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Politique

Marine Le Pen dans la course aux présidentielles

Régionales : une candidature frontiste à double-tranchant

Aglaé Martin A deux ans des présidentielles, Marine Le Pen confirme ce mardi 9 juin matin sa candidature aux régionales de décembre prochain dans la nouvelle région Nord-Pas-de-Calais - Picardie. Alors que les sondages ne peuvent qu’encourager une telle candidature, ce sera une élection à double tranchant pour celle qui n’abandonne pas ses ambitions gouvernementales.

mercredi 1er juillet 2015

Du pain béni pour la leader frontiste

Selon le sondage d’OpinionWay, la présidente du FN recueillerait 32% des voix au premier tour des régionales, contre 26% pour Xavier Bertrand et sa liste de droite, et seulement 18% pour la liste PS menée par Pierre de Saintignon. Tout indique donc que Marine Le Pen a raison de se présenter dans cette région. Et pour cause, le Nord Pas de Calais, sous le coût de la désindustrialisation et d’un taux chômage dépassant la moyenne nationale, connaît depuis 17 ans une offensive du Front d’extrême-droite pour s’y implanter. On pourra se souvenir des mots de Marine Le Pen en 2007, qui, après le cuisant échec de son père aux présidentielles, est la seule candidate FN à se maintenir au deuxième tour des législatives. Elle déclarait alors : « Loin de vouloir se positionner sur l’échiquier politique, le Front doit rester un parti ni droite-ni gauche capable de rassembler. […] Le FN est un parti national, populaire et social. Il a vocation à attirer les électeurs déçus par le PS et le PC, qui s’occupent davantage des sans-papiers que de la défense des travailleurs ». Sa stratégie devenait ainsi plus claire : ne pas s’en tenir aux « problèmes de l’immigration » et à « l’insécurité », mais savoir surfer sur la vague du « social » et entamer la dédiabolisation du parti frontiste.

Huit ans plus tard, en mars dernier, ce département lui rapporta 12 sièges à lui seul et Marine Le Pen y annonçait il y a quelques jours la constitution d’un nouveau groupe au Parlement Européen, en partie grâce à l’exclusion de son négationniste de père .

Top départ pour la course aux présidentielles

Cette candidature s’inscrit dans sa stratégie d’ancrage territorial en vue des présidentielles. Marine Le Pen souhaite ainsi affirmer sa stature de potentielle cheffe du gouvernement via un mandat local. Mais surtout, une triangulaire victorieuse face au PS et aux Républicains dans la région serait également une sacrée poussée en avant pour 2017.

Face à cette perspective, le PS apparaît divisé. Ainsi certains militants et élus socialiste locaux, ainsi que Manuel Valls lui-même, s’estiment inquiets de la candidature « fragile » de Pierre de Saintignon, ayant échoué à rallier les Verts à sa liste, et lui opposent une Martine Aubry bien plus populaire dans la région. Jean-Christophe Cambadélis quant à lui, réaffirme son soutien à celui qui a été « désigné par les militants », ou surtout par Martine Aubry elle-même, qui préfère conserver son poste à la Mairie lilloise. Quoiqu’il en soit, même si l’appel à une candidature d’union de la gauche lancée par certains élus locaux trouvait échos, les sondages la placerait déjà perdante avec seulement 23% des voix, ceci reflétant ainsi au niveau local, le désaveu de la politique anti ouvrière du gouvernement qui bat des records d’impopularité.

Une avancée pleine de contradictions

La candidature frontiste n’en reste pas moins risquée, marquant possiblement un point d’arrêt à l’avancée FN en cas de défaite. Et si ces derniers temps, le parti d’extrême-droite parvient à capitaliser sur des mandats locaux et une certaine opinion publique favorable, son élection aux présidentielles de 2017 est loin d’être acquise.

En effet, comme l’analysait récemment le banquier Jean Peyrelevade, le renforcement du FN rencontre aujourd’hui d’importante contradiction. Car si la dédiabolisation du parti frontiste semble faire son effet, aussi bien nationalement qu’au sein du Parlement Européen, son euroscepticisme reste une barrière aujourd’hui infranchissable pour les bourgeoisies françaises et européennes. Et si cette facette n’est pas immuable sur le long terme, et si nous ne pouvons exclure que la bourgeoisie pourra un jour préférer l’option radicale et musclée d’extrême-droite pour assurer son pouvoir et contenir les réactions sociales, cette volonté de sortie de l’UE l’éloigne aujourd’hui toute perspective d’une prise de pouvoir par le FN dans le cadre d’un régime contrôlé politiquement et financièrement par une bourgeoisie internationalisée qui n’a pas fait ce choix. Même s’il n’est pas, aujourd’hui, le choix du grand patronat, Marine Le Pen, se construit dans une autre frange de la bourgeoisie, celle du petit et du moyen patronat, qui, subit lui la crise à un degré bien plus élevée, comparativement aux multinationales fortement internationalisées, du fait de son cantonnement sur le marché hexagonal.

Nul besoin donc d’agiter un quelconque drapeau d’union de la gauche derrière un PS qui fait largement le jeu de ce parti d’extrême-droite et qui ne laisse pas au FN le monopole du racisme. La politique du gouvernement l’a bien montrée : elle est le terreau du FN et non un instrument de son combat.

Ni alliance avec nos exploiteurs, ni repli sur soi xénophobe, c’est bien à l’union de tous les travailleurs qu’il faut œuvrer. Et c’est sur la politique de défense des travailleurs et du monde du travail, qu’il faut s’appuyer pour démasquer la prétention du FN à en être son porte-parole.




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