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Rentrée scolaire et variant Delta : refusons l’impréparation de Blanquer et exigeons des moyens !

Le retour de 12 millions d’élèves dans les établissements scolaires conjugué au variant Delta, bien plus virulent chez les jeunes, risque bien d’accélérer l’épidémie. Mais Blanquer poursuit sa petite musique : l’école serait le point fort du dispositif de lutte contre la crise sanitaire. Pourtant, à une semaine de la rentrée, c’est l’impréparation qui règne et toujours le manque de moyens et de personnel pour faire face à la crise sanitaire dans les écoles.

mardi 24 août

Photo : AFP

Rentrée catastrophe

La rentrée scolaire se fera en niveau 2 en métropole tandis qu’en Martinique et Guadeloupe la rentrée semble plus que compromise en raison du taux d’incident particulièrement élevé. En Polynésie, deux semaine après la rentrée, les écoles sont déjà fermées. La situation est grave mais Blanquer fait mine de gérer et se montre on ne peut plus confiant dans son protocole : « J’aimerais qu’on reconnaisse que nous avons su prendre des décisions qui ont permis de sauver l’année scolaire 2020-2021 et que l’on ne retrouve pas la même volonté de polémique à chaque étape », affirme-t-il au JDD ce dimanche dans une longue interview où il détaille le plan de reprise pour la rentrée scolaire 2021-2022. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le ministre de l’Éducation nationale n’en démord pas de sa gestion erratique de la crise sanitaire. Après une année marquée par des mobilisations nombreuses contre le manque de moyens face à la deuxième vague et contre le bac, Blanquer a le culot de se présenter comme le sauveur d’une année scolaire qui a vu s’aggraver toutes les difficultés qui grèvent le système d’éducation.

Renchérissant de plus belle, le ministre s’insurge contre l’idée que « l’école aurait été le talon d’Achille de la gestion de crise ». Son argument massue : « Il est faux de dire que le milieu scolaire serait plus propice qu’un autre à la diffusion du virus ». Pourtant, il y a eu des contamination à l’école comme le reconnaissait le gouvernement et les lieux d’enseignement ont même été confinés lorsque la situation sanitaire était critique. Les clusters dans les établissements scolaires n’était pas loin de devancer ceux dans les entreprises juste avant la deuxième vague.

À l’heure actuelle, le taux d’incidence du variant Delta s’envole chez les jeunes (128 pour les écoliers et de 316 pour les collégiens et lycéens). Dans le même temps, la solution du tout-vaccinal atteint ses limites, comme le montre l’exemple d’Israël en proie à une flambée de cas malgré une importante couverture vaccinale. Or, Blanquer se félicite de son protocole pour la rentrée car « cette fois, nous bénéficions des effets de la vaccination ». L’épidémiologiste Arnaud Fontanet et l’Institut Pasteur se montrent moins optimistes et alertent sur le danger que représente l’école. Selon un rapport publié au début de l’été la moitié des contaminations à venir se feront dans les établissements scolaires, notamment en raison de l’absence de vaccination chez les plus jeunes. Le variant Delta, particulièrement virulent, oblige à « ne pas appliquer les mêmes recettes que jusqu’à présent ». De nombreux épidémiologistes pointent ainsi les établissements scolaires comme des lieux qui risquent de devenir d’importants foyers de contamination et de circulation du virus qui touchera donc vraisemblablement davantage les familles.

Andrew Pollard, directeur de l’Oxford Vaccine Group, souligne quant à lui qu’« avec ce variant [Delta], nous sommes dans une situation où l’immunité collective n’est pas possible à atteindre, car il infecte toujours les individus vaccinés ». Or, Blanquer ne semble pas prendre la mesure de la situation : les 600 000 tests salivaires qu’il promet à la rentrée seront-il suffisant pour tester régulièrement les élèves ? En Allemagne, Autriche et Royaume-Uni, les autorités ont déployer des moyens conséquent pour que les élèves du primaires soient testés deux fois par semaine. En outre, l’aération des locaux, pour nécessaire qu’elle soit, risque de ne pas suffire. Blanquer évoque des purificateurs d’air mais, un an après le début de la crise sanitaire, on en est toujours au point mort en ce qui concerne leur financement.

« Pas de passe sanitaire à l’école ». Vraiment ?

La mesure phare que Blanquer met en avant dans son interview au JDD et qui est en une du journal c’est qu’il n’y aura « pas de passe sanitaire à l’école ». Au moment même où le passe sanitaire est généralisée jusqu’aux hôpitaux et que les personnels soignants sont forcés de se faire vacciner, le ministre temporise avec le mouvement contre le passe sanitaire et anti-vaccination. Les anti-vax sont parmis les plus virulent contre la vaccination des enfants et cette opinion trouve un écho même chez des personnes vaccinées et convaincues du bienfait de la vaccination. Dans les faits également, le vaccin pour les enfants ne sera pas disponible avant 2022. Blanquer cherche donc une forme de compromis tout en ne reniant pas, dans les fait la politique menée par le gouvernement à propos du passe sanitaire.

En effet, à y regarder de plus près, l’absence de pass sanitaire à l’école est un leurre. D’une part, les chefs d’établissement pourront avoir accès au statut vaccinal des élèves, ce qui relève d’une forme de contrôle identique à celle du passe sanitaire. Dès qu’il s’agira de faire une sortie, le passe sanitaire deviendra une nécessité pour entrer dans les musées. La solution du test PCR existe certes mais ils vont devenir payants, créant ainsi une inégalité entre les élèves. Pris au dépourvu, Blanquer promet des « précisions » à venir sur le sujet. Enfin, c’est lors des mesures d’isolement dans les classes suite à des contamination que l’existence d’un pass sanitaire officieux va se révéler : les élèves vaccinés pourront rester en classe tandis que les élèves non vaccinés devront rester chez eux pendant le temps d’incubation. « L’éviction » des élèves non-vaccinés dont parlait le protocole de reprise prend ici tout son sens.

Quelle stratégie face au virus et à Blanquer ?

Pour la deuxième rentrée sous crise sanitaire, aucune avancée en terme de conditions de travail n’a encore été obtenue et ce alors même que la situation ne s’est pas arrangée. Les masques restent toujours payants pour les élèves, aucune embauche massive d’ enseignants, d’AED, d’AESH et de personnels d’entretien n’a eu lieu, la vaccination en milieu scolaire reste floue, le contrôle continu et la destruction du bac se poursuivent... Les directions syndicales ont déposé une date unique le 23 septembre sans proposer de plan de bataille à la hauteur et sans même exiger la démission de Blanquer. C’est en imposant nos protocoles par en bas et nos mots d’ordre, comme cela a été fait lors des mobilisations au moment de la deuxième vague que nous pourrons obtenir que les mesures d’urgence pour l’école soient prises.




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