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Politique

Vote de classe

Régionales en IDF et transports. Voter Lutte Ouvrière, se préparer à lutter contre la privatisation en marche

Alors que la casse du service public s’accentue, la question de quel programme défendre sur la question des transports se pose de manière brûlante. Nous revenons ci-dessous sur les propositions des différents programmes et notre choix de voter pour la liste de Lutte Ouvrière, seule liste en indépendance de classe.

jeudi 17 juin

Gare du Nord la Rouge. Crédit photo : O Phil des Constrastes

Des promesses de gratuité et de rénovations du réseau aux menaces d’accélérer l’ouverture à la concurrence, la question des transports en commun s’est imposée comme une question importante de ces élections régionales. Cela pour plusieurs raisons.

Premièrement, les processus de décentralisation entamés dans les années 1970 ont donné une responsabilité toujours plus importante dans la gestion des transports. Une politique qui est allé de pair avec la baisse des budgets alloués par l’État aux collectivités territoriales, obligeant ces dernières à se tourner vers des financements privés dans le cadre de l’ offensive néolibérale notamment contre les services publics et les acquis des travailleurs.

Quoi qu’il en soit, les attributs de la région concernant le transport n’ont eu cessent de s’étendre donnant à chaque région une autonomie de plus en plus importante. Et les enjeux sont très importants puisque la région a pour attribution la signature des contrats avec les entreprises de transports en commun, ainsi que la tâche de « moderniser » le réseau et de fixer les tarifs des titres de transport pour les usagers. D’autant plus en Île-de-France, où les habitants font plus de 9,4 millions de déplacements par jour dans les transports en commun, et subissent la galère dans les RER , métros et bus bondés aux heures de pointe.

D’autre part, la crise climatique est devenue centrale dans le débat public. A ce titre, la question des modes de transports à adopter apparaît comme centrale pour répondre aux impératifs environnementaux et écologiques.

Cependant avant de faire le tour des différents programmes, il faut poser le cadre général qui est celui d’attaques répétés contre les transports publics, les conditions de travail des salariés ainsi que la qualité du service aux usagers.

Valérie Pécresse et la marche forcée vers la privatisation des transports publics en Île-de-France

Dans le secteur des transports, ce sont des lois promulguées nationalement – la loi ORTF de 2009 et la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) de 2018 - qui posent le cadre général de l’ouverture à la concurrence. Alors que pour le réseau SNCF la privatisation est déjà en marche avec des transferts de cheminots vers le privé prévu dès 2024 dans les Hauts-de-France par exemple, à la RATP la LOM prévoit l’ouverture à la concurrence des lignes de métro à partir de 2039, et à partir de 2033 pour les lignes de RER partagées entre la RATP et la SNCF. « C’est trop tardif » pour Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France et de IDF Mobilités (« l’autorité organisatrice des transports »), qui ne cache pas sa volonté d’« accélérer la mise en concurrence des transports sur toute l’Île-de-France ». Sur le réseau RATP Bus, un accord collectif imposant aux salariés la perte du statut, le transfert vers le privé et l’ouverture des appels d’offre devrait d’ailleurs entrer en vigueur dès cette année (même si le changement d’entité organisatrice ne se fera qu’en 2024) pour ensuite être étendue à l’ensemble des entreprises de transports.

Le premier objectif de l’ouverture à la concurrence des transports en commun consiste à permettre à de grandes privées de s’installer sur ce marché juteux et d’en tirer les bénéfices. A titre d’exemple dans les Yvelines et le Val d’Oise où le réseau bus est déjà ouvert à la concurrence, le 11 février dernier IDF Mobilités a réparti les cartes entre Transdev, RATP Dev et Keolis – des filiales privées de la Caisse des Dépôts et Consignation, la RATP et la SNCF – qui se sont ainsi partagés au total pas moins d’un milliard d’euros de contrats. Ainsi non seulement chacun pourra juger de l’hypocrisie de Valérie Pécresse lorsqu’elle affirme que « l’ouverture à la concurrence n’est pas la privatisation », mais pourra également constater que la course aux profits exacerbe les inégalités sociales d’accès aux transports en commun.

