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Monde

Europe forteresse

Réfugiés : l’immolation par le feu comme signal de détresse

mardi 22 mars 2016

C’est une nouvelle scène dramatique qui s’est jouée ce mardi 22 mars, au cœur de la tragédie qui frappe les migrants, coincés en Grèce par les politiques réactionnaires des Etats européens. Un réfugié du camp d’Indomeni, à la frontière entre la Grèce et la Macédoine, s’est immolé par le feu. La tentative a heureusement été stoppée par ses camarades de galère, mais l’appel au secours et à la révolte n’en est pas moins clair, et rappelle le geste de Mohamed Bouazizi, ce jeune tunisien, dont la mort par immolation avait sonné le début du printemps arabe.

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Camilla Ernst

Ses vêtements ont rapidement pris feu après qu’il se soit aspergé d’essence. Mais, très vite secouru par les autres migrants du camp d’Indomeni, il a pu être transféré à l’hôpital et ne souffre que de blessures légères. Déjà lundi, un premier réfugié du même camp avait menacé de s’asperger d’essence mais avait été arrêté à temps par ses voisins. Ce geste, s’il reste symbolique, n’en est pas moins lourd de sens. Car la situation à la frontière entre la Grèce et la Macédoine est catastrophique.

Depuis le 7 mars, la frontière est fermée par un accord passé entre l’Europe et la Turquie, un pas de plus dans la répression sans limite qui s’abat sur les migrants depuis le début de la « crise migratoire ». Forcés de quitter leur pays, fuyant les guerres impérialistes et la misère résultant du pillage organisé des pays semi-colonisés par les occidentaux, bravant les risques de mort en Méditerranée, les coups de matraques d’une police des frontières toujours plus nombreuse, ils sont aujourd’hui 13.000 bloqués à Indomeni par la fermeture de la route des Balkans, en attendant d’être peut-être renvoyés en Turquie par un immonde marchandage. Un accord qui monnaye des milliers de vies humaines, achetant le droit de les expulser en Turquie, et par là-même cherche à renforcer la division entre les « gentils réfugiés » politiques et les autres, à qui l’on refuse ce statut sous prétexte qu’ils sont venus en Europe pour raisons économiques.

Et si les migrants protestent quasiment quotidiennement contre cette situation qui leur est imposée, en manifestant sur les voies ferrées frontalières pour réclamer l’ouverture des frontières, rien n’y fait. Et maintenant, deux d’entre eux ont menacé ou tenté de s’immoler par le feu, montrant qu’ils étaient prêts à risquer leur vie une fois de plus pour la sauver, ainsi que celles de tous leurs camarades. Un geste désespéré, rappelant celui d’un Mohamed Bouazizi,qui avec son immolation et sa mort, avait déclenché les mouvements du printemps arabe. Un geste largement expliqué par leur situation d’extrême pauvreté, confrontés à la fermeture des frontières, à la répression policière, à la violence des manifestations d’extrême-droite, résultat de l’impérialisme occidental qui voudrait faire régner son ordre au niveau mondial. Les mêmes causes qui ailleurs alimentent et renforcent les tendances réactionnaires, à l’heure où l’on déplore et condamne les récents attentats de Daesh à Bruxelles, preuve s’il en était besoin de la faillite du tout-sécuritaire d’une Europe-forteresse.

Pour l’ouverture des frontières, la liberté de circulation et l’accès à des conditions de vies décentes pour tous, la solidarité des classes populaires des pays impérialistes avec les réfugiés est plus que jamais nécessaire, en dénonçant les politiques guerrières et sécuritaires de leur propre Etat.




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