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Jeunesse

"Ça va cogner sec"

Réforme des retraites, LPPR : à l’Université de Strasbourg, la mobilisation se construit

Forte de ses 50.000 étudiants, l’université de Strasbourg est l’une des plus importantes du pays. Le campus central est l’épicentre de la vie étudiante, là où se concentrent la plupart des activités, et depuis quelques mois maintenant c’est logiquement au cœur du campus que se construit la mobilisation des étudiants contre la réforme des retraites.

jeudi 30 janvier

Crédit photo : Vincent Ballester / France Télévisions

Une mobilisation initiée dès décembre

Les premières grandes Assemblées Générales ont eu lieu en novembre, en préparation de la grève qui allait commencer le 5 décembre 2019. C’est avec une grande excitation que les étudiants se sont rendus dans les amphis pour des longues AG secouées par des débats houleux, notamment lorsque des membres de l’UNI (organisation universitaire de droite) et de l’extrême droite venaient pour les perturber. Le blocage de la fac fut voté le 12 décembre et se déroula tranquillement dans l’ensemble jusqu’à ce qu’une vingtaine d’individus cagoulés se revendiquant de l’Action Française et de la Cocarde étudiante viennent tenter de lever le blocage, blessant plusieurs de nos camarades, et inscrivant ainsi la lutte contre le fascisme comme une des priorités de la mobilisation, rendant ainsi cette dernière encore plus complexe qu’elle ne l’est déjà.

Les manifestations sont un succès dans l’ensemble, suivies à chaque fois d’AG inter-secteurs. Ces dernières sont parfois très mouvementées et les accusations fusent : les Gilets jaunes soulevant le fait que pendant plus d’un an ils ont souvent manqué de soutiens, certains outrés que se soient aujourd’hui les syndicats qui prennent, en quelque sorte, le relais ; les anarchistes fustigeant les « vieux syndicalistes » trop mous, qui préfèrent chanter du Saez sur un camion et manquent de motivation et de projets d’actions concrètes ; certains appelant au calme, d’autres au bordel. C’est souvent le bordel qui l’emporte. Mais globalement on sent que ça chauffe partout, les pompiers à Paris en sont un exemple criant, les avocats dessinent un élargissement intéressant et les enseignants gonflent leurs muscles pendant que les lycéens s’engagent de plus en plus fermement, laissant espérer une globalisation du mouvement social.

Une rentrée marquée par la dynamique dans l’enseignement supérieur

Sur la fac, les AGs se poursuivent depuis la rentrée, de plus en plus nombreuses, rassemblant de plus en plus d’UFR qui se coordonnent petit à petit. A Strasbourg, des AGs ont ainsi lieu en Histoire, en Architecture, en Géographie, en Maths, en Philo, en Sciences sociales etc… avec à chaque fois la présence de nombreux professeurs qui s’engagent de plus en plus fermement dans la lutte contre la réforme des retraites. Le corps enseignant et les chercheurs eux aussi se mobilisent de leur côté à travers des AG régulières qui poussent à une convergence massive avec les étudiants.

La lutte prend un tournant décisif, celui d’une lutte coordonnée nationalement. Les enseignants sont d’autant plus remontés contre la réforme des retraites que la loi LPPR (Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche) vient consolider le ras le bol général. La précarité ? on n’en veut plus. La réforme des retraites ? on n’en a jamais voulu. La loi LLPR ? non plus. La réforme Blanquer ? personne n’en veut, il n’y a qu’à constater les perturbations des épreuves des E3C dans les lycées. Ça gronde, et sérieusement. La mobilisation qui se prépare promet d’être rude, et les enseignants savent le poids qu’ils peuvent faire peser sur les universités et les lycées pour relancer la mobilisation étudiante, en baisse depuis la rentrée des vacances de Noël. Selon Pascal Maillard, professeur à l’Université de Strasbourg et membre du syndicat SNESUP-FSU, « ça monte très fort chez les enseignants », et une grève de la recherche et de l’enseignement est même envisagée. La mobilisation qui se profile revêt désormais un caractère exceptionnel et s’ancre fermement dans la lutte sociale qui traverse notre pays depuis plus d’un an.

