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Crise sanitaire

Réouverture des petits commerces, maintien des mesures autoritaires : vers un “confinement adapté” ?

Macron pourrait annoncer ce mardi un “confinement adapté”, avec notamment la réouverture des petits commerces. Mais les mesures autoritaires perdureraient, à l’image des attestations de déplacement qui resteront sûrement obligatoires jusqu’au 20 décembre.

samedi 21 novembre

Crédit photo : AFP

Ce mardi, un article du Figaro a révélé les mesures que Macron pourrait annoncer mardi 24 novembre à 20h pour annoncer la stratégie progressive du gouvernement pour la sortie du confinement à partir du 1er décembre. Cette stratégie pourrait se concrétiser en un passage du confinement à un “confinement adapté”, avec notamment la réouverture des commerces non-essentiels.

Un “allègement” du confinement que le gouvernement justifiera sans doute par la chute de la courbe épidémique cette dernière semaine. Les indicateurs du bulletin épidémique hebdomadaire de Santé publique France publiés ce vendredi matin sont effectivement en baisse, avec une diminution du nombre de nouveaux cas détectés ー un peu plus de 26 000 par jour ー de 40% et des nouvelles hospitalisations (2500 par jour) de 17%. Le nombre de nouvelles entrées aurait donc été, cette semaine, inférieur au nombre de sorties d’hospitalisations, ce lundi ayant marqué un pic avec 33 466 personnes hospitalisées.

C’est donc grâce à cette baisse relative de la courbe épidémique que le gouvernement peut se permettre de déconfiner progressivement le pays, et de rouvrir les petits commerces. En effet, ce vendredi, après le conseil de défense de mercredi où il a été question de la réouverture des petits commerces, Bruno Le Maire a invité à Bercy les représentants du commerce, et notamment la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) pour parler d’une éventuelle réouverture et des protocoles sanitaires à mettre en place. Une décision qui vise à répondre à la colère montante des petits commerçants qui, depuis le premier confinement, sont menacés par la crise économique, pendant que les grandes surfaces restent ouvertes.

Si le premier confinement aura eu plus d’impact sur l’activité directe que le deuxième, ce dernier pourrait en effet être plus dévastateur pour les petits commerces et pour l’économie en général dans la mesure où il intervient dans un contexte économique déjà largement dégradé, avec des entreprises très affaiblies et endettées et une consommation plus faible, en raison du confinement et des épargnes de précaution dues à la peur de perdre son emploi. Dans un pays comme la France où le capitalisme est partagé entre de grandes multinationales et de très nombreuses TPE et PME, en faisant le choix d’un confinement “made in MEDEF” au profit du grand patronat, le gouvernement a donc fait le pari dangereux de se mettre à dos toute une partie des petits patrons, ce qu’il cherche aujourd’hui à arranger par la réouverture des petits commerces. Ces derniers, selon les dires de Castex, pourraient ainsi rouvrir “autour du 1er décembre”.

Mais cette stratégie est à double revers, dans la mesure où si la courbe épidémique a considérablement baissé cette dernière semaine, elle pourrait bien remonter rapidement. Comme l’écrivent les échos, “rouvrir maintenant conduirait très probablement à une nouvelle flambée de cas”, puisque malgré la baisse des contaminations, le taux de positivité des tests reste quand même de 16%, un chiffre non négligeable. Plus encore, à l’image des 500 décès par jour la semaine dernière, “il faut s’attendre à plusieurs milliers de morts supplémentaires”. Selon Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, le nombre de contaminations quotidiennes ne retombera à 5000 qu’après “Noël, voire début janvier”. Le nombre de 5000 contaminations étant le seuil fixé par Macron pour déconfiner, le gouvernement doit ainsi faire face à une contradiction : rouvrir les petits commerces pour calmer la colère des petits patrons malgré la probabilité très grande d’une résurgence des cas.

Encore une fois, les grandes entreprises ne rentrent jamais dans l’équation, et le gouvernement continue sa logique qui consiste à privilégier les profits du grand patronat. En témoignent le premier confinement, pendant lequel de nombreuses entreprises pourtant non essentielles sont restées ouvertes, malgré les récurrentes protestations des salariés, et ce deuxième confinement complètement “made in MEDEF”, pendant lequel les petits commerces sont restés fermés et la liberté de circuler s’est vue restreinte, quand, dans le même temps, les grandes entreprises continuaient à fonctionner. Si le premier confinement pouvait encore passer, le deuxième a bien montré que le gouvernement préférait envoyer les salariés travailler et les élèves étudier la boule au ventre plutôt qu’investir massivement dans l’hôpital et l’éducation, ceci accompagné d’un bon lot de mesures autoritaires.

Car si la dynamique exponentielle de l’épidémie a pu être résorbée cette semaine, c’est bien du fait de la réduction de notre vie sociale à coup de mesures restrictives, et ce au détriment de la santé physique comme mentale de la population. Et le gouvernement compte bien continuer à gérer la crise de façon autoritaire, à l’image des mesures d’isolement coercitives pour les personnes testées positives envisagées par l’exécutif, ou des attestations de déplacement qui, selon Europe 1, pourraient rester obligatoires jusqu’au 20 décembre. Des mesures autoritaires encore et toujours justifiées par un discours individualisant et culpabilisant, avec un Macron qui ne cesse de nous rappeler la “gravité de la situation sanitaire” et de nous enjoindre de “ne pas baisser la garde”.

Une manière donc assumée de gérer la crise sanitaire à coup de mesures répressives. Un choix guidé par les profits, qui ne place jamais notre santé et nos vies en priorité. En ce sens, il faut dénoncer la stratégie du gouvernement, qui, s’il a pu, par l’instauration du couvre-feu puis du confinement, réussir à résorber la courbe épidémique, ne garantit absolument pas l’absence d’une troisième vague, en plus d’être responsable de la première et de la deuxième vague. Il est ainsi important de pointer l’absence de tests et de masques dès le début de la crise, absence justifiée par les mensonges successifs du gouvernement tous plus gros les uns que les autres, mais aussi l’absence d’embauches massives dans le secteur de la santé et des services publics.




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