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Politique

Réforme déconfinée

Réforme des retraites : Macron cherche à séduire à droite pour préparer 2022

La réforme des retraites revient sur le devant de la scène politique. Macron envisagerait en effet de s'attaquer aux régimes spéciaux avant l'été. Un pari risqué, qui divise jusque dans son propre camp. Mais Macron a choisi son cap : 2022.

mardi 7 septembre

Crédit photo : LIONEL BONAVENTURE / AFP

Ce dimanche Les Échos révélaient que la réforme des retraites pourrait bien être de retour. Macron réfléchirait en particulier à supprimer les régimes spéciaux de retraites et à instaurer un minimum de pension à 1.000 euros avant la présidentielle. Dans une interview donnée au Monde ce mardi, Gabriel Attal donne le ton «  A la même époque, le gouvernement de Nicolas Sarkozy augmentait les impôts ; François Hollande arrêtait les réformes. Le premier s’était renié et le second calait ; Emmanuel Macron, lui, va accélérer. » Il poursuit un peu plus loin sur la réforme qui occupe toutes les discussions : « La question des retraites n’a jamais quitté la table […] Il n’est pas possible, dans un temps si court, de reprendre telle quelle la réforme de 2019. Certaines de ses composantes pourraient être reprises d’ici à la fin du quinquennat. »

Si cette annonce a d’abord créé un mouvement de stupeur jusque chez les membres du gouvernement, tant l’idée d’une réforme avant la fin du quinquennat semblait avoir été enterrée, elle s’inscrit dans la continuité des oscillations qui ont rythmé ces derniers mois. A la sortie des élections régionales, LREM était en mauvaise position, et dans une volonté de renouveler un jeu de séduction d’un pan de la bourgeoisie, il avait annoncé vouloir repousser la retraite à 64 ans. Finalement à l’ouverture de la période estivale et dans le cadre d’une reprise de l’épidémie, Macron avait expliqué qu’il reposerait la question de la réforme des retraites une fois la situation sanitaire et économique stabilisée, ce qui semblait sonner son report au prochain quinquennat.

Derrière ce revirement de situation, l’arrivée de la campagne présidentielle. Pour Macron s’agit de faire peser son bilan et de créer un pont avec le mandat suivant. Or espérer être réélu, Macron veut sécuriser sa base sociale en donnant des gages réformateurs par le passage d’un morceau de réforme des retraites, tout en s’adressant à l’électorat des Républicains. Pour Nicolas Beytout, journaliste à l’Opinion : « il ne peut pas ignorer les dernier sondages et le positionnement en embuscade au premier tour de Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse. Et surtout que ce sont eux qui le battraient à coup sûr au second tour. Agir à droite, séduire à droite, voilà l’idée ».

Cette perspective est loin de faire l’unanimité, y compris dans son propre camp. Macron suit un rythme qui lui est propre mais qui peine à convaincre. On se souvient en juillet de Richard Ferrand, président de l’Assemblée Nationale, qui repoussait le projet en espérant qu’il soit : « le premier du second quinquennat d’Emmanuel Macron ». Dans le même sens BFM cite un cadre de la majorité : « On a tout le temps qu’il faut. La réforme d’avant n’a pas été bien comprise. C’est une excellente réforme du début du prochain quinquennat ». Ces craintes qui divisent la majorité sont largement partagées par le MEDEF. Ce dernier est en effet opposé à l’idée d’un retour de la réforme qui pourrait provoquer une explosion sociale. En effet le souvenir de l’hiver 2019 est encore frais, et l’idée d’un retour de la grève dans les secteurs clés comme ceux des transports ou de l’énergie, concernés par les régimes spéciaux, inquiète. Un refus qui va de pair avec l’opposition de l’ensemble des directions syndicales, y compris la CFDT, qui ont toutes décliné la proposition de concertation sur le sujet de la réforme des retraites les 1er et 2 septembre dernier.

Le pari est donc risqué pour Emmanuel Macron. S’il pourrait d’un côté assurer ses arrières et solidifier sa base sociale pour la présidentielle, il prend un risque, celui d’attiser la contestation dans la dernière ligne droite avant la fin du quinquennat, avec les possibilités d’explosions sociales qui pourraient voir le jour si le projet de réforme se confirmait. Certes, la fin de l’été et le mouvement contre le pass sanitaire qui s’est essoufflé avec le concours actif des directions syndicales qui sont restées largement silencieuses envoie un signal de passivité dont Macron pourrait bien profiter. En ce sens, d’après Le Monde : « Au sommet de l’Etat, l’hypothèse de voir à nouveau la rue s’embraser n’angoisse guère. » Pour autant, en 2019, ce sont les bases ouvrières, notamment à la RATP, qui avaient imposé à leurs directions une grève reconductible dans les transports, rejointe par différents secteurs.

Face à ce danger, une dernière hypothèse est possible, celle que le gouvernement choisisse consciemment de diffuser sa volonté de réformer les régimes spéciaux quitte à se raviser ensuite. Un moyen de communiquer et d’installer dans le débat public ses volontés réformatrices. Une chose est sûre, quelque soit la décision finale, Macron prépare le terrain pour 2022.




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