Par ailleurs, ces attaques contre les services publics des transports s’accompagnent d’une rhétorique raciste et xénophobe contre les plus précaires de notre classe. Tandis que Valérie Pécresse avait tenté de supprimer le remboursement des titres de transports pour les sans-papiers bénéficiaires de l’Aide Médicale d’État – une mesure finalement annulée à plusieurs reprise par le tribunal administratif – ,la tête de liste du Rassemblement Ntional en Île-de-France, Jordan Bardella, affirmait ce lundi lors du Grand Débat sur LCI que le problème résiderait dans le fait que « les étrangers bénéficient de la gratuité et non les français ». S’en est suivi une joute entre lui et Valérie Pécresse pour savoir lequel des deux serait le plus xénophobe... Le RN montre une fois de plus sa nature : un parti anti-ouvrier et raciste qui pointe les immigrés pour justifier les attaques contre les droits des plus précaires et masquer la responsabilité du grand patronat dans la casse des acquis sociaux et services publics.

Enfin, il faut souligner qu’en plus de favoriser la course au profit en faveur des grandes entreprises privés, la marche forcée vers la privatisation poursuit un autre objectif – et non des moindres. En février 2020, soit deux mois après le début du mouvement contre la réforme des retraites, lorsque la grève à la RATP et à la SNCF avait paralysé la région parisienne, Valérie Pécresse expliquait sa position en ces termes dans Le Parisien : « si une telle grève se reproduit, il faut qu’on ait un plan B […] Dans toutes les métropoles de province qui sont ouvertes à la concurrence, la grève n’a pas eu d’impact ». Reprenant la vieille antienne de la droite sur le « service minimum » pour remettre en cause le droit de grève, Valérie Pécresse affirmait que la loi de 2007 adoptée sous le quinquennat de son mentor Nicolas Sarkozy pour s’attaquer aux grèves dans les transports publics « n’est pas allé assez loin ». Dans ce cadre, l’ouverture à la concurrence et le transfert des personnels RATP et SNCF vers des filiales ou entreprises privés avec moins d’acquis sociaux et des syndicats plus faibles, est centralement conçu par les classes dominantes comme un moyen d’affaiblir le secteur des transports, historiquement moteur des luttes du mouvement ouvrier contre les réformes néo-libérales et pour les droits des travailleurs.

Les programmes des têtes de liste Audrey Pulvar (PS) et Julien Bayou (EELV – Génération.s), ou comment faire payer la crise climatique aux classes populaires

C’est Audrey Pulvar qui mène la liste PS pour ces élections régionales avec comme mesure phare la gratuité des transports en commun. Une mesure qui s’appliquerait progressivement, d’abord pour les moins de 18 ans ainsi que pour les jeunes étudiants ou en recherche d’emploi entre 18 et 25 ans dès le 1er septembre 2021. Estimant le coût de cette mesure à 3 milliards d’euros, l’ex-journaliste expliquait ce lundi lors du Grand Débat sur LCI qu’une fois élue elle aurait recours à une disposition inclue dans la loi sur le Climat qui permet aux régions de mettre en place une fiscalité écologique spécifique afin de taxer « les transports routiers les plus polluants » et « le commerce en ligne des grandes plateformes qui ne paient pas leurs impôts en France », ainsi que « demander aux grandes fortunes immobilière de faire un effort pour financer la gratuité des transports ».

Concernant la taxe sur les transports routiers les plus polluants défendus par Audrey Pulvar, elle revient à faire payer la crise climatique aux classes populaires. A l’instar de l’interdiction de circuler dans Paris et la petite couronne pour les anciens véhicules, qui va principalement pénaliser les travailleurs et habitants des quartiers populaires qui n’ont pas de quoi se payer de voiture neuve, et qui n’ont pas à ce jour d’alternative à la voiture pour se déplacer. Ou encore de la taxe carbone qui a été l’étincelle à l’origine du mouvement des Gilets jaunes. En 2019, un rapport de la Cour des Comptes révélait déjà que la tonne de carbone est payée 40€ par les consommateurs, ce qui représente 60 centimes par litre d’essence, tandis que les grandes entreprises pouvaient bénéficier du prix avantageux de 20€ par tonne de carbone grâce à un dispositif européen leur permettant de s’échanger leur « droit à polluer ». Une situation d’autant plus inacceptable que ce rapport précisait : « Les entreprises sont responsables de 61 % des émissions nationales de gaz à effet de serre mais n’acquittent que 36% du produit de la fiscalité carbone ».

