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Notre classe

Les mensonges d’InVivo

Réouverture du Fürst 1 à Neuhauser : "on devra faire à deux le travail qu’on faisait à trois !"

Thierry Blandinières, PDG du géant InVivo, récent acquéreur de la boulangerie industrielle Neuhauser, était en visite séduction sur le site du Fürst 1 à Folschviller en Moselle pour annoncer sa réouverture. Derrière l’écran de fumée, les ouvriers ne sont pas dupes : pas d’embauches ni investissement : la réouverture ne doit pas se faire au prix des conditions de travail et de salaire.

samedi 11 juin

Crédit photo : Le Républicain Lorrain

Pour soutenir les salariés de Neuhauser face à la répression syndicale, et pour aux luttes qui se préparent, donnez à la caisse de solidarité !

La visite du PDG d’InVivo : un écran de fumée vite dissipé

Le 18 mai dernier, le PDG du groupe InVivo, Thierry Blandinieres, se rendait à Folschviller en Moselle pour visiter l’usine Neuhauser, la marque de boulangerie industrielle récemment acquise par le géant de l’agroalimentaire. En opération séduction, c’est en grande pompe que le nouveau patron a annoncé la réouverture du Fürst 1. Et pour cause, les salariés de Folschviller restés sur le Fürst 2 situé juste en face, gardent un mauvais souvenir de la fermeture du site en 2019, après avoir subi deux PSE successifs en 2017 et 2018.

Embauches, investissement, réouverture, c’est à grand renfort de promesses que Blandinières a tenté de rassurer les ouvriers, connus dans la région pour leurs grèves nombreuses et souvent victorieuses. Le lendemain dans la presse, le PDG expliquait ainsi sa préoccupation : “Dans cette entité, et principalement ici à Folschviller, il y a un passif de relations sociales que nous devons solder.” En revanche, aucune mentions aux journalistes des embauches et des investissements promis aux salariés la veille…

Réouverture du Fürst 1 sans embauche : une attaque en règle contre les conditions de travail et de salaire à Neuhauser

Le patron parle, au micro de France Bleu, d’un sureffectif dans l’usine automatisée du Fürst 2, d’entre 60 et 80 personnes qui vont devoir aller faire fonctionner les deux lignes semi-manuelles du Fürst 1.

Alors que l’usine de pain et viennoiserie mosellane vient d’embaucher 25 personnes grâce à la récente mobilisation des salariés sur les 32h payées 35h, le dégraissement des effectifs du F2 au profit du F1 envisagé par Blandinières ne présage qu’augmentation des cadences, difficulté du travail et surtout, une surcharge de travail pour chaque salarié.

"Pour nous qui sommes 250 dans l’usine, cela représente un tiers des effectifs qui vont devoir aller sur le Fürst 1, le travail qu’on fait à 3 aujourd’hui, on ne sera plus que deux pour le faire”, explique Christian Porta, secrétaire général de la CGT Neuhauser.

Quant aux salariés qui seront contraints de partir sur le F1, tout porte à croire qu’il subiront un impact financier import avec une baisse conséquente de leurs salaires.

“Moi quand j’ai commencé c’était 1270 euros net, aujourd’hui en EO4 (ouvrier niveau 4), t’es aux alentours de 1800 euros net, en travaillant moins : 32h payées 35h, ça c’est grâce aux luttes qu’on a mené depuis 2016”, raconte de son côté un autre militant de la CGT Neuhauser.

“On estime le salaire moyen sur le F1 dans le plan que la direction prépare à environ 1300 euros net, puisque ça ne sera que du travail de jour au début”, témoigne encore Christian Porta.

En ce qui concerne le F1 toujours, aucune trace non plus des investissements massifs promis par le patron dans les interviews qu’il livre à la presse. “La direction va rouvrir le site et ne va investir que dans la tête de ligne : la production, afin d’augmenter la cadence et n’investira pas dans les ateliers de conditionnement ce qui va aggraver les conditions de travail déjà difficiles dans des postes parmis les moins bien payés de l’usine”, confie Christian Porta.

En effet, si le site du Fürst 1, fondé dans les années 1980, a fermé en 2019, c’est, selon le groupe Soufflet qui avait alors imposé un PSE aux salariés, pour des raisons de vétusté des lignes, qui n’avaient alors pas reçues d’investissements depuis des années. Aujourd’hui, Thierry Blandinières espère rouvrir deux lignes de production d’un site jugé obsolète il y a quatre ans, sans investissement ni à l’emballage ni au compte des produits.

Ainsi, ces deux postes de travail, automatisés sur le site du F2, sont encore manuels sur celui du F1. Concrètement, cela veut dire que les travailleurs vont devoir compter les produits surgelés eux-même, constituer les cartons et les palettes à la main. On imagine aisément la pénibilité de ces travaux… Surtout quand on sait qu’avant la fermeture, un salarié sur deux employé sur le site du Fürst 1 avait des restrictions médicales dues aux mauvaises conditions de travail.

“Les salariés, à la fin des postes avaient les mains bleues d’avoir compté les produits surgelés à la main, les gens ont peur d’y retourner rien qu’en se souvenant des conditions de travail”, rappelle ainsi Christian Porta.

En 2013, selon l’INSEE et la Caisse nationale de l’Assurance maladie des travailleurs salariés, il y avait dix accidents de travail de plus dans l’agroalimentaire, pour un million d’heures de travail, que dans les autres industries. Le rapport insiste par ailleurs sur le fait que, malgré l’automatisation des usines, les troubles musculo-squelettiques sont fréquents et augmentent, favorisés par le travail au froid. Cette réalité est particulièrement frappante dans les usines de pains et pâtes et est une dure réalité à Neuhauser.

“La bataille qui s’engage, c’est une question de survie pour nos emplois”

Thierry Blandinières est donc le seul grand gagnant de ce plan qui vise à augmenter la production de 200.000 à 350 000 tonnes tonnes de produits , sans embauches, sans investissement, avec finalement, aucun coût financier pour le portefeuille patronal. Pourtant Neuhauser affiche un chiffre d’affaires porté à 400 millions sans parler du géant InVivo qui, quant à lui, cumule 10 milliards de chiffre d’affaire.

Et tandis que l’écran de fumée qu’a tenté de mettre en place le PDG se dissipe, la colère pointe dans l’usine. Encore plus quand le DRH du groupe assume les mensonges de la direction en réunion en expliquant ouvertement aux élu.e.s : “mon métier c’est de vous mentir”.

C’est d’ailleurs dans ce contexte d’offensive patronale contre les conditions de travail des salariés, que la direction s’attaque à la section syndicale CGT combative sur le site par une campagne de harcèlement acharnée contre les élus.

Face aux mensonges décomplexés de la direction et aux attaques contre leurs conditions de travail, les salariés de Neuhauser doivent donc se préparer à se battre pour défendre leurs emplois, leurs salaires et leurs conditions de travail.

Pour soutenir les salariés de Neuhauser face à la répression syndicale, et pour aux luttes qui se préparent, donnez à la caisse de solidarité !



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