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Politique

Vers un report ?

Réforme des retraites : sous pression, le gouvernement envisage un plan B

La réforme des retraites est un terrain miné pour le gouvernement. Le 5 décembre émerge comme perspective d’une mobilisation d’ampleur et dans de nombreux secteurs la colère s’amplifie. Fébrile, la macronie pourrait lâcher du lest quant à la réforme des retraites pour éviter l’explosion.

jeudi 17 octobre

Crédit photo : LP - J.-G.B .

Réformer en terrain miné

Dans un contexte social de colère croissante, près d’un an après le début de la mobilisation des Gilets jaunes, Macron voit émerger de plus en plus de foyers de contestation, à commencer par les travailleurs de la RATP qui ont mis la capitale à l’arrêt le 13 septembre dernier.

Mais des conflits se durcissent ou émergent également dans d’autres secteurs, tels que la santé et l’éducation nationale, où des grèves ont cours depuis plusieurs mois, ou encore les pompiers qui ont été nombreux à se mobiliser mardi dernier. Et si pour l’heure la convergence ne s’est pas établie entre ces différents secteurs, les rangs de ceux qui revendiquent la perspective d’un « tous ensemble » grossissent de jour en jour.

Dans cette poudrière, le 5 décembre apparaît comme un potentiel catalyseur. Cette date a émergé des grévistes de la RATP, comme point de départ pour une grève illimitée face à la réforme des retraites. L’appel a été rejoint par Sud Rail et d’autres fédérations syndicales comme la CGT services publics, condamnant les « journées d’action isolées », stratégie perdante imposée par les directions syndicales ces dernières années.

Ce mercredi, la CGT, FO, la FSU, Solidaires et des organisations de jeunesse se sont calés sur cette même date – sans toutefois mentionner l’appel à partir en illimité des travailleurs de la RATP – pour appeler à une journée de grève interprofessionnelle. Un appel dont l’importante limite est qu’il s’agit d’une journée de « grève carrée », sans que les directions syndicales ne proposent un plan de bataille qui aille au-delà, mais qui est tout de même le fruit d’une importante pression à la base, d’une volonté d’en découdre face aux attaques du gouvernement.

Cette date du 5 décembre est également lourde de symbolique : en 1995 elle avait marqué un saut dans l’instauration du rapport de force face au plan Juppé, avec des centaines de milliers de travailleurs descendus dans les rues. Un mouvement d’ampleur qui avait fini par faire plier le gouvernement. Pour cette année 2019, le 5 décembre pourrait également servir de point d’appui pour organiser une grève massive et reconductible dans des secteurs-clés du monde du travail, alliés à la jeunesse et aux Gilets jaunes, afin de faire plier Macron.

Le pari du gouvernement : reculer pour mieux sauter ?

C’est dans ces coordonnées à fort potentiel explosif que le gouvernement semble décidé à lâcher un peu de lest sur sa réforme des retraites. Pour faire passer « en douceur » cette nouvelle attaque d’ampleur, Macron s’essaie depuis la rentrée de septembre et au travers de l’Acte II de son quinquennat à de nombreuses stratégies qui s’avèrent pour l’instant infructueuses.

« Expliquer, coconstruire, négocier, voici l’angle privilégié par l’acte II. Le gouvernement a décidé de rassurer en promettant du temps – et de l’argent – pour que la réforme soit menée sans heurt. Sauf que pour négocier, il se laisse – c’est logique – des marges de manœuvre, il présente une réforme à trous. Trous qui deviennent vite nids à angoisse quand la défiance rode, explique Cécile Cornudet, éditorialiste aux Échos. Pour rassurer, montrons que des populations sont protégées, a tenté l’exécutif. Les retraités ne seront pas concernés par le système à points, ceux qui sont nés avant 1963 non plus, a-t-il insisté. Avec cet effet retour immédiat : si on présente comme une chance aux retraités le fait qu’ils ne seront pas concernés, c’est donc bien que l’on a raison de s’inquiéter lorsqu’on l’est, en déduit l’esprit anxieux. »

En d’autres termes, un retour au dialogue social classique après avoir joué au bulldozer pendant le début du quinquennat, mais où la volonté de pédagogie et d’explicabilité exprimée par le gouvernement ne convainc pas. Le grand débat sur les retraites ne prend pas, et si les directions syndicales se sont empressées d’accourir au chevet de l’exécutif pour négocier des miettes, elles ont fini par appeler au 5 décembre sous pression de la base.

C’est pourquoi cette apparente volonté d’ouverture et de conciliation du gouvernement se double d’une stratégie de la division. Sur le plan de la réforme elle-même d’abord, en cherchant à négocier sa mise en application corporation par corporation, en tapant sur les régimes spéciaux et les soi-disant « privilégiés » afin de niveler le système par le bas. Mais aussi dans un discours plus large, en déroulant la rhétorique islamophobe de l’ennemi intérieur, « l’hydre islamiste » dont le gouvernement veut faire son épouvantail.

Mais sur ce terrain aussi, du « diviser pour mieux régner », le gouvernement est en faiblesse. Les appels à l’unité nationale ne prennent pas, la colère grandit dans de nombreux secteurs. C’est pourquoi le gouvernement tente une nouvelle inflexion : dans un document relatif à la concertation sur les retraites orchestrée Jean-Paul Delevoye, le calendrier de la réforme est remis en question.

Si jusqu’à présent ce qui était privilégié était une application du nouveau système à partir de la génération née en 1963 (qui aura 62 ans en 2025), deux pistes alternatives sont envisagées. Reculer encore la mise en application de la réforme (à une génération postérieure), ou même appliquer la réforme uniquement aux nouveaux entrants sur le marché du travail – autrement appelée la « clause du grand-père », qui a l’avantage pour le gouvernement de faire en sorte que seule une minorité de la population se sente actuellement concernée, et donc d’éviter un embrasement général.

De nouvelles hypothèses soumises à concertation, qui témoignent avant-tout de la fébrilité d’un gouvernement qui ne sait plus quelle stratégie adopter pour faire passer la réforme centrale de son quinquennat. Ces hésitations montrent surtout que l’exécutif est loin d’être inébranlable, et a peur d’un tous ensemble au point de repousser l’application de sa réforme phare. Ainsi, ils nous encouragent d’autant plus à construire une grève reconductible à partir du 5 décembre, un « tous ensemble » en capacité de mettre un coup d’arrêt à Macron mais aussi à son monde.




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