rapports alertant du déficit de l’Unedic, l’organisme paritaire qui gère le régime de l’assurance-chômage. Sans le dire, ces rapports venaient à accompagner la réforme de l’assurance-chômage d’une veille musique déjà bien connue et visant à déguiser les décisions politiques en fatalité : « il n’y a plus d’argent dans les caisses, il faut se serrer la ceinture ». Ainsi La Cour des comptes, l’institution qui surveille les comptes publics, avait alerté récemment que les pertes de l’Unedic liés à la crise du Covid19 pouvaient atteindre les 16,4 milliards d’euros. Un chiffre qui ajouté à la dette déjà existante, pouvait élever la dette totale de l’organisme à 64 milliards en 2021.

Face à ce scénario La Cour des comptes appelait, entre autres, à « rétablir l’équilibre structurel du régime »,c’est-à-dire à réduire ses dépenses. Ce 6 avril, seulement quelques jours après que le gouvernement ait fait passer la réforme de l’assurance chômage discrètement par décret, Les Echospointait un nouveau problème budgétaire : un trou de 400 millions d’euros dans le budget 2022 de Pôle emploi. Cela serait lié à « La baisse des ressources de l’Unedic [qui] suite à la crise en 2020 va réduire sa contribution au budget de Pôle emploi ». En effet la vague de suppressions d’emploi orchestré par le patronat a réduit le nombre de salariés cotisant à l’Unedic et donc les ressources de l’organisme. De même, « l’Etat a prévu en 2022 pour la deuxième année consécutive de baisser sa subvention à l’opérateur public ». Cette baisse de 86 millions d’euros se fait « en application de la convention tripartie 2019-2022 signée avec l’Unedic et Pôle emploi ». Comme ça avait été le cas pour la réforme des retraites en 2019 ou du ferroviaire en 2018 les « trous » sagement organisés dans le budget viennent donner un vernis objectif à la casse sociale. Comme l’expliquait 20minutes,selon La Cour des comptes, pour « rétablir l’équilibre structurel du régime »il faut « dégager des excédents qui permettront de rembourser petit à petit les déficits. Pour y arriver, il n’y a pas de solution miracle : il faut baisser les dépenses (allocations chômages, financement de Pôle Emploi) et/ou augmenter les recettes. Côté dépenses, le gouvernement a prévu une réforme de l’assurance-chômage, qui doit entrer progressivement en vigueur cette année.

Fortement contestée par les syndicats, qui dénoncent le risque de précarité accrue, elle devrait permettre de faire des économies, notamment en durcissant les conditions d’accès aux allocations et en baissant leur montant mensuel. » En effet, alors que le montant de l’allocation était jusqu’ici calculé à partir des jours travaillés sur une période de 12 mois, désormais une période de 24 mois sera prise en compte, incluant les jours travaillés ou non. Pour les chômeurs, cela signifie que leurs allocations vont drastiquement baisser et l’accès aux droits sera plus difficile. La réforme prévoit également qu’il faudra désormais avoir travaillé et cotisé six mois sur les 28 derniers mois plutôt que quatre mois sur 24 comme prévu actuellement. Il semblerait donc que faire payer la crise aux chômeurs et aux travailleurs précaires serait le résultat d’une opération purement mathématique. Rien de plus faux. 

Un trou de 400millions d’euros ? L’évasion fiscale des riches est de 100 milliards d’euros chaque année

 

Traduire le déficit organisé et les « trous » budgétaires en casse sociale est une décision politique, non comptable. Il s’agit de designer qui va payer le "trou" , et le choix systématique de l’Etat et du grand patronat ce sont les salariés et les classes populaires. En2018 il fallait pointer les cheminots soi-disant privilégiés, en 2019 les retraités et aujourd’hui les chômeurs. Ce qui reste toujours hors du viseur pour la classe politique et le grand patronat ce sont évidemment ses propres intérêts. Mais contrairement à l’éternelle rengaine qui voudrait nous faire croire qu’il faut « se serrer la ceinture », l’argent ne manque pas. Récemment par exemple l’enquête OpenLuxrévélait que « les Français figurent en pole position dans la liste des propriétaires de sociétés luxembourgeoises. Ce sont près de 15 000 Français, dont 37 des 50 familles le plus riches de France qui possèdent des sociétés au Luxembourg. Ces grands patrons, collectionneurs d’art, producteurs de cinéma, riches héritiers,propriétaires fonciers, figures de la « start-up nation », totalisent le magot de 100 milliards d’euros d’actifs. Ce qui représente… 4% du PIB français ! »,et cela seulement au Luxembourg. Yannick Kergoat, qui avait réalisé un documentaire sur les Panama Papers expliquait dans une interview pour le Nouvel Obsen 2019 que « l’évasion fiscale, c’est 100 milliards d’euros, chaque année pour la France. 100 milliards d’euros, c’est plus que le budget de l’Education nationale ». Et poursuivait en pointant les responsables de cette évasion :« ce sont les grandes fortunes, les plus riches de la société... ceux qui ont intérêt à soustraire des sommes à l’impôt ! La responsabilité est essentiellement politique, à différents échelons : français, européen,international ». Ainsi, alors que cette évasion fiscale annuelle ne représente qu’une partie des bénéfices totaux de ces grandes fortunes, celle-ci dépasse largement la dette accumulée par l’Unedic et le trou de 400 millions d’euros de pôle emploi dont se plaignent La Cour de comptes et le gouvernement. Pourquoi on saigne les salariés et les chômeurs au lieu de prendre aux riches qui évadent, licencient et se gavent dans des restos clandestins ? La réponse à cette interrogation n’est pas non plus une question de comptabilité mais une question politique et de rapport de forces. 

La régression sociale ne se négocie pas ! Les directions syndicales doivent avancer un plan de bataille à la hauteur de l’offensive

 Comme l’expliquait dans un articleprécèdent, « si l’ensemble des organisations syndicales ont affirmé dans un communiqué commun le 23 février leur « profond désaccord »avec ces mesures, l’intersyndicale n’a jusque-là présenté aucun plan de bataille à la hauteur de la précarisation qu’engendrera une telle réforme. Au contraire, la CGT comme les autres organisations syndicales ont parfaitement joué le jeu du dialogue social en participant à toutes les concertations ayant pour objet la forme que prendrait la réforme. Le seul horizon de lutte donné aux travailleurs et aux chômeurs est la possibilité de saisine du conseil d’État, donnant la perspective d’un combat qui se mène par le haut et par les institutions. Pourtant, les intermittents et précaires qui occupent les lieux de culture notamment contre cette réforme montrent qu’il est possible de se battre. C’est dans la rue et dans les entreprises, à la base, qu’il faudra lutter et construire le rapport de force contre les attaques du gouvernement, à l’image de l’appel à manifester contre le chômage et la précarité le samedi 20mars 2021 qui était à l’initiative du mouvement national des chômeurs et précaires. »

Les directions syndicales doivent sortir du « dialogue social » et mettre sur pied un véritable plan de bataille à même d’unifier dans la rue et les entreprises les différents secteurs du monde du travail et des classes populaires qui payent aujourd’hui les frais du projet antisocial et autoritaire de Macron. Pour cela il faut poser les bases d’un front le plus large possible pour lutter pour le retrait de la réforme de l’assurance-chômage mais aussi pour l’interdiction des licenciements, un revenu d’urgence financé par un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes,l’interdictions de toutes les lois racistes et liberticides et pour des moyens massifs dans les services publics de la santé et de l’éducation.




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