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Régionales. Ni front républicain ni union de la « gauche », préparer les prochaines luttes en indépendance de classe !

Pour le 2ème tour des régionales, Révolution Permanente n’appellera à voter pour aucune liste. Pas d’appel au vote critique possible alors que la gauche dite « réformiste » (LFI) s’est rangée sans sourciller derrière le PS, qui a privatisé plus que la droite, et le « capitalisme vert » d’EELV, deux organisations profondément bourgeoises, défendant bec et ongle le capitalisme et le grand patronat. Préparons-nous aux prochaines batailles, sur le terrain déterminant de la lutte des classes.

mardi 6 juillet

Crédits photo : AFP

Un premier tour marqué par l’abstention et une claque pour le duo RN – LREM

Dimanche dernier, les 66 % d’abstention ont montré le rejet massif d’une échéance électorale intermédiaire, et avec elle, le rejet de l’ensemble de la classe politique par une partie importante de la population. Cette abstention, qui n’a pas manqué d’inquiéter les classes dominantes, dont les éditorialistes sont allés jusqu’à évoquer la nécessité de rendre le vote obligatoire ou de sanctionner les abstentionnistes, acte un nouvel approfondissement du discrédit des institutions politiques de la Vème République. Elle témoigne surtout de l’absence d’une représentation politique alternative et indépendante pour la classe ouvrière et les classes populaires.

Dans ce cadre, Macron a pris une véritable claque. Une partie importante des listes LREM ne sont même pas parvenues à passer la barre des 10 % nécessaire pour accéder au second tour. Un échec sur toute la ligne du double pari de Macron : nationaliser le scrutin et devenir une force d’appoint essentielle aux Républicains pour battre le RN. De son côté, le Rassemblement National, comptait bien surfer sur le climat sécuritaire instauré par le gouvernement et les médias pour faire un gros score et arracher pour la première fois de son histoire une ou plusieurs régions. Mais, en dépit des enjeux pour la formation d’extrême-droite, son électorat habituel ne s’est pas mobilisé, faisant s’effondrer les scores du RN jusque dans ses bastions potentiels. Une expression d’un possible effritement du socle du parti, sur fond de gages croissants aux classes dominantes qui ont écorné son marketing « antisystème ».

La seule force politique qui semble sortir renforcée de ce premier tour placé sous le signe de la thématique sécuritaire, est la droite traditionnelle, mais non moins réactionnaire, des Républicains. Sans véritable flambée de ses scores, LR se maintient, comme le Parti Socialiste, dans les régions qu’ils dirigent, tout en s’offrant plusieurs victoires contre les candidats RN qui lui permettent de dérober à Macron le « rempart » contre l’extrême-droite. Une petite victoire pour les partis de l’ancien monde, piliers de la bourgeoisie française et de la Vème République, qui se maintiendront vraisemblablement à la tête de plusieurs régions. De quoi remettre en question le duel RN – LREM perçu comme inéluctable en 2022.

LFI s’engouffre dans le « front républicain » et l’« union de la gauche »

Du côté de la France Insoumise, la politique dans les régionales a été à géométrie variable. Entre candidatures d’union avec EELV en Pays de la Loire, listes avec le PCF comme en Ile-de-France, participation à des unions de la gauche allant de EELV au PS et au PCF, comme dans les Hauts-de-France, ou encore, souvent par dépit, des listes avec le NPA en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine. Une politique largement opportuniste, n’hésitant pas à s’allier avec le PS ou derrière un ex-macroniste comme en Pays de la Loire.

Dans la continuité de cette politique, LFI n’a pas hésité à se lancer dans les tambouilles politiciennes pour le second tour, à coup de fusions et d’alliances pour récupérer quelques sièges. En Île-de-France, La France Insoumise a ainsi fusionné avec le PS néo-libéral et les tenants du capitalisme verts d’EELV. Une logique institutionnelle de conquête de position à tout prix, quitte à se compromettre avec une gauche social-libérale artisane des attaques antisociales et liberticides moyennant quelques sièges de conseillers régionaux. Une politique que Mélenchon était pourtant le premier à critiquer. En mai dernier, celui-ci fustigeait ainsi dans Le Monde l’absurdité du « capitalisme écologique » défendu par Yannick Jadot et Europe Écologie - Les Verts mais aussi le « PS, social libéral, [qui] est promis à une extinction plus ou moins rapide ».

