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Politique

Objectif 2022

Remaniement : Macron entre volonté de reprise en main du gouvernement et rééquilibrage électoraliste

Après le camouflet des municipales, Macron entend profiter de son remaniement pour préparer 2022 en assurant un rééquilibrage à visée électoraliste et en reprenant en main l'exécutif en effaçant le Premier Ministre.

mercredi 1er juillet

Crédit photo : AFP/Gonzalo Fuentes

Annoncé depuis plusieurs semaines, le remaniement ministériel prévu par Emmanuel Macron devrait finalement avoir lieu d’ici le 8 juillet. Une manoeuvre périlleuse pour le gouvernement fragilisé, qui avait connu une humiliation lors de son dernier remaniement d’octobre 2018, qui revêt plusieurs enjeux pour Emmanuel Macron.

Une volonté de reprise en main de l’exécutif

Au lendemain de l’échec des municipales et dans un contexte où sa gestion de la crise du Covid-19 continue de le fragiliser, Emmanuel Macron entend profiter de ce remaniement pour reprendre la main sur l’exécutif. « Le président a la volonté, dans les deux prochaines années, de gouverner lui-même. Il veut être maître de son destin et de sa réélection » affirme ainsi l’entourage du Président d’après Le Monde. Alors que la gestion du déconfinement a été marquée par différents désaccords avec son Premier Ministre, notamment autour du déconfinement, Macron entend reprendre un contrôle plein et entier sur l’exécutif. « Soulignant que le président de la République sera le seul à être « jugé à la fin », les macronistes estiment que leur champion, présenté comme « intuitif » et « transformateur », doit mener son quinquennat comme il l’entend, sans être « corseté » dans ses initiatives par le chef du gouvernement, conseiller d’Etat de formation, jugé « conservateur » et « gestionnaire ». Pour justifier leur démonstration, ces « marcheurs » rappellent que M. Philippe a souvent fait preuve d’une « prudence excessive » dans les moments-clés du quinquennat, contre la volonté de M. Macron qui s’est retrouvé « seul » à assumer plusieurs décisions. » rapporte en ce sens Le Monde.

Pour autant, l’option d’un maintien d’Edouard Philippe reste ouverte, après que celui-ci ait été réélu au Havre et alors qu’il reste très (trop ?) populaire à droite et au centre-droit. D’autres options seraient à l’étude parmi lesquelles Jean-Yves le Drian, actuel ministre des Affaires Etrangères, ou encore Florence Parly, ministre des Armées. Deux anciens socialistes discrets qui auraient l’avantage de laisser à Macron tout l’espace politique qu’il revendique lorsqu’il affiche son ambition de revenir à la « manœuvre » tout en envoyant un signal allant dans le sens de ce que certains appellent, de façon peu mesurée, un « virage social ». En effet, si Emmanuel Macron entend reprendre la main sur le gouvernement, il souhaite également faire de ce remaniement un tremplin pour élargir sa base électorale et préparer les élections présidentielles de 2022.

Une volonté d’équilibrage politique sur la gauche pour aborder la suite du quinquennat

Au lendemain d’élections municipales qui ont à nouveau mis en lumière les difficultés du projet macroniste, réunifier le bloc bourgeois par-delà le clivage droite/gauche, Emmanuel Macron veut faire du remaniement l’occasion d’un rééquilibrage politique. La politique et la base sociale du Président se sont déportées à droite depuis le début du quinquennat et il peine à reconquérir le centre-gauche. Le succès de EELV et du PS, alliés dans de nombreuses villes comme Lyon, Bordeaux, Tours ou Besançon, sonne ainsi comme l’échec du macronisme à conserver la gauche de son électorat de 2017 et du choix stratégique de privilégier les alliances avec LR localement.

Face à cette situation, Macron tente d’afficher un énième tournant écolo en s’appuyant sur la Convention Citoyenne pour le Climat, réminiscence d’un Acte II qui promettait plus de « justice sociale » au lendemain du mouvement des Gilets jaunes et des élections européennes remportée par EELV, mais qui s’est finalement structuré autour de réformes néolibérales violentes telles que la réforme de l’assurance-chômage et celle des retraites, suscitant une forte contestation et une grève historique dans les transports à l’hiver 2019-2020.

