^

Politique

Même combat contre nos droits

Réforme des retraites : la droite tend la main à Macron avant le début de l’offensive

A deux jours de l’annonce de la réforme des retraites, LR a officialisé son soutien au projet du gouvernement ce dimanche. Un soutien qui permet au gouvernement d'être moins isolé mais ne résout en rien la crainte de la rue qui l’anime.

lundi 9 janvier

Le 12 décembre dernier, Emmanuel Macron choisissait de décaler l’annonce de son projet de réforme des retraites, prévue quelques jours plus tard, au 10 janvier. Une décision prise pour tenter de conjurer son isolement politique et syndical. Or, à deux jours de l’annonce de la réforme, la droite a officialisé hier son soutien à cette mesure.

Dans un entretien au Journal du Dimanche publié le 8 janvier, le nouveau président de LR Eric Ciotti a en effet assuré souhaiter « pouvoir voter une réforme juste qui sauve notre système de retraite par répartition », expliquant que « la situation budgétaire, démographique et économique impose cette réforme. »

Une déclaration qui survient après des négociations entre le gouvernement et la droite fin décembre et qui met fin au flou de l’attitude de LR. En décembre dernier, des pontes des Républicains dénonçaient ouvertement la réforme, le chef de file des députés LR Olivier Marleix allant jusqu’à menacer de déposer une motion de censure en cas de réforme à 65 ans.

L’affichage du soutien à la réforme par Ciotti ne va cependant pas sans conditions. Le nouveau chef des Républicains souhaite notamment que la réforme s’étale sur deux quinquennats, avec un relèvement de l’âge de départ à 63 ans en 2027, puis 64 ans en 2032, ou encore que le minimum retraite à 1200 euros s’applique de façon rétroactive aux retraités actuels. Une façon pour la droite de draguer des secteurs de l’électorat âgé et de profiter de sa position au centre du jeu pour s’afficher hypocritement en amie des retraités pauvres.

Justement, le gouvernement et la majorité ont donné au cours des derniers jours des signaux d’ouverture sur ces points. Ainsi, le gouvernement ne fait plus mystère de sa volonté de privilégier un recul de l’âge légal de départ à 64 ans combiné à l’accélération de l’application de la réforme Touraine. Par ailleurs, si le gouvernement ne veut pour le moment pas appliquer la mesure sur le minimum retraites à l’ensemble des retraités, il pourrait décider de céder sur ce point pour sceller l’accord avec la droite et tenter de faire avaler la pilule de son offensive.

En définitive, s’il faudra encore convaincre à l’intérieur de LR l’ensemble des dirigeants du parti sur fond de tambouilles politiciennes, l’affaire semble désormais entendue : Macron pourra compter sur le soutien de LR pour mener son offensive contre nos retraites. Pas vraiment une surprise, puisque par-delà les désaccords exprimés sur la méthode, LR et le gouvernement partagent depuis longtemps l’objectif de nous faire travailler plus longtemps.

Si Macron et le gouvernement espèrent avoir trouvé de quoi échapper au 49-3, il n’en reste pas moins que la véritable épreuve de vérité pour sa réforme des retraites se jouera dans la rue. De ce point de vue, les concertations n’ont pas permis d’éroder le front syndical, tandis que la colère dans le pays continue d’enfler. Lors du dernier Conseil des ministres, Emmanuel Macron aurait ainsi demandé à son gouvernement d’être à l’affut de tous les mécontentements qui se font jour, de la colère des boulangers à celle sur les salaires.

La crainte de Macron est claire : celle d’une convergence des colères. Et il est urgent de transformer ses pires cauchemars de réalité. Un tel objectif implique un plan de bataille offensif, par la grève reconductible, mêlant la bataille contre retraites à des revendications sur les salaires pour mettre en branle l’ensemble de notre classe et paralyser l’économie. Pour l’heure, les directions syndicales n’ont toujours pas proposé la moindre date de mobilisation. Il y a plus que jamais urgence !



Mots-clés

Droite   /    Eric Ciotti   /    Macronisme   /    Réforme des retraites   /    Retraités   /    Emmanuel Macron   /    Politique