Dans la même veine, en PACA, le PCF appelle de son côté à voter Les Républicains pour battre l’extrême-droite, alors que sa liste d’union de la gauche derrière EELV s’est retirée du second tour au nom du « front républicain ». Une politique qui ne peut qu’amener à renforcer des partis responsables de profondes attaques sécuritaires, racistes et de réformes néo-libérales, et alimenter la dynamique de l’extrême-droite, et qui rend impossible tout soutien critique à de telles listes.

Ni « front républicain », ni « union » avec la gauche néo-libérale : s’abstenir et préparer les prochains affrontements

Le premier tour de ces élections régionales a révélé, à un an des présidentielles, la profondeur du discrédit des institutions de la Vème République, au point de susciter l’inquiétude et le retour du spectre des Gilets jaunes chez les classes dominantes. Après avoir évoqué l’abstention pour La Dépêche, l’ancien premier ministre Édouard Philippe a ainsi insisté sur le fait que « les causes profondes de la crise des Gilets jaunes n’ont pas disparu ». Une référence loin d’être anodine et entendue à plusieurs reprises ces derniers jours, qui montre la crainte que la colère exprimée dans l’abstention ne puisse se transformer en explosions de lutte sociale. Dans la même logique, le patron du MEDEF Geoffroy Roux de Bézieux s’inquiétait récemment d’un éventuel retour de la réforme des retraites notant : « les mouvements sociaux arrivent souvent à un moment où on ne s’y attend pas […] il y a une accumulation de souffrances et de frustrations individuelles ».

La progression des résultats réalisés par les listes Lutte Ouvrière menées notamment par Nathalie Arthaud en Île-de-France, montrent que malgré l’offensive sécuritaire et raciste qui a prévalu ces derniers mois, des listes ouvrières en toute indépendance de classe ont pu réussir à mobiliser une partie de l’électorat populaire pour faire entendre le camp du « monde du travail ». En effet, en engrangeant 320.000 voix, soit une moyenne de 2,3% des suffrages exprimés au niveau national, allant jusqu’à 3,6% dans les Hauts-de-France, ces scores montrent à quel point notre camp social à besoin d’être représenté par lui-même, en toute indépendance de la bourgeoisie et de ses institutions, loin des compromis et des trahisons de la gauche institutionnelle. Cela laisse également entrevoir le potentiel qu’aurait pu avoir un front anticapitaliste entre LO et le NPA pour d’adresser encore plus largement tout en sauvegardant une boussole de classe. Une telle politique aurait pu exister si le NPA n’avait pas capitulé avec ses alliances avec LFI qui n’ont d’ailleurs obtenu que de bien maigres scores puisque de faite, LO a talonné l’alliance LFI-NPA en Nouvelle-Aquitaine.

Dans un tel contexte, et alors que les résultats du RN montrent un certain effritement du vote pour l’extrême-droite, l’heure est moins que jamais aux tambouilles politiciennes et aux alliances opportunistes qui font le jeu du retour des vieux partis du régime, qu’il s’agisse du PS ou des Républicains. Il ne peut y avoir aucune issue pour le monde du travail et les classes populaires aux côtés du PS, parti des trahisons, du 49:3, de la loi Travail, de la déchéance de nationalité, de l’État d’urgence et de la répression des manifestants, qui aujourd’hui s’aligne sur les attaques liberticides et racistes du gouvernement. Il n’y a rien à espérer non plus des tenants du capitalisme vert d’EELV, dont une figure comme Yannick Jadot participe aux universités d’été du Medef, et avec le PS et le PCF, manifeste aux côtés de Darmanin et des syndicats de police racistes et réactionnaires.

Nous refusons donc tout « front républicain » et toute « union de la gauche » avec ceux qui se compromettent avec l’exploitation et l’oppression des travailleurs. Ces alliances et ces fausses alternatives ne promettent que des années de plus de gestion capitaliste et ne promettent aucune sortie de crise par le haut pour les travailleurs. Après avoir appelé à voter pour Lutte Ouvrière au premier tour, seule liste en indépendance de classe à présenter un programme pour notre classe, nous n’appellerons donc à voter pour aucune liste au second tour, car aucun ne propose d’alternative en faveur de notre camp social. Loin des illusions électoralistes, la réponse à la crise économique, à la crise écologique, à l’offensive sécuritaire et raciste et à la montée de l’extrême-droite ne viendra que de notre camp social par les méthodes de la lutte des classes, par la mobilisation dans la rue, l’auto-organisation et la grève. C’est en ce sens que nous appelons donc à la construction d’un parti révolutionnaire des travailleurs qui puisse incarner un véritable programme anticapitaliste et ouvrier en toute indépendance de l’État et de ses institutions.




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