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Remaniement. Dupond-Moretti, une star du barreau pour canaliser la colère des avocats

De Balkany à Cahuzac, Dupond-Moretti s'est imposé comme le principal défenseur des voyous en cols blancs. Aujourd'hui Garde des Sceaux, sa nomination exprime en partie la volonté de l'exécutif de renouer avec les avocats.

lundi 6 juillet

Crédit Photo : AFP

Dupond-Moretti, champion du « pénal-financier » et coqueluche des médias

Régulièrement vanté dans les grands médias qui lui consacrent volontiers de longs portraits flatteurs ou qui l’invitent sur les plateaux défendre la « présomption d’innocence », Eric Dupond-Moretti s’est imposé comme la figure type de l’avocat « talentueux et controversé ». Pénaliste éloquent, il est le principal défenseur des voyous en col blanc, de Patrick Balkany à Jérome Cahuzac en passant par Nicolas Sarkozy. Celui qui a réussi à côtoyer les hautes sphères du pouvoir par sa maitrise du « pénal financier » se saisit également d’affaires très médiatiques qu’il s’agisse de la défense du frère de Mohammed Merah ou encore d’affaires sur les violences policières comme celle de Théo, violé par la police en 2017. Avec un ton agressif et des formules chocs il développe une rhétorique somme toute assez classique : celle du « droit à la défense » du meilleur comme du pire et de la supériorité du droit sur la « vindicte populaire ». C’est à ce titre qu’il s’est illustré par de violentes déclarations à l’encontre du mouvement #Metoo à l’occasion de sa défense du secrétaire d’Etat George Tron alors accusé de viol.
 
Ancien soutien de Martine Aubry à l’occasion des élections municipales de 2014, ce n’est pas tant pour ses positions politiques que pour son profil d’avocat célèbre (pour ne pas dire caricatural) et ultra-médiatique qu’il entre au gouvernement.
 

Renouer avec les avocats et manier l’agenda des réformes

 
Alors que Jean Castex affirme vouloir mener à bien la réforme des retraites « à court terme », la nomination de Dupond-Moretti, qui s’était prononcé contre la réforme de la caisse autonome des avocats semble répondre à une préoccupation claire de l’exécutif : renouer avec les avocats. Un « apaisement » qu’appelle de ses vœux Maitre Feral-Schul, Présidente du Conseil National des Barreaux ainsi qu’un « signal fort pour la réhabilitation des libertés publiques ».
 
 

 
En effet, la succession de réformes du droit pénal menées par Belloubet et la poursuite des dispositifs instaurés au cours de l’Etat d’urgence de 2015 ont peu à peu réduit les prérogatives des avocats, en particulier pénalistes, en s’attaquant aux libertés publiques telles que celles du gardé-à-vue ou de la personne perquisitionnée. Plus encore, la réforme des retraites, en attaquant la caisse autonome des avocats a réussi à mettre la profession dans la rue alors même qu’elle constituait un secteur conséquent de la base électorale du macronisme. On se rappelle des occupations de tribunaux, des mêlées avec la police et surtout des interpellations à répétition de Nicole Belloubet. Choisir ainsi une véritable « vitrine » de l’avocature est une tentative de reconquête de l’adhésion des avocats au projet de réforme en s’appuyant sur leur revendications les plus corporatistes pour les détacher du reste de la contestation sociale.

« Une déclaration de guerre à la magistrature » et un pari risqué pour le gouvernement

 
Il s’agit malgré tout d’un parti risqué pour le gouvernement. L’avocat est honni par la magistrature qu’il se prépare à diriger. Cécile Parisot, présidente de l’Union syndicale des magistrats, a ainsi déclaré sur France info que la nomination d’Eric Dupond-Moretti au ministère de la Justice « est une déclaration de guerre contre la magistrature ». En effet, celui-ci s’est construit une personnalité médiatique à grands renforts d’attaques contre la partialité des juges des procès qu’il perdait, qui a porté plainte au début du mois contre le Parquet national financier ou qui défend la suppression de l’Ecole nationale de la magistrature. Au-delà des positions défendues par Me Dupond-Moretti sur le système judiciaire, la contradiction est de taille pour le nouveau Garde-des-sceaux : diriger des hauts-fonctionnaires dont il a toujours critiqué le manque d’indépendance à l’égard du ministère. Finalement, un choix aussi risqué peut exprimer l’aspiration de l’exécutif à construire une équipe capable de susciter l’adhésion. Une figure connue du grand public et « issue de la société civile », à rebours de personnages comme Nicole Belloubet, est ainsi choisie pour un gouvernement plus clinquant qui espère reconquérir une légitimité politique. Pas certain que les grandes envolées de « acquittator » aux assises suffisent à effacer la gestion catastrophique de la crise sanitaire et à convaincre les avocats qui dénonçaient, dès le 12 mai, les mesures autoritaires d’un confinement sous état d’urgence. 




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