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Notre classe

Solidarité de classe

Réfugiés : les organisations ouvrières doivent sortir de leur silence

Vincent Duse Face à ces milliers de réfugiés qui fuient la guerre, les bombes et la misère, embarqués sur des bateaux de fortune ou contraints à ramper sous des barbelés sans fin en quête d’un avenir moins sombre, et qui trop souvent ne trouvent que la mort aux portes de l'Europe comme seul échappatoire – tout le monde se rappel du petit Aylan gisant inerte sur une plage turque –, quelles « solutions » la « civilisation » des Etats de l’UE propose-t-elle, elle qui est la première aujourd’hui à alimenter le retour en force de cette idée réactionnaire du « choc des civilisations » ?

jeudi 24 septembre 2015

En France, derrière les récentes annonces de Hollande sur le soutien financier programmé pour l’accueil des réfugiés, c’est bien Manuel Valls qui avait donné le ton il y a peu, sur la véritable politique du gouvernement : une offensive xénophobe parfaitement adaptée au renforcement en cours de l’Europe Forteresse, comme l’ont décidé hier les ministres de l’Intérieur des différents pays de l’Union européenne. Ceux-ci se sont entendus sur une répartition de 120 000 migrants en deux ans, sur fond de frontières resserrées, alors que la barre des 1 million de réfugiés devrait être largement dépassée fin 2015. Face à cela, seule une vaste mobilisation populaire pourrait réellement prendre les choses en main et imposer les solutions nécessaires, mobilisation dont les organisations du mouvement ouvrier devraient être les fers de lance. Mais nous en sommes malheureusement loin…

Dénonçons l’hypocrisie des impérialistes : être à côté des réfugiés c’est défendre notre classe

Les patrons et autres PDG n’ont, eux, aucun mal à circuler dans tous les pays avec l’aisance de leurs propres capitaux, sans le moindre risque de se faire enfermer ni d’être traités comme des pestiférés, et ne s’embarrassent pas d’états d’âme pour n’accepter que les plus pauvres des réfugiés à l’unique condition que ceux-ci puissent leur servir de main d’œuvre surexploitée. Quant au prétexte qu’ils resservent, les gouvernements leur emboîtant systématiquement le pas, selon lequel il n’y aurait pas assez d’argent dans les caisses, que chaque pays devrait garder sa part du gâteau, il suffit de se souvenir, pour voir à quel point il est malhonnête, que lorsqu’il s’est agi de refinancer les banques en faillite, les patronats et gouvernements de l’Union Européenne (mais des Etats-Unis aussi) n’ont, bizarrement, pas rencontré ce problème.

La planète a toujours été marquée par des exils et de vastes émigrations, bien souvent forcées. Et aujourd’hui la cause centrale de cette crise migratoire n’est autre que le capitalisme et son impérialisme permanent, qui, là-bas comme ici, doit être affronté en solidarité par toutes celles et tous ceux qui en sont les victimes.

Où sont les organisations du mouvement ouvrier ? Au pire le silence, au mieux de belles paroles…

Quelles différences en effet, entre par exemple les intérimaires des quartiers, cibles récurrentes du racisme, avec lesquels nous luttons pour leur embauche, des salaires et des conditions de travail minimalement décentes, et ces hommes et femmes dont le sort actuel est soit la surexploitation dans des conditions quasi clandestines, soit l’enfermement dans de vrais camps de concentration aux frontières de l’UE ? Aucune.

Pourtant, dans leur immense majorité, les organisations ouvrières et confédérations syndicales tout particulièrement, ne disent mot, ou se contentent de plates déclarations sans assumer de réelles prises de positions en faveur des réfugiés, et évitent soigneusement de poser la question de la solidarité des travailleurs de France avec leurs sœurs et frères de classe, qui sont leurs égales et leurs égaux dans les usines.

La direction de la CGT a récemment fait exception à ce silence. Lors de la Fête de l’Humanité, placée cette année sous le signe de la solidarité avec le peuple grec et les migrants, Philippe Martinez a effectivement dit qu’« il faut accueillir les immigrants point final ! ». Et une déclaration récente de la CGT a commencé à aller dans le bon sens refusant toute division, contre le personnel politique acquis au tournant réactionnaire ambiant, entre « réfugié politique » et « migrant économique ». Réaffirmant par là que les puissances impérialistes dont la France, leurs gouvernements comme leurs monopoles, sont les premiers responsables de cette crise, et demandant enfin la régularisation de tous les sans-papiers, sans sacrifier à la logique funeste du cas par cas.

