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Apartheid

Rencontre avec Netanyahou : Macron réaffirme son soutien à l’apartheid israélien

La visite surprise de Benyamin Netanyahou a rappelé deux aspects centraux de la politique franco-israélienne : le soutien et la complicité de la France au projet réactionnaire de l’Etat d’Israël et de son gouvernement d’extrême droite, et le rôle d’Israël comme défenseur des intérêts occidentaux dans la région.

Julien Anchaing

6 février 2023

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Benyamin Netanyahou organisait une visite surprise d’Emmanuel Macron ces 2 et 3 février. Une première visite diplomatique en Europe pour son nouveau mandat et l’occasion de réaffirmer à la France sa volonté de jouer un rôle de contention de l’Iran, en accord avec les intérêts des impérialistes occidentaux. Cette visite revêt aussi un intérêt central aussi Netanyahou, qui cherche à donner des gages pour s’assurer du soutien à son nouveau gouvernement composé à la fois du Likoud mais aussi d’ultra orthodoxes et de suprémacistes juifs, qualifié de « gouvernement le plus à droite » de l’histoire d’Israël.

Israël assassin, la France complice d’apartheid et de meurtres de palestiniens

La venue de Benyamin Netanyahou en France était animée à la fois par des enjeux internes et externes pour Israël. En effet, le pays connaît depuis plusieurs années maintenant une crise institutionnelle interne profonde qui a poussé à la tenue de 5 élections législatives en 3 ans et demi. Une crise qui, bien qu’encore ouverte, a poussé la nature de l’Etat d’Israël dans ses plus profondes contradictions en mettant à la tête du régime « Bibi » qui commande une coalition alliant des secteurs les plus violents des suprémacistes juifs et des colons israéliens comme l’actuel ministre de la sécurité Ben Givr depuis l’an dernier sur la scène internationale pour ses provocations sur l’esplanade mosquées. La coalition actuelle qui dispose de 64 députés de la Knesset (120 députés dans leur ensemble) donne une majorité à Benyamin Netanyahou mais a vu une percée massive de la droite ultra-orthodoxe et de l’extrême droite des colons suprémacistes avec respectivement 18 et 14 députés.

Le nouveau gouvernement israélien regroupe les pires aspects de l’oppression sioniste sur le peuple palestinien avec un programme profondément réactionnaire : l’accélération de la colonisation de la Cisjordanie, ayant abouti récemment à l’assassinat de 10 palestiniens à Jenine la semaine dernière ; l’expulsion et le nettoyage ethnique massif des palestiniens de la zone ; le soutien des colons israéliens ainsi que leur armement. A ce programme d’oppressions et d’attaques accélérées contre le peuple palestinien s’accompagne un projet de restriction des traits déjà très faibles de la démocratie formelle israélienne, à commencer par le renforcement du pouvoir de la Knesset (parlement israélien), actuellement dirigée par la coalition d’extrême droite, au détriment de celui de la Cour Suprême ( cela dit sans la moindre illusion sur le caractère démocratique de cette institution garante du régime d’apartheid et profondément réactionnaire) ou encore la mise en place d’un projet de renforcement du pouvoir religieux dans l’Etat. De quoi faire comprendre aux juifs et arabes d’Israël et de Palestine que ce nouveau gouvernement antipopulaire a avant tout pour objectif de renforcer l’ensemble des aspects réactionnaires de l’Etat d’Israël non seulement contre le peuple arabe, mais aussi contre le peuple juif lui-même, notamment au travers la menace de retirer leur nationalité aux juifs et arabes accusés d’être déloyaux aux intérêts d’Israël.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la venue de Bibi en France : comme une tentative de renforcer les alliances internationales du nouveau gouvernement israélien tout en affirmant sa volonté d’aller au bout de son nouveau programme. Derrière le discours d’un Benyamin Netanyahou « ménagé » par la France, comme ont pu l’affirmer des journaux comme Le Monde ou l’Opinion, se cache en réalité une profonde confluence des intérêts français et israéliens, y compris dans le traitement de la situation interne à Israël. Si le chef de l’Etat Français a laissé fuiter une réunion à huis-clos dans lequel il aurait critiqué la politique d’offensive israélienne, le communiqué de l’Elysée rappelle lui « la qualité et [le] caractère exceptionnel des liens qui unissent la France et Israël. Ils [les deux chefs d’Etat] ont échangé, en confiance, sur les défis que nos deux pays ont à relever et sur les multiples aspects de notre relation bilatérale. »

