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Notre classe

Renault entend restructurer sa production et supprimer 15000 emplois dans le monde

2020, du fait des mesures de contention de la pandémie, a été la pire année de l'histoire du groupe Renault avec un déficit historique de 8 Milliards. Luca de Meo, directeur général du groupe, avance dans une stratégie de réduction des coûts et de restructuration de la production. Le groupe avait déjà annoncé qui paierait la facture en mai 2020 : 15 000 suppressions d'emploi dans le monde.

samedi 20 février

Crédit photo : © Renault - L’assemblée générale des actionnaires

Une perte nette historique

Ce vendredi 19 février, le groupe Renault a annoncé ses résultats pour l’année passée : Une perte historique qui s’élève à 8 Milliard d’euros. C’est surtout le premier semestre qui a été catastrophique, avec 7.3 milliard de perte contre un deuxième semestre où la perte n’a été « que de » 660 millions d’euros. Pour autant, le groupe a de quoi voir venir avec plus de 16 milliards d’euros de trésoreries au 31 décembre 2020 dont 5 milliards provenant de prêts garantis par l’État (PGE).

Le groupe avait déjà publié des résultats négatifs en 2019 avec 141 millions de pertes. En effet, côté Renault les ventes se sont réduites de 21,3% en 2020 mais cette perte provient aussi en partie des très mauvais résultats de Nissan, dont le groupe Renault détient 43% et qui pèse à hauteur de 4.9 milliards d’euros sur les affaires. Si l’on prend l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi la perte explose à 15 milliards sur l’année. Vers 14h ce vendredi, le groupe perdait 6,67% de sa cotation boursière au CAC 40. Et ce alors que les concurrents semblent avoir tenu le choc, notamment du coté de Toyota, Général Motors ou Honda dont les résultats a paraître semblent selon les analystes se diriger vers des bilans d’exercice plutôt positif.

Changement de stratégie du groupe : de la part de marché à la haute valeur ajoutée

Le nouveau directeur général Luca de Meo, successeur de Carlos Ghosn, a entrepris un changement de stratégie pour le groupe qu’il a détaillé le 14 janvier dernier. La logique générale de cette nouvelle stratégie est d’à la fois réduire les coûts tout en visant à vendre sur les marchés les plus rémunérateurs, à l’inverse de la stratégie passé qui visait l’extension géographique des ventes et le gain de part de marché face à la concurrence.

Selon le groupe, ces pertes sont en partie liées à la réduction d’activité dû aux mesures sanitaires mais aussi à des problématiques plus structurelles du groupe qui nécessite cette restructuration du groupe, cette « Renaulution » selon le nom du plan stratégique.

Le plan se découpe en trois temps, d’abord de 2021 à 2023 une baisse importante des coûts à hauteur de 3 milliards d’ici 2025. Une réduction notamment sur les aspects de recherche et développement dont l’investissement passera d’actuellement 10% du chiffre d’affaires à moins de 8% en 2025, ainsi que sur le coût de production à l’unité en réduisant de 600 euros les coûts variables sur chaque véhicule produit. L’objectif est ici de maximiser l’extraction de plus-value sur chaque voiture vendue, afin de rentabiliser chaque vente plutôt que de chercher à tout prix l’extension des parts de marché. Ces coupes budgétaires sont à n’en pas douter une réelle attaque contre les conditions de travail dans les unités de production du groupe.

Ensuite de 2023 à 2025 le lancement de nouveaux modèles, principalement électrique afin de maintenir une position favorable des ventes du groupe notamment Europe, avec la volonté de tout même conquérir, du moins maintenir, ses parts de marché sur ce « nouveau marché ».

Enfin à partir de 2025 et jusqu’à 2030, phase sobrement appelé « Révolution » le groupe entend tiré plus de 20% de son chiffre d’affaire d’activité de service, hors de l’automobile avec une nouvelle marque Mobilize. Ici, le groupe cherche à diversifier son activité, ne plus la circonscrire à la production et vente automobile mais en fournissant des services notamment en autopartage, location libre-service de véhicule de ville, ainsi que dans la collecte et la vente de données en lien notamment avec Google.

Une aubaine de restructuration au frais de l’État et des travailleurs pour Renault

Il est clair que le groupe Renault est dans une pente glissante, et semble difficilement pouvoir convaincre les investisseurs de sauter sur les actions du groupe. Pour autant le plan stratégique proposé par la nouvelle direction semble faite sur mesure pour renouer avec la rentabilité et permettre de verser de gros dividendes. En ce sens la crise sanitaire a en quelque sorte constitué un point d’appui pour le groupe afin de s’avancer vers une restructuration d’aubaine, en profitant généreusement des 5 milliards de PGE financés par le contribuable et en s’avançant dans une destruction de l’emploi inédite de 15 000 postes dans le monde dont 4600 en France. Le groupe a annoncé qu’il n’y aurait pas de suppressions de postes supplémentaires à la suite de la publication des résultats, mais cette réalité est à tempérer au vu du nombre d’emplois précaires qui sert de réelles variables d’ajustement. En effet, sur 40 000 travailleurs ce seraient près de 10 000 intérimaires, dont le statut précaire ne nécessite pas de PSE pour les mettre à la porte. Par exemple, si l’on prend les chiffres de 2015 citées par Usine Nouvelle « Dans l’usine Renault de Flins (Yvelines), Fabien Gache, délégué syndical central CGT, fait état de 84 % d’intérimaires au montage ! "Seul l’encadrement est permanent ! On n’a jamais vu ça !" Sur l’ensemble du site, il y a 2 000 intérimaires pour un peu moins de 1 000 CDI chez les ouvriers. »

De manière générale le groupe vise à engraisser les actionnaires et à faire payer sa crise et sa restructuration aux travailleurs, comme le souligné Ali Kaya dans une interview pour Révolution Permanente : « Cette histoire de 5 milliards montre à quel point c’est open bar pour les entreprises. Le gouvernement donne tout ce que veut Renault sans aucune contrepartie ! En 2008 c’était déjà la même chose, et Renault avait transformé ces aides en dividendes pour ses actionnaires, et ça risque à nouveau d’être le même scénario. Le fond du problème pour eux, c’est de savoir comment maintenir les profits malgré la crise. Donc c’est absolument choquant de voir des entreprises comme Renault qui ont fait, depuis la dernière crise de 2008, 25 milliards de bénéfices qui se sont évaporés… enfin pas pour tout le monde évidemment. Maintenant, ils viennent pleurer auprès du gouvernement, alors qu’il s’agit d’un groupe riche à milliards, dont les actionnaires finiront par dilapider l’argent encaissé. Comme d’habitude, quand ça va bien ce sont les actionnaires qui se régalent, et quand ça va mal c’est à nous de payer pour les renflouer ! ».

Cette logique de rentabilité à tout prix, de course au profit, sur le dos des travailleurs est scandaleuse. A l’inverse, afin que les emplois d’aujourd’hui soit maintenu et même augmenter, afin que l’auto-mobile de demain soit plus écologique et disponible à l’ensemble de la population sans gaspillage, il est nécessaire de saisir cette crise du groupe comme une aubaine pour une nationalisation sans rachat et sous contrôle des travailleurs de Renault !




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