Dans la même veine, la taxation des « commerces en ligne des grandes plateformes qui ne paient pas leurs impôts en France » n’aboutira à rien d’autre qu’à être répercuté sur le pouvoir d’achat des travailleurs et des classes populaires, à l’instar de la TVA. Tandis que lorsque la candidate PS promet de « demander aux grandes fortunes immobilière », on ne peut que se rappeler les trahisons du PS qui a imposé la loi Travail en 2016 alors que Hollande s’était posé comme « l’ennemi de la finance », mais aussi a imposé ses « mesures de réforme et de modernisation ferroviaire » qui ont posé les bases même de la privatisation du rail...

Pour ce qui est Julien Bayou, tête de liste EELV – Génération, ce dernier refuse tout simplement de défendre la gratuité des transports en commun, une mesure pourtant traditionnellement défendue par le mouvement écologiste. Lors du Grand Débat, il a ainsi expliqué : « on ne peut pas faire des investissements pour développer les transports en commun et en même temps avoir la gratuité ». Traduction : ce sont les usagers des transports en commun, c’est-à-dire là encore principalement les travailleurs et les classes populaires, qui continueront de payer pour financer le réseau de transports en commun. Dans la même émission, Julien Bayou a d’ailleurs revendiqué le tarif unique pour le Pass Navigo comme une mesure de justice sociale, alors que c’est tout l’inverse. En effet, elle désavantage les habitants des quartiers populaires excentrés qui paie le même prix que les habitants des quartiers chics de l’hypercentre alors qu’ils ne bénéficient pas du même accès aux transports en commun et ont un revenu souvent moins élevé.

Derrière le vernis prétendument social et écologique, les mesures défendues tant par Audrey Pulvar que par Julien Bayou sont dans la continuité des politiques néo-libérales qui visent à faire payer la crise climatique aux classes populaires et aux travailleurs – ici par le biais de taxes injustes ou des titres de transports inégalitaires – plutôt qu’en prenant l’argent là où il est : c’est-à-dire dans les poches du grand patronat.

« Dégager Pécresse » avec Clémentine Autain ? La stratégie de conciliation de classe de la liste LFI-PCF

De son côté Clémentine Autain propose « gratuité immédiate des transports en commun pour les moins de 25 ans et tous les allocataires des minima sociaux », avant de l’étendre aux autres couches de la population. Une proposition similaire à celle d’Audrey Pulvar, à la différence que la tête de liste LFI-PCF explique vouloir la financer en faisant des économies sur les subventions publiques accordées par la région aux entreprises. Clémentine Autain, à l’instar du programme national de La France Insoumise et de ses candidats dans les autres régions, veut ainsi « conditionner les aides publiques aux entreprises par des critères sociaux et environnementaux ».

Pour expliquer ce choix, la candidate prend l’exemple, sur sa chaîne Youtube, de Renault et Total : deux entreprises qui bénéficient de subventions publiques notamment de la région alors qu’elles licencient et suppriment des emplois. Or de cette manière, la liste LFI-PCF menée par Clémentine Autain ouvrent ainsi la voix à des transferts d’argents publics, y compris vers de grands capitalistes comme Bolloré, Mulliez, Airbus, à condition qu’ils ne « licencient » pas. Derrière ce programme, elle cherche à trier les « bons » grands patrons qui accepteraient les conditions de l’État contre les « mauvais » grands patrons qui s’y refuseraient. C’est en somme une logique d’alliance avec ceux qui nous exploitent, nos ennemis de classe, à l’instar des plans d’aides du gouvernement votés à l’assemblée nationale avec l’appui du groupe parlementaire LFI dont Clémentine Autain fait partie en tant que députée de Seine-Saint-Denis.

D’autre part et toujours concernant les transports en commun, Clémentine Autain promet de lutter contre « l’ouverture à la concurrence qui mène à la privatisation » des transports publics, en s’appuyant sur « un pouvoir d’influence quand on préside la région la plus riche de France et d’Europe », sans mentionner une seule fois la nécessité que les travailleurs s’organisent pour construire le rapport de force par la grève. Or, de ce point de vue, la stratégie de la tête de liste LFI-PCF a le mérite de la clarté : non seulement elle place sa stratégie sur le seul terrain institutionnel, mais elle donne en plus l’illusion qu’il sera possible d’empêcher l’ouverture à la concurrence sans remettre en cause au niveau étatique des logiques d’austérités qui étouffent les régions et collectivités territoriales, et sans mentionner une seule fois la nécessité que les travailleurs s’organisent à la base pour construire le rapport de force à par la grève.

