^

Politique

Vers l'éclatement du Front de Gauche ?

Régionales à Paris : Pierre Laurent, le candidat cumulard du PCF pour le Front de Gauche

Yano Lesage{} {} « J’ai deux mandats actuellement, sénateur et conseiller régional, je vais me consacrer à mon mandat de sénateur ». Ce sont les mots de Pierre Laurent... le 24 mai dernier, avant que ce dernier ne change d'avis et décide, à la plus grande surprise de ses partenaires du Front de Gauche de proposer sa candidature à la tête du Conseil Régional d'Ile-de-France pour le Parti Communiste Français dans la composante du Front de Gauche. Cela n'est pas sans semer la discorde au sein des « partenaires » et notamment avec Mélenchon qui voit d'un mauvais œil la stratégie d'ascension de Pierre Laurent au sein du Front de Gauche. Celui-ci n'a d'ailleurs pas hésité à tâcler son partenaire en rappelant ses différents mandats, mais aussi son poste de président du Parti de la Gauche européenne. Ouppss....! Rien ne va plus à la gauche de la « gauche » !

mercredi 1er juillet 2015

Le PCF, un parti de notable ? Plus que jamais...

Encore une fois, le PCF fait passer ses intérêts propres devant celui de la formation du Front de Gauche. Les dernières élections municipales ont déjà montré la fragilité du Front de Gauche : durant les élections de 2014, dans 210 communes, le PCF avait choisi une alliance avec le Parti Socialiste dès le premier tour, tournant le dos à « l’union de la gauche de la gauche ». Sauver ses positions dans l’Etat bourgeois, pour un parti qui depuis longtemps déjà, vit de la politique et des mandats de ses élus, voilà le cap du PCF.

La transformation du PCF comme parti de notables passe, avec la candidature de Pierre Laurent à la tête de la région Ile-de-France un nouveau cap. Déjà sénateur et conseiller régional, la candidature de Pierre Laurent révèle que, pas plus qu’au Parti Socialiste ou chez les républicains ( ex-UMP), pas plus que dans les grands partis bourgeois, le PCF ne réprouve le cumul des mandats et cette pratique du pouvoir qui consiste à vivre et à profiter des prébendes qu’offrent l’Etat bourgeois. Quel meilleur signe d’adaptation du PCF aux pratiques de la « caste » politicienne pourrait-on trouver ? Comment croire aux idées de gauche soit disant défendues par un parti qui fait passer la survie de son appareil devant toute considération politique ?

Mais pourquoi donc risquer son capital politique sur un sujet aussi épineux que la question du cumul des mandats – dont la formation de plusieurs commissions mises en place sur ce thème à l’Assemblée Nationale, bien qu’elle n’aient abouti à aucunes réelles limitations nous rappelle à quel point cette question est liée au profond discrédit qui touche la caste politique aujourd’hui - ? Les ambitions présidentielles de Pierre Laurent, et surtout la possibilité d’être un adversaire de poids face à un Mélenchon déclinant, pourraient bien y être pour quelque chose : être en tête de liste à la présidence du Conseil de la région-capital pour le Front de Gauche pouvant être un marchepied vers sa candidature à l’élection présidentielle de 2017 pour le Front de Gauche.

Une candidature à rebours de la stratégie de « podemisation » de Mélenchon

Pour Mélenchon et le Parti de Gauche, c’est la claque ! Relégué à la position de satellite d’une candidature PCF, voilà la situation dans laquelle se retrouve le PG qui n’a le nombre d’adhérents et le poids de l’appareil du PCF pour faire contre-poids. Derrière cette déception, il y a aussi le souhait de voir émerger une force comparable à Podemos en France autour de lui-même pour surmonter les contradictions du projet décadent du Front de Gauche, dont l’axe serait la contestation de la « caste » politicienne en place et la promotion d’un mirage de changement politique derrière le renouvellement de son personnel. Depuis plusieurs mois déjà, Mélenchon plaide en faveur de la constitution d’Assemblées Citoyennes sur le modèle de Podemos dans l’Etat Espagnol afin de désigner ses élus ; une manière pour Mélenchon d’assurer sa candidature pour 2017, et de combler son déficit militant par rapport au PCF par une stratégie plutôt charismatico-médiatique à la Pablo Iglesias.

En ce sens, la candidature de Pierre Laurent est une double épine dans le pied de Mélenchon qui à la fois voit la formation du Front de Gauche décrédibilisée par la candidature d’un cumulard, et ses chances d’être candidat en 2017 s’amenuiser face à Pierre Laurent. Rien ne va plus au Front de Gauche. Et le soutien de Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble, à Pierre Laurent, est en train de rebattre les cartes du Front de Gauche en sa défaveur...

Ni notabilisation, ni podemisation, mais un programme démocratique radical en vue d’un gouvernement des travailleurs

En vérité, entre le renforcement du PCF comme parti de notable et l’adoption de Mélenchon de la stratégie de Podemos, il y a les deux facettes de la même adaptation à l’Etat bourgeois et ses institutions anti-démocratiques Si le PCF n’a désormais rien à envier aux magouilles de la « caste » politicienne établie, poursuivre l’exemple de Podemos, comme Mélenchon l’appelle de ses vœux, consiste in fine à faire alliance avec cette ancienne caste établie comme c’est le cas à Madrid et à Barcelone, où Podemos dirige aux côtés du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol), pour cogérer l’austérité dans les mairies. Adaptation en amont ou en aval, voici peut-être la principale divergence qui anime le Front de Gauche aujourd’hui. Mais en rien cette stratégie ne remet profondément en cause les fondements de l’Etat bourgeois et ne démasque le caractère profondément réactionnaire de sa démocratie.

Virer la caste en place, c’est déjà s’attaquer au fondement de ce qui lui permet d’exister:s’opposer au cumul des mandats, à la multiplication des affaires, à l’appropriation de la démocratie par la « caste », c’est d’abord refuser que les élus gagnent davantage d’un travailleur moyen, c’est refuser de donner un chèque en blanc et faire que les promesses politiques des campagnes se réalisent en pouvant destituer les mandatés à tout moment, c’est supprimer le Sénat et la fonction présidentielle, et mettre en place une assemblée unique qui concentre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Toutes ces mesures permettraient d’entrainer les masses en avant plutôt que de les maintenir à l’arrière, comme c’est le cas avec le projet de Mélenchon de la VIème République qui cherche seulement à restaurer la IIIème ou la IVème, la première ayant capitulé face à Vichy et la seconde étant responsable des pires horreurs en Algérie.

Voilà un programme démocratique radical qui faciliterait la lutte pour le pouvoir des travailleurs. Mais ce n’est pas celui-ci que portent les principales composantes du Parti de Gauche, ni dans sa critique du PCF, ni dans son rapport aux institutions.




Mots-clés

Front de Gauche   /    Politique