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Remaniement ministériel au Chili : après la défaite du référendum, Boric prend un virage à droite

Avec la nomination de représentants des vieux partis du centre à des ministères clés, le gouvernement Boric marque un net changement de cap. Juan Sútil, représentant du grand patronat chilien, a d’ailleurs donné son approbation lundi dernier, en déclarant qu'il fallait "éliminer les extrêmes".

jeudi 8 septembre

Crédits photo : AFP

Suite à la victoire du « non » lors du référendum constitutionnel au Chili, le président Gabriel Boric a procédé ce mardi à un remaniement ministériel qui marque un virage à droite pour le gouvernement chilien. Désormais, les partis traditionnels de l’ancienne Concertación (partis du centre gauche et centre droit qui ont formé une coalition appelée Concertación et qui ont été au pouvoir entre 1990 et 2010) disposeront de trois des six sièges du Comité politique du gouvernement. Boric cède ainsi la direction politique (Intérieur et ministère du Secrétariat général de la présidence) et la direction économique (Trésor) du gouvernement à la coalition néolibérale de centre-gauche.

Après la défaite retentissante de dimanche dernier, le gouvernement de Boric se prépare dans tous les domaines à un tournant politique vers le centre-droit. La première étape a consisté en un remaniement ministériel majeur visant à confier les principaux postes à l’ancienne Concertación (sans inclure le parti de la démocratie chrétienne).

Ainsi, Iskia Siches, présentée comme sans étiquette, quitte son poste de ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, pour être remplacée par Carolina Tohá, du Parti pour la démocratie (PPD), dont la principale référence est l’ancien président Ricardo Lagos, qui, durant sa présidence, a signé des accords de libre-échange avec les États-Unis et l’Union européenne, promulguant les mesures néolibérales.

Giorgio Jackson, allié de Boric et secrétaire générale de la présidence chargé des relations avec le Congrès (un ministère clé équivalent au rôle de premier ministre), quitte son ministère pour rejoindre le ministère du développement social. Sa remplaçante est Ana Lya Uriarte, membre du parti socialiste et ancienne directrice de cabinet de l’ex-présidente Michelle Bachelet. Des changements ont également été annoncés dans les ministères de la santé, de l’énergie et de l’éducation.

Ce remaniement ne s’est pour autant pas fait sans controverse, puisque le gouvernement avait initialement nommé Nicolás Cataldo, l’actuel sous-secrétaire à l’éducation, pour remplacer Manuel Monsalve au poste de sous-secrétaire à l’intérieur. Mais la droite a conditionné sa participation à la table de négociation autour du nouveau projet constitutionnel au maintien de Manuel Monsalve à son poste de sous-secrétaire de l’intérieur. Le gouvernement a cédé à la pression de la droite et a conservé Monsalve, puis a fini par nommer Ana Uriarte au secrétariat général de la présidence. Toutes ces demandes de la part de la droite ont retardé de plus d’une heure le remaniement qui était initialement prévu mardi 6 septembre à midi, heure chilienne.

A la suite du remaniement, Boric a déclaré qu’il effectuait ces changements « en pensant au Chili ». Véritable tournant vers la droite, le président a expliqué la profondeur de ce tournant : « ce changement de cabinet n’est ni un protocole, ni une opération photo. Le comité politique, qui représente la direction de notre gouvernement, change également ».

Le président chilien a également affirmé s’opposer au « maximalisme, à la violence et à l’intolérance » comme il l’avait déjà annoncé dimanche soir. En ce sens, Gabriel Boric a déclaré que « l’histoire nous a appris que les véritables changements, ceux qui durent, sont ceux qui ne se font pas du jour au lendemain. Ils doivent être adoptés par la grande majorité ». Voici comment le gouvernement chilien justifie son virage à droite par l’échec du référendum constitutionnel.

Ce tournant à droite se matérialise déjà dans les premières négociations sur le projet de nouveau processus constitutionnel qui s’est tenue ce mercredi. Réunissant le gouvernement et les dirigeants de l’opposition, Boric doit désormais composer avec les partis plus à droite, qui multiplient les coups de force suite à la défaite du référendum de dimanche.

Après quelques mois de présidence cette défaite cinglante pour Boric révèlent toutes les limites de la voie institutionnelle pour assurer la réalisation des revendications portées par les révoltes historiques d’Octobre 2019. Face à cette situation il semble bien que la seule issue pour le peuple chilien soit de reprendre le chemin de la mobilisation. Le jour même du remanient ministériel, des centaines d’étudiants ont manifesté face au palais présidentielle de la Moneda à Santiago pour exiger plus de moyens pour l’éducation et ont dû faire face à la répression policière.



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