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Rencontre Macron-Al-Sissi : les contrats d’armement avant tout

La dernière rencontre entre les deux présidents remonte à janvier 2019 où Macron avait notamment prononcé un discours à propos du respect des droits de l’homme, qui avait irrité le chef d'État égyptien. Mais, derrière l’hypocrite inquiétude de la France pour les droits humains en Égypte,se tiennent les intérêts stratégiques et sécuritaires de l’impérialisme français, et notamment la signature d’importants contrats d’armement avec le régime autoritaire d’Al-Sissi.

lundi 7 décembre 2020

Crédits photo : FRANCOIS MORI / POOL / AFP

Après avoir rencontré le ministre français des Affaires étrangères dimanche soir, le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi qui se trouve à la tête de l’Égypte depuis le coup d’État de l’été 2013 s’est entretenu avec le président de l’Assemblée Nationale avant de dîner avec Emmanuel Macron ce lundi. S’il est reçu en grandes pompes malgré le fait que son régime dictatorial soit dénoncé par de nombreuses institutions et ONG, c’est qu’il est venu parler "business".

Un régime égyptien réactionnaire qui réprime tous azimuts sous prétexte de lutte contre le terrorisme

Alors que la France est devenue en 2017, devant les Etats-Unis, le principal fournisseur d’armes et d’outils de surveillance auprès du gouvernement militaire Al-Sissi, l’offensive répressive en Égypte devient mois après mois de plus en plus féroce.

Bien que les trois militants pour les droits humains arrêtés en novembre dernier aient été relâchés ce jeudi 3 décembre, selon nombre d’observateurs, 60 000 personnes sont actuellement détenues dans les geôles du régime pour des raisons politiques. La communauté LGBT se trouve également persécutée depuis 2017. Or, la France, qui prend soin de dénoncer ces actes, se rend pourtant directement responsable de ces arrestations et traitements abjects en vendant notamment des outils de surveillance policière au régime.

Derrière les larmes de crocodile, l’impérialisme français et ses objectifs sécuritaires au Sahel

Derrière l’hypocrite condamnation par la France des exactions du gouvernement égyptien contre la population se cachent les intérêts sécuritaires de l’impérialisme français, qui cherche à appuyer le maréchal Haftar en Libye, via l’Égypte. Coopérer avec Al-Sissi pour sécuriser la Libye est un enjeu central pour la France qui intervient militairement au Sahel afin de sécuriser ses investissements miniers. En effet, le sud de la Libye sert de base arrière aux groupes armés que l’armée française affronte, c’est pourquoi Paris joue un double en jeu en Libye, en partenariat avec Le Caire, en soutenant de plus en plus ouvertement Haftar afin qu’il les réprime.

Un partenaire commercial majeur pour le complexe militaro-industriel français

L’autre raison du partenariat franco-égyptien est bien entendu liée aux importantes exportations françaises d’armement vers l’Egypte depuis 2015, année de la signature historique du contrat de vente de 24 avions de chasse Rafale et de deux bâtiments de projection et de commandement de type Mistral. Un article publié sur le site de FranceCulture mentionne également la vente de « quatre frégates de type Gowind, dont deux sont fabriquées dans les arsenaux d’Alexandrie (…) et de 200 véhicules blindés légers, fournis par Renault Trucks Défense ».

Ce sont ces ventes d’armes qui engendrent en premier lieu des déstabilisations dans la région. Elles servent également à réprimer la population et l’opposition égyptienne puisque Paris vend du matériel de surveillance policière. En dépit de tous les discours lénifiants sur le respect des droits de l’homme, ce sont les intérêts économiques de l’industrie de l’armement qui passent en premier.

Faire barrage à la Turquie

L’autre raison qui pousse la France à renforcer ses relations avec le régime égyptien est à chercher du côté de la montée en puissance de la Turquie dans la région. Cette dernière cherche, notamment via son alliance avec le gouvernement de Sarraj en Libye, à imposer de nouvelles frontières maritimes en Méditerranée orientale, au détriment de la Grèce et de l’Égypte.

Encore une fois, la coopération sécuritaire avec l’Egypte a pour fond les intérêts économiques du capital français qui cherche à sécuriser ses investissements gaziers dans cette région disputée de la Méditerranée.

Ces alliances réactionnaires doivent être démasquées et nul soutien populaire ne doit venir appuyer les prétendues ripostes humanistes du gouvernement français qui, sous la fine couche du verni diplomatique, défend en réalité bec et ongles les intérêts de l’impérialisme et du grand capital.




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