En attendant, le poison nationaliste se diffuse

Mais au-delà des déclarations, quoi d’autre ? De simples déclarations peuvent-elles suffire à affaiblir la déferlante nationaliste, à contrecarrer l’esprit réactionnaire attisé par l’ignoble double jeu du pouvoir qui professe son « humanisme » tout en maniant la répression ? Un pouvoir qui, ce faisant, valide chaque jour un peu plus le violent populisme xénophobe autant de l’extrême droite que d’un Sarkozy toujours à lorgner vers cette dernière, qui a animé la chasse raciste aux sorcières dont on a encore vu récemment, à Grenoble, les effets ?

Non, de simples déclarations ne peuvent suffire à contrecarrer le venin nationaliste qui est en train d’empoisonner jusqu’à la gauche, cette gauche qui dit depuis longtemps qu’ « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde », ou à l’image d’un Mélenchon patriotard, qui nous disait il y a peu (contre « l’opportunisme » initial de Merkel lorsque celle-ci jouait à l’accueil de 800000 réfugiés, avant du reste, de retourner bien vite sa veste) que la venue massive de réfugiés n’était pas la solution. L’enjeu aujourd’hui est de mettre toutes les forces possibles pour empêcher qu’une partie des ouvriers ne se laisse aveugler par le repli sur soi, et pour cela, le rôle des organisations censées représenter la classe exploitée et opprimée est d’aller à son contact pour démonter cette idéologie qui divise notre classe.

Une idéologie qui laisse croire qu’il faudrait s’occuper de « nos » pauvres « de souche », « nos » travailleurs français, en priorité, et que les réfugiés ne viendraient soit que pour se faire assister par notre « modèle social », soit pour voler leur travail, et qu’on leur réserverait, en plus, un traitement de faveur.Le rôle des organisations ouvrières devrait être de tout déployer pour faire comprendre que les véritables ennemis des travailleurs, des plus pauvres, ce sont ceux qui les exploitent, les dirigent et instrumentalisent leurs peurs au profit des solutions les plus réactionnaires qui soient.

De faire comprendre à la classe travailleuse qui prend coup sur coup au quotidien avec des fermetures d’usines, une précarité en totale explosion, un chômage de masse, que ses intérêts sont les mêmes que ceux qui luttent contre la fermeture des frontières.

Seule une opposition de classe capable de prendre en main les luttes de tous les sans voix et d’organiser une vaste défense collective permettra de contrecarrer ces nationalistes de tous bords, qui, en l’état, abreuvent les médias et sont les seuls à occuper le terrain idéologique.

Pour une solidarité internationaliste, matérielle et politique, partout où c’est possible

Pour construire une telle opposition, les organisations ouvrières devraient inciter toutes les structures syndicales, tou-te-s les salarié-e-s en lutte à prendre la défense des migrants à bras-le-corps. D’abord, pour organiser des collectes de soutien sur les lieux de travail, autant des produits de première nécessité (vêtements, nourriture, produits d’hygiène et médicaments) que des soutiens financiers. Mais cette solidarité matérielle à elle seule ne peut suffire à populariser la cause des migrants, on ne peut se contenter d’une réaction humanitaire face à ce qui est une véritable politique d’agression.

Il s’agit de rejoindre la lutte sur des bases internationalistes et anti-impérialistes, et de défendre ces bases dans toutes les initiatives prises de rassemblements et de manifestations de soutien, qu’il faut élargir, à l’image des 20 000 personnes qui s’étaient déjà réunies le 31 août à Vienne en Autriche, 10 000 à Paris le 5 septembre, et surtout de la grande manifestation de Londres, où plus de 100 000 personnes ont défilé en scandant « Refugees Welcome ».

C’est à l’organisation concrète et déterminée de tout cela que les organisations ouvrières devraient se consacrer. Des mobilisations unitaires de ce type ont déjà lieu, ici et là (et en province aussi, pas seulement à Paris, à l’image de Toulouse, à l’initiative du NPA31) et d’autres vont venir sous peu, tout particulièrement le dimanche 4 octobre prochain à Paris.Régularisation de tous les sans-papiers, où qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, réquisitions des logements vides, y compris pour les nouveaux venus, front unique contre la répression des réfugiés ! La classe ouvrière n’a pas de patrie : à bas toutes les frontières, liberté de circulation pour toutes et tous !




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