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Politique

Déconfinement criminel

Réouverture des écoles : Macron se fout des inégalités, il veut remettre les parents au boulot

Alors que l’épidémie bat son plein et que menace une seconde vague de contamination, Emmanuel Macron a annoncé, à rebours des recommandations sanitaires, le retour en classe pour le 11 mai prochain dans le cadre d’un déconfinement « progressif ». Pour justifier l’ineptie sanitaire, le président et Jean-Michel Blanquer, pleurent sur les inégalités scolaires et la mission sociale de l’école. Foutaise ! Il s’agit surtout de permettre aux parents de retourner bosser au mépris de la santé de leurs enfants, de leurs familles et de celle des enseignants.

mardi 14 avril

Le choix de l’inconséquence sanitaire

Les écoles sont de véritables foyers de contamination et c’est pour cela qu’elles ont été fermées, bien que trop tardivement, en premier : les plus jeunes touchés par le virus sont, le plus souvent, asymptomatiques. Ils sont donc des transmetteurs indétectables par d’autres procédés que par des tests sérologiques. Les règles de « distance sociale » sont également très difficiles à mettre en place : pour les plus petits en particulier, mais aussi dans les collèges ou les lycées qui connaissent une surpopulation et des effectifs à 30 voire 35 dans des espaces confinés. Enfin, le décès de Julie, 16 ans, dans l’Essone, rappelle que le virus n’épargne pas les plus jeunes et que s’ils sont touchés, ils menacent leurs proches et leurs ainés.

Rouvrir les écoles, c’est donc faire le choix conscient d’aller à rebours des recommandations sanitaires les plus élémentaires. C’est faire le choix conscient de mettre en danger la vie des personnels de l’Education Nationale (50% des enseignants ont plus de 50 ans) et les usagers des établissements scolaires dont l’activité, face aux besoins de la population dans ce contexte de pandémie, ne parait pas absolument essentielle. On ne pourra pas dire qu’ils ne savaient pas, tant, au sujet des écoles, les experts sont clairs.

Inégalités scolaires et mission sociale de l’école : le prétexte pour renvoyer les parents au travail

Le prétexte, assumé par Emmanuel Macron lundi soir, c’est résorber les inégalités pour les élèves en grande difficulté que l’école à distance contribue à renforcer. Pour Jean-Michel Blanquer, sur France 2 le 14 avril, c’est maintenir la « mission sociale » de l’école et venir au secours des élèves en grande difficulté. La mission est noble. Mais elle parait assez mal venue de la bouche de ceux-là même qui se sont attelés, depuis le début du quinquennat, à détricoter l’éducation publique et ses objectifs sociaux : mise en place de la réforme du lycée et du « Bac local » avec les E3C vivement contestés, fonds sociaux des établissements divisés par deux en 2020, augmentation des effectifs des élèves et suppression de postes dans les collèges et les lycées… la liste est longue.

Mais sans doute il faudrait y rajouter la pression à la « continuité pédagogique » qui, au prix d’un stress aigu pour eux-mêmes et leurs élèves, a poussé les enseignants à maintenir, dans leurs classes en ligne, les mêmes objectifs que s’ils étaient en classe réelle. Faisant fi des écarts sociaux, de la fracture numérique, des inégalités culturelles et familiales patentes.

Le véritable sujet de ce déconfinement dans les écoles : c’est la reprise du travail pour les parents. Jusqu’alors, s’ils avaient la chance d’avoir un an d’ancienneté dans leurs emplois et étaient dans l’impossibilité de télétravailler, les parents pouvaient rester chez eux pour garder leurs enfants contre dédommagement. Plus largement, le déconfinement des écoles marque surtout le déconfinement de l’économie en général : « le premier mot », en dépit de ce que prétend Jean-Michel Blanquer, n’est pas le « social ». « C’est aussi de permettre aux parents de reprendre leurs vies ». Entendez, d’aller travailler et de faire tourner la machine à profit.

L’éducation en première ligne sans garanties sanitaires

Le déconfinement peut, à certains égards, apparaitre comme un soulagement. Notamment les élèves et leurs familles, qui vivent le confinement dans des conditions difficiles, dans des logements exigus et pour qui la situation impose une baisse des revenus (et que Macron méprise avec la proposition d’une aide sociale supplémentaire qui serait de l’ordre de quelques dizaines d’euros par collégien). Mais le déconfinement et le soulagement d’un retour en classe et « à la normale » ne peut pas se faire au mépris de la vie de centaine voire de milliers de personnes. Et des soignants qui depuis plusieurs semaines triment dans des hôpitaux saturés et vivent avec appréhension la possibilité d’une deuxième vague de contamination.

Macron s’engage sur un déconfinement des écoles mais sans apporter aucune garantie sanitaire : mis à part l’évocation des « masques grands publics » dont on se demande s’il ne s’agirait pas de masques de notre propre confection, il n’y aura ni dépistage massif, ni prise de température. Pas plus de clarté du côté de Jean-Michel Blanquer : « le caractère obligatoire du masque reste à définir » tout comme l’éventualité de « classes par petits groupes » ou encore d’une « possible charge horaire moins importante pour les élèves ». Une seule certitude, le « retour progressif » concernera en priorité les élèves des « lycées professionnels », plus sujet au « décrochage » mais aussi et surtout issus plus largement des milieux défavorisés. Encore une fois, c’est la logique de la double peine que Blanquer souhaite appliquer.

Pas de reprise des cours sans condition : droit de retrait, comité autoorganisé d’hygiène et sécurité, revendications

Les annonces gouvernementales sonnent comme des vœux pieux qui ne doivent pas nous duper. Les cas de contamination parmi les soignants se comptant par poignée, le scandale des masques révélé par Médiapart, la priorité que l’exécutif met sur l’économie au détriment des vies… Tout cela a montré l’incapacité de la Macronie à assurer le minimum pour notre sécurité sanitaire et qu’il ne faut lui accorder aucune confiance.

Quelques soient les annonces qui viendront à s’échelonner, les enseignants et les élèves ne doivent reprendre le chemin de l’école qu’à leurs conditions ! Et en déterminant leurs besoins. Qu’ils soient en termes sanitaires, à commencer par des tests massifs pour tout le personnel et les élèves, mais aussi des masques, des gants, des garanties sur le nettoyage des locaux, la réduction des effectifs en classe et constitution de petits groupes – ou en termes pédagogiques – révision et autodéfinition des programmes adaptés à la situation et aux besoins des élèves, embauche d’enseignants pour une prise en charge plus individualisée des élèves-. Enfin, au moment où le gouvernement pleure sur les inégalités et demande aux enseignants de s’engager, il semblerait judicieux d’exiger la suppression de la réforme du lycée, de Parcoursup, vecteurs de très fortes inégalités scolaires et sociales pour les élèves mais aussi de la réforme des retraites, cheval de bataille contre la précarité des futurs enseignants-retraités.

Pour cela, il parait essentiel de se doter, avant toute reprise des cours, de comité d’hygiène et de sécurité démocratique, constitué par des enseignants, des parents et des élèves de chaque établissement. Ces comités d’hygiène et de sécurité constitué par les personnels, tout statut confondu, et usagers devraient poser les conditions de la reprise et utiliser, collectivement et le cas échéant, le droit de retrait pour se protéger. Face aux mensonges d’Etat et à son incapacité d’assurer notre sécurité, à nous de la prendre en charge, par l’auto-organisation !




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