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Politique

Impréparation et mesures antisociales

Rentrée. Masques, mesures sanitaires insuffisantes, quand le gouvernement nous fait payer la crise

Ce mercredi 26 août, Blanquer a donné les dernières indications concernant le protocole sanitaire pour la rentrée scolaire. Dans la droite lignée de sa politique menée depuis le début de l'épidémie, le gouvernement orchestre une reprise sans gage sanitaire à la hauteur, pour les enseignants et élèves. Ce à l'heure où la propagation de l'épidémie repart à la hausse.

jeudi 27 août

Un protocole sanitaire entre insuffisances, flous et incertitudes

Dans une récente interviewpubliée sur le Parisien, Jean Michel Blanquer a affirmé que « l’année scolaire sera normale ». Ainsi, en cette rentrée scolaire le gouvernement n’apporte aucune réponse à la situation particulière, de crise sanitaire, que nous traversons. Ce alors même que l’épidémie regagne du terrain, 19 départements nouveaux départements ont été, en plus de Paris et des Bouches-du-Rhône, placés en zone rouge ce jeudi.

C’est ce mercredi 26 août, que le ministre de l’éducation a, tardivement, livré le détail du protocole sanitaire qui sera mis en place pour la rentrée scolaire. En réalité, ce dernier n’est autre que le protocole publié en juillet dernier (à une période rappelons le de circulation faible du virus). A la différence près que le protocole actuel instaure l’obligation du port masque, dont le coût financier est scandaleusement à charge des familles, pour les élèves de plus de 11 ans ainsi que pour l’ensemble du personnel d’éducation. Ainsi, hormis le port du masque, aucune autre garantie n’est accordée sur le plan sanitaire.

Contrairement aux dires de Blanquer, qui affirme que le protocole de juillet couvrait différents scénario possibles d’évolution du virus et qu’il est dès-lors efficient pour faire face à la recrudescence de l’épidémie, ce dernier est marqué par une absence de mesures sanitaires à la hauteur, des floues et des incertitudes. Laissant encore une fois les enseignants, les établissements, à échelle locale, devoir improviser et gérer la crise sanitaire, et sociale en cours, sans moyens, humains, matériels et sanitaires suffisants. De nombreuses organisations syndicales et parents d’élèves ont dénoncé cette réalité de faits et pointé les limites, à travers des pétitions, communiqués, du protocole actuel, exigeant de vraies mesures et moyens permettant d’assurer une rentrée scolaire qui expose le moins possible les personnels et élèves.

Parmi les éléments qui inquiètent, légitimement, le corps éducatif et les familles d’élèves, la question de la distanciation physique, qui ne sera plus obligatoire dans les espaces clos dés lors qu’elle n’est matériellement pas possible à instaurer ou qu’elle ne permet pas d’accueillir la totalité des élèves. Autre sujet d’inquiétude, la limitation du brassage entre classes et groupes d’élèves, qui ne sera plus obligatoire dés la rentrée. Ce alors que le non brassage des élèves pourrait limiter la propagation du virus et l’émergence de clusters en permettant par exemple d’isoler un groupe dés suspicion de contagion.

A ce propos, en cas de dépistage positif d’un élève ou personnel, ou bien de suspicion de cas, le protocole en place ne dis pas un mot sur la marche à suivre. Aucune consigne nationale n’est donnée à ce niveau et la gestion de ces situations sont, encore une fois, renvoyées à l’échelle locale. En ce sens, concernant les régions où la circulation du Covid est élevée, Blanquer a déclaré ceci : « Dans les zones de circulation forte du virus, une approche au cas par cas s’impose : elle est menée par préfets, recteurs et directeurs d’ARS à l’échelle de chaque régions. Le fait d’être en zone rouge ne signifie pas forcément des mesures uniformes, mais adaptées à la situation de chaque établissements ».

A ce propos, si reconfinements locaux il y a, Blanquer a osé affirmé que les enseignants et élèves seraient prêt pour cette situation et pour un enseignement à distance :« En cours d’année, si la situation s’aggravait sur un territoire, nous pourrions déclencher une formule hybride pour certains établissements, voire très localement des fermetures de classes ou d’établissements. Dans les deux hypothèses, nous sommes prêts. Notre système « ma classe à la maison » qui propose des classes virtuelles est prêt. Les formations aux outils et aux pratiques numériques sont à la disposition des professeurs. Nous avons enregistrés des milliers d’heures sur France 4 »

Pourtant, du point de vue des enseignants et de leurs organisations ce n’est pas le même son de cloche. En effet aucune formation ni matériel informatique n’a été mis en place auprès des personnels, ni des élèves, ce alors que la période de confinement a mis en exergue la fracture numérique importante qui existe entre les élèves.

Sur tout le reste, comme la prise de température, les tests réguliers, d’autant plus en cas de suspicion, la fréquence de l’aération, la prise en charge des personnels vulnérables, aucune évolution n’est prévue. Concernant les objets touchés par de nombreux élèves, comme les poignées, ils seront nettoyées qu’une fois par jour. Le fonctionnement des services de restauration scolaire représente quant à lui un point aveugle du protocole sanitaire proposé par le ministère.

Le protocole sanitaire, ses carences et ses zones d’incertitudes, exprime encore une fois le mépris du gouvernement vis à vis du personnel éducatif et des élèves. Une fois de plus, la préoccupation principale du gouvernement est économique et réside seulement dans le fait de rouvrir les écoles pour que les parents puissent aller travailler. Les conditions sanitaires pourraient être réellement différente si un investissement massif, financier et humain, avait été injecté par le gouvernement pour cette rentrée (ce qui aurait permis pour exemple de financer les masques, de financer des test, de réquisitionner et d’aménager les locaux, d’embaucher des enseignants pour réduire les effectifs dans les classes et permettre la tenue de la distanciation physique et un cadre d’apprentissage plus favorable pour les élèves...)

A ce propos, les mesures pédagogiques progressistes sont elles aussi absentes. En effet, alors que le confinement a accentué les inégalités scolaires et les difficultés de nombre d’élèves, le gouvernement ne met rien en place pour pallier à cette situation. Évaluations nationales imposées à la rentrée, pas de réadaptation des programmes, classes toujours surchargées, autant de mesures qui ne font pas sens sur le plan pédagogique après une période qui a creusé les inégalités et a été réellement anxiogène pour certains élèves.

Le gouvernement refuse la gratuité des masques pour les élèves, une mesure profondément antisociale

Castex l’a annoncé mardi : les masques obligatoires à l’école seront à la charge des élèves, c’est-à-dire des familles. Considérés comme une "fourniture scolaire" par le ministre de l’éducation, l’Etat n’a trouvé aucune raison - y compris sanitaire - pour les rendre gratuits. Pourtant, depuis le début de la pandémie, de nombreuses voix ont exprimé clairement le coût supplémentaire du masque obligatoire pour le budget des familles nombreuses et pour celles qui sont déjà en difficulté à la fin du mois. Masque obligatoire, donc, avec l’amende ou le licenciement qui vont avec, mais qui reste entièrement à notre charge. Alors qu’il prétend "gérer la crise" en créant des obligations sanitaires nouvelles, l’Etat illustre une nouvelle fois que ses milliards sont exclusivement réservés aux grands patrons.

Contre cette logique qui distribue toujours plus aux plus riches et veut nous faire payer la crise, la mise en place de mesures d’urgences pour l’école est primordiale. En premier lieu la mesure élémentaire de la gratuité des masques pour l’ensemble des élèves. La déresponsabilisation du gouvernement autour de cette question est criminelle, d’autant plus à l’heure où la situation sanitaire se dégrade jour après jour.




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