Dans le cadre de cette stratégie, un des volets du remaniement pourrait résider dans l’intégration de figures écolos. Or sur ce terrain, rien ne semble gagné. Au lendemain des municipales, David Cormand a ainsi affirmé sur Public Sénat « il n’y aura pas d’EELV dans le gouvernement  », tandis que Yannick Jadot a expliqué sur Europe 1 « Il ne s’agit pas d’entrer dans un gouvernement qui gouverne seul ce pays » en pointant le risque d’un « opportunisme écologique » de la part du gouvernement. Alors que EELV semble actuellement plutôt lorgner du côté de la gauche pour préparer une union pour 2022, aucun de ses membres ne veut prendre le risque d’intégrer le gouvernement. L’alternative pourrait résider dans Pascal Canfin, ancien Vert coopté par En Marche à l’occasion des élections européennes. Si celui-ci a plutôt fait montre de scepticisme quant à cette perspective, insistant sur le fait qu’il considérait son rôle de député européen comme « très utile à l’écologie et à la France », n’a pour autant pas fermé totalement la porte d’une entrée en gouvernement.

Par-delà l’enjeu central que constitue l’écologie, la politique sociale pourrait également prendre de l’importance, et ce d’autant plus à l’aube d’une crise économique profonde. Pour le moment, le gouvernement, après les accents « gaulliens » de Macron pendant le confinement, a affirmé clairement le maintien de sa ligne politique pro-business, se refusant à exiger de véritables contreparties des entreprises aidées au travers des prêts garantis ou du chômage-partiel. S’il est peu probable que cette option connaisse un infléchissement sérieux, Emmanuel Macron pourrait agiter quelques mesures minimales et tenter de valoriser symboliquement quelques initiatives.

Un rééquilibrage sans transformation sur le fond

Si le gouvernement entend afficher un « virage social » sur le fond ce n’est pas une révolution que prépare Emmanuel Macron. Les grands discours sur l’écologie semblent ainsi très loin de remettre en cause la volonté du Président d’imposer coûte que coûte sa réforme des retraites et au moins une partie de la réforme de l’assurance-chômage, deux mesures anti-sociales s’il en est. En ce sens, le Président pourrait profiter du remaniement pour intégrer de nouvelles figures venues de la droite, mais aussi d’En Marche, à l’image de Stanislas Guérini, délégué général du parti.

Ici, il faut d’ailleurs noter que, si ce sujet est peu abordé dans la presse en lien avec la volonté de l’exécutif d’insister sur un prétendu « Acte III », la question des ministres régaliens et en particulier de l’Intérieur pourrait revêtir une importance forte dans ce remaniement. En pleine crise avec l’institution policière, dont les mobilisations se poursuivent partout en France en réaction aux timides réformes annoncées il y a plusieurs semaines par Christophe Castaner et globalement retirées depuis. Si ce dernier a insisté sur sa volonté de conserver son ministère, les noms de Jean-Yves Le Drian, Jean Castex, Sébastien Lecornu ou Laurent Nunez circulent pour le remplacer.

Quelque soit les choix réalisés dans le cadre du remaniement, ils ne devraient de toute façon pas altérer la ligne que le gouvernement a mis en œuvre depuis le début du quinquennat et qui s’est exprimé avec force dans la gestion pro-business de l’épidémie. Dans un contexte de crise économique profonde, Emmanuel Macron a rappelé son orientation en arrosant les grandes entreprises de milliards d’aides, de prêts garantis ou de mesures de soutien comme le chômage-partiel tout en refusant d’imposer de véritables contreparties à ces plans comme l’ont rappelé les suppressions de respectivement 4600, 5000 et 7585 emplois chez Renault, Airbus et Air France.

Dans ce contexte, c’est sur les directions syndicales, plus que n’importe quelle recrue gouvernementale venue de la « gauche », que s’appuie actuellement Emmanuel Macron pour imposer ses mesures en promettant des miettes en échange de la participation à de stériles négociations. Aussi, contre les tentatives de bricolage électoraux visant à combattre Macron dans les urnes, c’est la bataille des travailleurs pour se doter d’un plan de bataille contre les licenciements et pour refuser de payer la crise qui permettra d’offrir des perspectives contre le projet du gouvernement.




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