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Politique

« Acte II » du quinquennat

Réforme de l’assurance-chômage, le retour à l’offensive du gouvernement

Édouard Philippe a lancé lundi le premier chantier de l’ « Acte II » avec la réforme de l’assurance-chômage. Une réforme offensive qui durcit les conditions d'indemnisation malgré le prétendu "équilibre" revendiqué par le gouvernement.

mardi 18 juin

Si l’objectif central reste le même, le discours a changé. Quelques mois après l’échec des négociations paritaires, le gouvernement présentait lundi sa réforme de l’assurance-chômage autour du slogan « Transformer l’assurance-chômage pour plus d’emplois ». Un mot d’ordre qui dissimule mal le cœur de la réforme : permettre d’économiser 4 milliards d’euros sur trois ans.

Pour cela le gouvernement prétend proposer un projet « équilibré », qui répartirait les efforts sur différentes couches de la société, ici les chômeurs, les cadres et les entreprises. Le gouvernement des riches serait-il disposé à faire payer les riches ? C’est en tout cas ce qu’aimerait faire croire Édouard Philippe qui a mis particulièrement en avant trois mesures : un malus sur les contrats courts et une taxe sur les CDD d’Usage pour les entreprises, ainsi que la dégressivité des allocations pour les hauts revenus.

Si les deux premières mesures suscitent l’ire du MEDEF, le bonus-malus ne concerne cependant que 7 secteurs sur 38, et apparaît comme largement au rabais par rapport aux annonces de Pénicaud. Garant des intérêts à long-termes du patronat, le gouvernement est capable d’aller ponctuellement à l’encontre de ses revendications immédiates, mais toujours avec mesure et prudence.

En ce qui concerne les « hauts revenus », la dégressivité des allocations est là aussi une mesure de justice sociale en trompe l’œil. Son impact financier réel, minimal en tant qu’elle ne concerne qu’un très petit nombre de salariés, est inversement proportionnel à l’importance de la brèche que cela ouvre : la dégressivité des allocations qui pourrait à termes être étendue à d’autres salariés, bien plus largement qu’aux seuls « hauts revenus ».

Surtout, ces mesures ne sauraient occulter le cœur du projet du gouvernement, celui de mettre au travail les chômeurs à tout prix, par le durcissement des conditions d’accès à l’allocation chômage. Il faudra ainsi désormais avoir travaillé six mois durant les 24 derniers mois pour pouvoir toucher le chômage contre quatre mois sur les 26 derniers mois jusqu’alors. Une mesure autrement plus importante que celle qui vise les hauts revenus, puisqu’elle concernerait 11% des allocataires, contre… 0,03 % pour la dégressivité.

Pour autant, entrer dans la logique de mise en concurrence des salariés, même les plus avantagés, participerait ici à alimenter la rhétorique du gouvernement. Celui-ci cherche à faire payer le coût du chômage au salariat, et s’il met en cause les entreprises à la marge c’est pour mieux faire oublier le déséquilibre évident entre les 4 milliards d’euros d’économie demandés à l’Unédic et les dividendes records du CAC40 qui devraient dépasser cette année les 50 milliards d’euros.

C’est donc finalement une réforme très offensive que propose ici le gouvernement. Pour combattre ces réformes pernicieuses, et toutes les autres attaques de l’« Acte II », il faut un plan de bataille. Or ici, si les syndicats – jusqu’à la CFDT de Laurent Berger -, ont dénoncé en chœur une réforme « injuste », ils continuent de jouer le jeu paradoxal du « dialogue social » sans dialogue, totalement marginalisés par un gouvernement à l’offensive. Pourtant, c’est dans la rue que pourra se créer le rapport de force à même de faire plier Macron.

Crédit photo : © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP




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