Le renforcement de l’Etat répressif ainsi que la répression sanglante des jeunes palestiniens de Jenine et Naplouse sont une garantie, par l’Etat d’Israël, de chercher par tous les moyens d’éviter un débordement de l’autorité palestinienne par de nouveaux groupes armés. C’est notamment ce qu’affirme Eran Yashiv dans le très libéral Financial Times en écrivant qu’un « Israël en mutation et affaibli devrait inquiéter tout le monde », par-delà les frontières israéliennes. Et pour cause, comme l’indique Ghada Karmi dans Israël-Palestine, la solution : un Etat, « l’effet des soulèvements de mai [2021] ne fut pas moindre sur les palestiniens eux-mêmes. […] Cette fois-ci de nombreux Palestiniens sentaient que quelque chose de nouveau était arrivé [et refusaient] de se laisser intimider passivement par Israël et ses soutiens. »

A cela s’ajoutent les récentes manifestations sur la Place Habima en Israël contre le gouvernement d’extrême droite et « pour la démocratie israélienne ». Bien que largement dominées par des secteurs du régime politique qui ne remettent en aucun cas les coordonnées de l’oppression raciste d’Israël sur le peuple palestinien, ces dernières ont vu réémerger des cortèges mixtes s’opposant à l’apartheid et souhaitant lutter contre l’interdiction du drapeau palestinien par le gouvernement, un point politique inédit ces dernières années.

C’est dans des coordonnées que Macron réitère son soutien à Israël, bien que nuancé de critiques à demi-mots ; Israël jouant un rôle de poste avancé des intérêts occidentaux, en assurant la répression du peuple palestinien.

Le plan d’endiguement de l’Iran : Israël en chien de garde des occidentaux dans la région

L’une des garanties qu’est venu donner Netanyahou à la France n’est autre que son engagement à participer en première ligne à l’endiguement de l’Iran. Comme l’affirme le journal Haaretz, « Avant de partir, Netanyahu a déclaré que lui et Macron discuteraient des « efforts conjoints de l’Iran et des pays pour combattre son agression et sa recherche d’armes nucléaires », ainsi que des moyens de renforcer les accords d’Abraham ».

En effet, dans l’optique des occidentaux d’empêcher tout développement par l’Iran d’un plan d’enrichissement de l’uranium à 90%, et alors même que ce pays fournit des armes à la Russie, Netanyahou s’est engagé dans un plan de dissuasion militaire dont le récent bombardement dans une usine militaire iranienne par le Mossad est une tentative de première démonstration. De manière générale, l’Etat Israélien profite de la normalisation de ces relations avec les bourgeoises arabes locales ainsi que du soutien occidental pour avancer son propre agenda, et ce notamment contre son adversaire stratégique iranien. Par cette rencontre, la France a réaffirmé son soutien aux plans d’Israël contre la « fuite en avant » iranienne.

Contre toute complicité avec l’apartheid, à bas l’impérialisme et l’Etat colonialiste d’Israël !

La montée de l’extrême droite en Israël est portée par une situation interne de crise profonde du régime israélien et le besoin de l’Etat de s’affirmer dans la région contre ses adversaires stratégiques comme l’Iran. Cela va impliquer une montée de la répression contre tous ceux qui souhaitent lutter contre le sionisme et le projet réactionnaire qu’est l’Etat d’Israël, et ce avec la complicité la plus totale des Etats occidentaux et de la France. Le gouvernement Netanyahou et ses alliés comme Ben Givr ne sont pas seulement les ennemis des Palestiniens : ils sont les ennemis de l’ensemble des classes populaires de la région.

Pour cela, une véritable lutte contre la présence de l’impérialisme et sa complicité avec l’Etat d’Israël doit être menée par la classe ouvrière des pays qui soutiennent le projet sioniste. Elle doit soutenir dans son ensemble les jeunes et les travailleurs palestiniens qui luttent quotidiennement contre l’Etat d’Israël, ainsi que toute la jeunesse et les travailleurs juifs qui souhaitent s’opposer au projet colonial du sionisme, pour le retrait total des impérialistes de la région.


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