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Politique

Réouverture des négociations

Réforme des retraites et de l’assurance chômage : Castex temporise sur les attaques sociales

Jean Castex a annoncé dans une interview pour BFM la réouverture des négociations pour la réforme des retraites, le report de la question des régimes spéciaux et de la réforme de l'assurance chômage. La peur d'une explosion des colères pousse le gouvernement à avancer prudemment.

mercredi 8 juillet

Crédits : Christophe Archambault AFP

Le sujet de la réforme des retraites, mise en pause pendant le confinement fait son retour depuis plusieurs jours. Jean Castex, nouveau premier ministre s’est présenté comme un « homme de dialogue » en expliquant que tout se fera « dans le dialogue et la main tendue ». Il a indiqué vouloir rencontrer « les partenaires sociaux, tous, un par un, et tous ensemble avant le 20 juillet » pour discuter d’un certain nombre de sujets, de la réforme des retraites à l’assurance chômage en passant par le plan de relance économique.

Le ton est donné : il faut tempérer. Alors que Bourdin interroge Castex sur BFM sur les formes que prendra la réforme des retraites dans cette seconde version ce dernier explique qu’elle se fera en deux volets distincts. Le gouvernement souhaite séparer la question du futur régime universel de celle du financement. Il y a une volonté claire de jouer sur les temporalités, en inscrivant dans le long terme l’épineuse question de la suppression des régimes spéciaux et dans le court terme celle du déficit des retraites, fortement accentué par la crise économique. Le nouveau premier ministre insiste sur l’importance des négociations : « je ne commence pas un dialogue et une concertation en donnant une solution avant de commencer  », « il faut donner du temps au temps  ». Derrière cette expression pour le moins creuse se cache un projet très clair : aller jusqu’au bout de l’attaque initiale en remettant à l’ordre du jour l’âge pivot, tout en avançant le plus prudemment possible. En décalant dans le temps le passage des différentes parties de la réforme le gouvernement espère éviter de mettre le feu aux barils d’une réforme qui a déjà su déclencher une grève historique en décembre.

Même son de cloche pour la réforme de l’assurance chômage. Alors que sur le premier semestre de 2020 a vu un demi million de personnes perdre leur emploi, et que les plans de licenciements s’enchaînent toujours plus massifs, la question du chômage est brûlante et pèse dans les esprits. La chasse aux pauvres promise par l’assurance chômage, avec des possibilités restreintes de droits d’accès au chômage pourrait devenir explosive dans la situation. Le gouvernement inquiet de la colère qui gronde a préféré repousser encore la question, Jean Castex l’a parfaitement illustré en disant qu’il voulait « décaler la mise en œuvre » de la réforme. Mais aucune forme d’humanisme et de recul sur le fond n’est à entendre dans ce report, le chef du gouvernement a souligné qu’il « approuvait » cette réforme... qui n’est autre qu’une promesse toujours plus importante de précarité.

Le gouvernement joue sur les effets d’annonce : découper, négocier, attendre et étaler. Castex le dit « perdre un mois, deux mois, parfois c’est en gagner ». Le discours est clair ils veulent aller au bout des attaques mais avec prudence. En effet derrière ces reports, il n’y a aucune garantie d’annulation, bien au contraire.. La peur de voir le mécontentement de la gestion de la crise sanitaire, le refus de payer la crise économique s’ajouter à la colère qui a conduit aux Gilets Jaunes ou à la grève des retraites les poussent à négocier. Mais cette main que Castex tend avec tant d’énergie est un piège évident. Loin de la négociation sociale, il s’agira, pour exiger le retrait total de ces projets, de construire dans la rue un rapport de force contre ce nouveau gouvernement.