^

Politique

Vous avez dit féminisme ?

Remise du prix Simone Veil : une cérémonie pleine d’hypocrisie et aux relents de colonialisme

Ce vendredi, Macron a décerné le prix Simone-Veil à la camerounaise Aissa Doumara Ngatansou. Ce prix a été initié pour la première fois cette année, et vise à distinguer chaque année une personnalité ou un collectif contribuant à faire avancer la cause des femmes dans le monde.

samedi 9 mars

C’est dans un cadre très solennel qu’a été remis le « prix Simone-Veil de la République française » à la militante camerounaise qui lutte pour les survivantes de Boko Haram. Ce prix tout nouveau à vocation d’être réitéré, s’inscrit dans la stratégie politique de Macron. Le 25 novembre il avait déclaré que l’égalité hommes-femmes était « la grande cause de son quinquennat », et le répète ce vendredi. Macron féministe ? il a surtout compris que l’opinion de 50 % de la population pouvait jouer en sa faveur ?

Simone Veil est une figure du féminisme avec le droit à l’avortement. Iconique, on l’étudie à l’école, on l’encense de toute part. Pourtant la loi Veil de 1975 n’est pas si progressiste que cela et contient ses limites. La loi Veil légalisait l’avortement, sans le reconnaître comme un droit, mais en le liant à une situation de détresse. Il ne s’agit en rien de libérer le corps de la femme, mais de sauver les femmes en détresse. Elle imposait par ailleurs un « délai de réflexion », et limitait l’interruption de grosses à 10 semaines. Pour continuer, les femmes étrangères devaient avoir le droit de séjour pour y avoir droit, et il n’était pour personne remboursé par la Sécurité Sociale. Surtout, la figure de Simone Veil est aujourd’hui récupéré par les classes dominantes, d’une part pour invisibiliser la mobilisation de millions de femmes sans lesquelles ces conquêtes auraient été possibles, et d’autre part faire du féminisme un produit politique qui permet de se construire une image à moindre coût.

Un féminisme loin des préoccupations des femmes populaires

C’est alors dans un discours long que Macron a auréolé le combat exemplaire de la camerounaise, dans une opération d’instrumentalisation qui visait surtout à légitimer la politique de son gouvernement. Quelles sont les mesures concrètes que Macron ou Schiappa mettent en place pour régler ce malaise profond ? La fierté du gouvernement Macron est d’avoir mis en place la loi Schiappa avec la création du « délit d’outrage sexiste ». Cette loi, présentée comme progressiste et féministe, n’est en réalité qu’une instrumentalisation des violences sexistes. Mettre des amendes pour lutter contre le harcèlement de rue ne libérera pas la femme, ni n’éradiquera les violences sexistes. Cette loi cache et protège le véritable sexisme, souvent dans l’ombre et non dans la rue, dans un contexte privé ou au travail.

Dans le même temps, Macron poursuit une politique qui tend à précariser toujours plus les classes populaires, et en premier lieu les femmes travailleuses. Ce sont elles qui ont à souffrir le plus des réformes de casse du code du travail. D’autre part, les politiques de précarité rendent toujours plus difficiles l’accès aux services de santé. Aujourd’hui, ce sont près de la moitié des maternités qui ont dû être fermées par manque de moyens. A l’heure où il devient de plus en plus difficile de trouver un lieu pour avorter, l’hommage à Simone Veil est on-ne-peut-plus hypocrite.

La réaffirmation d’une posture coloniale civilisatrice

Plus que de célébrer le combat courageux de Aissa Doumara Ngatanso, la cérémonie a surtout été pour Macron l’occasion de justifier la politique néo-coloniale de l’Etat français sur le sol français. Agitant le spectre du retour de l’obscurantisme, celui-ci a surtout mis l’accent sur la soi-disant « vocation de la France », « celle de l’universel, de l’émancipation ». C’est au nom de cette rhétorique civilisatrice, vieille comme la colonisation, que l’Etat français mène des interventions militaires en Afrique, qui servent surtout à maintenir son emprise sur cette partie du Globe, à l’image des nombreux chefs d’Etat maintenus au pouvoir par les gouvernements français. Pourtant, ce sont bien ces mêmes interventions et le pillage économique qui, depuis des années, renforce l’instabilité de ces régions sur lequel se développe le terreau fertile des idées les plus réactionnaires.

En France ou ailleurs, il n’y a rien à attendre du gouvernement Macron pour les droits des femmes. En cette journée du 8 mars, c’est justement contre ce gouvernement et sa politique que doit s’organiser le mouvement féministe.

Crédit photo : Thibault Camus / COOL / AFP




Mots-clés

8 Mars   /    Féminisme    /    Droits des femmes   /    Politique