^

Politique

EDITO

Rentrée scolaire sans moyens. Face à la politique criminelle de Blanquer, organisons-nous !

La rentrée des classes en maternelle et primaire, une semaine avant que les collégiens et lycéens ne rejoignent leurs établissements, montre une nouvelle fois le niveau d'impréparation du gouvernement dans la gestion de la crise sanitaire et son refus obstiné de prendre les mesures qui s'imposent : gratuité des masques, embauche massive et stratégie de dépistage de vaccination véritablement ambitieuse.

lundi 26 avril

Crédits photo : AFP/Frederick FLORIN

Alors que l’épidémie bat toujours son plein avec plus de 100 000 décès et près de 30 000 cas de contamination par jour, les écoles maternelles et primaires ont réouvert, après une semaine en distanciel et deux semaines de vacances destinées à endiguer la montée du virus. « Est-ce qu’on reprend pour s’arrêter aussitôt ? », s’interroge Amandine, une enseignante en CP de Lille. Une question légitime, dans la mesure où, dans l’entourage même du président de la République, on assume que la réouverture des écoles est une « pièce jetée en l’air », un « pari » lancé par Emmanuel Macron face à un virus loin d’être sous contrôle !. Blanquer assure le service après vente. Vacciné depuis samedi dernier, le ministre de l’Éducation nationale se moque complètement de faire courir des risques inconsidérés aux élèves, à leurs parents et aux enseignants.

Le gouvernement ne se cache pas de jouer encore une fois avec la santé de la population, tout en développant un discours de complaisance mettant en avant le bien-être physique et mental des enfants. Pour rappel, les écoles maternelles et primaire, en comptant le jour férié, ne totalisent que trois jours de fermeture réelle. Comme depuis le début de la crise sanitaire, c’est surtout du maintien de l’activité économique que se préoccupent Blanquer et Macron, pressés de débarrasser les parents de la « charge » de leurs enfants. C’est ainsi que, malgré des conditions loin d’être favorables, notamment dans une quinzaine de départements où la circulation du virus est plus active qu’ailleurs, Jean-Michel Blanquer continue de se féliciter de sa gestion de la crise sanitaire dans les écoles et vante avec force les demi-mesures qu’il vient de prendre pour prétendre faire face à la situation.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette rentrée marque la volonté du gouvernement de montrer que tout va bien dans le meilleur des mondes. En déplacement dans une école à Melun ce lundi, le ministre de l’Éducation nationale, accompagné d’Emmanuel Macron, était en mission pour « remercier » les enseignants « de leur engagement depuis le début de la crise et aborder avec eux le cadre sanitaire spécifique aux écoles et les moyens mis en œuvre pour assurer la continuité pédagogique », selon les éléments de langage de l’Élysée. Dans les faits, les enseignants sont traités exactement comme les soignants et l’hôpital public : héros d’un jour quand il s’agit de renforcer la charge de travail et de dégrader les conditions de travail, fainéants, décrocheurs ou irresponsables quand ils contestent la gestion de la crise par le gouvernement.

Le nouveau protocole sanitaire mis en place lors de cette rentrée des classes en primaire n’a rien de très nouveau. Mis à part le renforcement des mesures de confinement en cas de contamination et la diffusion d’autotests, on peut tout juste noter le revirement de Blanquer sur les purificateurs d’air dans les classes. En novembre dernier, le ministre affirmait que leur utilisation n’était pas « probante ». Il est obligé de reconnaître aujourd’hui qu’avec 99% d’efficacité pour piéger les aérosols, les purificateurs sont indispensables pour assurer des conditions de cours sécurisées. Pourtant, en Allemagne et en Espagne, ces purificateurs sont utilisés depuis la rentrée 2020. Et là encore, Blanquer botte en touche lorsqu’il se contenter d’« encourag[er] les collectivités […] chaque fois que cela est pertinent  » au lieu d’en imposer l’usage dans tous les établissements.

Mais le point sur lequel Blanquer axe toute sa communication, c’est l’arrivée (enfin) des autotests : 400 000 tests salivaires chaque semaine dès cette rentrée et une « montée en puissance » à la mi-mai avec 600 000 hebdomadaires, alors que les écoles primaires et maternelles accueillent 6 millions d’enfants. Après des mois d’attente, l’arrivée des autotests permet d’éclipser en douce l’absence totale de stratégie vaccinale pour les enseignants. Le ministre de l’Éducation nationale tente même de redorer son blason en présentant cette mesure comme un acte fort. En réalité, comme le souligne Pierre Priouret, secrétaire académique du Snes-FSU de Haute-Garonne, « on ne sait pas trop comment ça va se passer ». Mais Blanquer a sa petite idée et compte bien déléguer la réalisation de ces tests aux enseignants eux-mêmes. Après avoir converti les écoles en garderies du Medef, les enseignants pourront bien revenir d’auxiliaire d’infirmerie... « C’est la seule solution », affirme une source ministérielle, « nous n’avons pas suffisamment d’infirmières scolaires pour faire ça, et on ne va pas créer 500 000 postes demain ». En effet, la création de poste n’est pas à l’agenda du gouvernement. C’est même plutôt l’inverse qui est programmé. Pourtant, si la crise sanitaire a bien révélé une chose, c’est l’urgence d’embaucher massivement des personnels pour répondre à toutes les difficultés auxquelles fait face l’école.

Les dix prochaines semaines avant les grandes vacances s’annoncent comme des semaines à haut risque. Blanquer, qui préfère « avoir à fermer 1% des classes que 100% des écoles », semble lui-même avoir quelques doutes tant l’insuffisance des mesures laisse à craindre une flambée de l’épidémie dans les lieux d’enseignement. Pour preuve, trois jours avant la réouverture, le ministre a timidement invité les parents à ne pas renvoyer leurs enfants à la cantine « quand ils peuvent le faire ». Privilégiant la stratégie du passage par le « trou de souris », quitte à laisser des « trous dans la raquette », Blanquer continue de jouer avec nos vies en imposant un protocole au rabais. Non seulement nous devons réclamer la fin des protocoles au conditionnel, afin que les mesures proposées soient réellement appliquées, notamment la multiplication des tests, la limitation du brassage des élèves et la fermeture préventives des classes dès le premier cas avéré, mais n’avons pas à nous contenter simplement de mesures qui, si elles peuvent être efficaces, apparaissent aujourd’hui encore insuffisantes. Nous devons réclamer la distribution gratuite de masques qui nous protègent et protègent nos élèves, comme ceux de type FFP2, la mise en place de purificateurs d’air, mais surtout, l’embauche massive de personnels éducatifs et de santé dans les écoles, ainsi qu’une stratégie vaccinale et de dépistage pour toutes et tous, qui soit rapide et qui remette en cause la propriété privée des vaccins et leur production par des entreprises privées, à la hauteur de la crise actuelle. Pour ce faire, un plan de bataille ambitieux aurait dû être prévu par l’intersyndicale enseignante. La rentrée dans les écoles maternelles et primaines mais aussi celle dans les collèges et les lycée la semaine prochaine risque de ressembler à celle de novembre où la question de la grève et des droits de retrait n’avait pas été anticipé. Il est plus que temps de s’organiser frontalement contre Blanquer et sa politique mortifère !




Mots-clés

Education nationale    /    Jean-Michel Blanquer   /    Education   /    Politique