Certains professeurs sont en grève « active », c’est-à-dire qu’ils continuent de donner des cours, mais consacrent une partie de ces derniers à expliquer la réforme des retraites et différentes réformes menées par le gouvernement de Macron. C’est en Sciences sociales que la mobilisation est pour l’instant la plus forte, notamment avec une AG qui a regroupé près de 200 étudiants et professeurs, les cours de la semaine étant pour la plupart consacrés à des débats sur la réforme des retraites. La mobilisation a commencé, on attend maintenant que ça prenne partout.

Cependant, la défaite de la mobilisation contre la loi Pécresse en 2007 (la LRU : loi relative aux libertés et responsabilités des universités) demeure un profond traumatisme pour les étudiants et le corps enseignant et chercheur des universités. Sachant cela, et prenant acte de cet échec, il nous faut y aller doucement, ne pas se précipiter, sans non plus trop prendre notre temps. Toujours est-il qu’on ressent une claire ébullition partout, quelque chose qui mijote, prêt à surgir. Un fait curieux s’est produit récemment, et vient renforcer l’idée que quelque chose de gros se prépare : la conférence des doyens des facultés de droit de France (à noter que les facs de droit se distinguent généralement par leur indifférence impériale face à toute sorte de mobilisation sociale) s’est illustrée par le vote d’un texte fustigeant la loi LPPR, un texte de gauchos ! Ça va chauffer…

Depuis les facs, des actions se lancent également. Après une AG dans un amphi peu rempli, les étudiants mobilisés ainsi que des enseignants se sont ainsi rendus hier dans une salle de conférence qui accueillait le Congrès de l’Université, avec la présence de nombreux élus ainsi que du président de l’Université de Strasbourg, Michel Deneken (prêtre catholique et théologien), afin d’exprimer leur profond malaise sur ces quelques sujets et faire part de quelques-unes de leurs revendications :

- La banalisation des cours les jours de mobilisation pour que les étudiants souhaitant participer à la lutte puissent le faire sereinement et l’esprit tranquille.
- Que l’Université se positionne clairement contre la réforme des retraites et soutienne administrativement tous ceux (étudiants et corps enseignant) qui souhaitent se mobiliser.
- Que Monsieur le Président condamne avec la plus grande fermeté les violentes agressions perpétrées par l’Action Française et la Cocarde Etudiante sur des étudiants mobilisés, en nommant clairement ces sombres groupuscules.
- L’Université de Strasbourg est décorée du statut d’université « résistante ». C’est une des raisons pour lesquelles nous demandons, par respect pour les personnes blessées et choquées par ces évènements, par respect pour l’Histoire, et pour honorer notre devoir de mémoire pour la Resistance Française face au fascisme, que l’université porte plainte contre ceux qui ont commis ces actes.

Monsieur le Président Deneken, nous attendons toujours.

Le candidat LREM à la mairie de Strasbourg Alain Fontanel présente ses vœux ce jeudi 30 janvier, en même temps qu’une retraite aux flambeaux, la deuxième en une semaine. De nombreux militants et Gilets jaunes appellent à perturber la conférence du candidat, comme cela s’est déjà produit pour de nombreux élus LREM en ce début d’année, afin de montrer qu’il n’est pas le bienvenu, ni lui ni son parti.

Ça bout, ça chauffe, ça grogne, ça va cogner sec, il va pleuvoir des grenades et on va entendre siffler les matraques et meurtrir les flashballs. Mais on va tenir, et on va gagner, parce que si on ne tient pas on tombe, et si on tombe ce sera, cette fois, peut-être bien pour de bon. Alors aucune désescalade n’est à envisager, c’est la victoire qu’il nous faut, quoi qu’il en coûte, surtout s’il en coûte !




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