En effet, rien que sous le quinquennat Hollande, le budget que l’État allouait aux régions à diminué de moitié. Une politique qui ne remet aucunement en question les budgets austéritaires n’a donc aucune chance de faire autre chose que de se contenter de ré-allouer des budgets pour administrer un peu mieux l’austérité dans une logique là encore de conciliation de classe.

Enfin, pour « dégager Pécresse » Clémentine Autain est prête à s’allier avec le PS et EELV comme en témoignent ses déclarations lors du Grand Débat ce lundi où elle affirmait à ce sujet que « il y a des bases communes pour diriger ensemble la région contre cette droite qui creuse les inégalités » et que « il faut une fusion des listes » au second tour. Or cela exprime de nouveau une logique de conciliation de classe avec l’illusion qu’il sera possible de transformer la société par les institutions régionales, en alliance avec des partis bourgeois « social-libéraux », artisans de l’austérité et des réformes néo-libérales. L’exemple de la politique menée par la maire de Paris, Anne Hidalgo, montre que le PS n’est pas dans le camp des travailleurs loin de là. En effet, cette dernière fait preuve d’un zèle acharné pour appliquer la loi de transformation de la fonction publique aux agents territoriaux et remettre en cause les acquis sociaux. Et à ceux qui relève la tête comme les agents de la mairie de Paris, dont les éboueurs et égoutiers, qui ont occupé la Mairie en guise de protestation, la maire répond par la répression en envoyant la police !

Lutte Ouvrière : la seule liste qui défend l’indépendance de classe face à la privatisation des transports publics

Dans ce contexte, la liste de Lutte Ouvrière, menée en Île-de-France par Nathalie Arthaud, est la seule à affirmer haut et fort que « les travailleurs n’ont pas à payer les transports », que c’est en prenant l’argent « aux patrons » et aux « plus riches » qu’il faut financer la gratuité, et que c’est par la lutte qu’il sera possible de l’imposer.

Le 13 juin, lors d’une conférence à la Fête de Lutte Ouvrière intitulée « Transports : les travailleurs face aux attaques et à la mise en concurrence », Laurent Vinciguerra (militant LO et CGT RATP) expliquait ainsi que « les travailleurs de la RATP doivent se battre comme tous les travailleurs de ce pays : pour les emplois, les salaires, les conditions de travail, les retraites... », rappelant que face aux attaques contre les travailleurs des transports « il y a eu des ripostes comme la grève contre la réforme des retraites de 2019-2020 qui a montré la détermination des travailleurs ». Avant de dénoncer la répression contre les grévistes, à l’instar « des procédures disciplinaires contre les militants de la grève comme Ahmed de Flandres ou Alex de Vitry ».

Concernant la revendication de gratuité des transports en commun, le militant a rappelé que si « elle permettra également de diminuer l’utilisation d’autres modes de déplacement plus polluants », il est nécessaire de défendre pour cela « qu’il faut prendre sur les profits du patronat, ce qui exigera de se battre pour faire plier la bourgeoisie : travailleurs des transports unis aux autres travailleurs et aux usagers ».

Dans le même sens Eric Challal, militant LO et SudRail explique qu’un des pièges que doivent éviter les travailleurs « c’est de réclamer à l’Etat et aux régions de choisir la SNCF dans les appels d’offre comme le font plusieurs directions syndicales. (...) Car la SNCF n’est pas l’amie de cheminots, elle est leur patron et leur premier adversaire, c’est d’ailleurs elle-même qui organise la concurrence à travers les filiales ».

Voter Lutte Ouvrière, se préparer à lutter contre les réformes venir

Malgré certains désaccords politique que nous avons avec LO- au regard du rapport à avoir face aux bureaucraties syndicales, Révolution Permanente appelle à voter Lutte Ouvrière, seule liste en indépendance de classe. Un vote qui doit permettre de se compter, mais aussi de se préparer à construire la riposte sur le terrain de la lutte de classe, par l’auto-organisation et par la grève. A ce titre, il s’agit d’interpeller les directions syndicales qui restent l’arme au pied pour exiger un véritable plan de bataille à même de mettre en mouvement les travailleurs. A l’instar de La Rencontre des Transports qui rassemblait cet hiver des salariés de la SNCF, de la RATP, de Keolis ou encore Transdev et d’autres entreprises de transports, il s’agit de réunir l’ensemble des travailleurs pour répondre tous ensembliste contre la casse des conditions de travail et des transports publics.




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