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Politique

Stratégie du néant

Réponse à l’allocution d’Emmanuel Macron par des travailleurs de la Santé

Mercredi soir, Emmanuel Macron apparaissait en direct à la télévision pour faire un point sur la crise du Covid-19 alors que les soignants et la population s’apprêtent à faire face à une troisième vague de contaminations. Encore une allocution démontrant une nouvelle fois son incapacité à gérer la crise, en dehors de la culpabilisation individuelle et la répression.

lundi 5 avril

A peine passée la deuxième vague, nous voilà déjà plongés dans la troisième vague de contaminations que de nombreux soignants, médecins et épidémiologistes annonçaient pourtant l’arrivée depuis quelques semaines. Malgré cela, Macron continue à se montrer satisfait de sa stratégie sanitaire désastreuse, occultant la crise économique et les nombreuses suppressions d’emplois dont les patrons ont su profiter.
 
« Tester, isoler, protéger » une formule récitée tel un mantra à chacune de ses interventions, comme celles de ses ministres, cette stratégie n’est pourtant, après plus d’un an de tergiversations politiques, pas appliquée à la population et encore moins pour nous, agents hospitaliers. Ce manque de mesures concrètes de protection de la population face au virus se traduit par des morts parmi nos collègues, mais aussi par une obligation de service même si nous venions à être infectés. Une contagion pouvant même être réprimandée par l’encadrement au sein des services victimes de clusters. Des paroles non suivies par des actes, car est-il nécessaire de le rappeler, alors que le virus traversait les frontières, le gouvernement a bel et bien brillé par son manque de réactivité. Manque de masques et les consignes de ports qui changeaient sans cesse, manque criant de lits dû à la casse fomentée de l’hôpital public par les gouvernements successifs, et ceux-ci ne sont que des exemples parmi d’autres. 
 
De plus, la stratégie vaccinale a montré ses limites alors que nous étions encore qu’aux balbutiements, et la méfiance de la population face aux vaccins fait tout bonnement écho au manque de confiance de la politique globale du gouvernement. Une levée des brevets et une transparence totale des entreprises pharmaceutiques auraient permis l’élaboration d’une campagne de vaccination rapide et efficace, sans que ces entreprises s’enrichissent sur le dos des travailleurs. 
 
Pendant ce temps-là, la déprogrammation des opérations et des chimiothérapies engendrent et engendreront aussi des problèmes sanitaires à moyen et long terme, chose qui n’aurait pas lieu d’être si la rentabilité et les économies sur le budget n’étaient pas dorénavant les maitres mots aussi pour le domaine de la santé. 

Aujourd’hui les services de réanimation sont à nouveau surchargés. Nous, travailleurs de la santé, savons que les « mesures fortes » ne sont ainsi pas déployées, et c’est à nous qu’on demande aujourd’hui de faire de nouveaux sacrifices. Macron continue à ouvertement nous mépriser, alors qu’hier il nous appelait des « héros », nous sommes les mêmes soignants sur lesquels Macron rejette aujourd’hui la faute quant à la lenteur de la vaccination. Ce serait de notre faute si on ne peut pas ouvrir assez lits, alors que le matériel et le personnel sont manquants et à bouts de nerfs. L’État est le seul responsable de cette situation catastrophique, qui ne va que s’empirer si le gouvernement continue d’emprunter la même stratégie catastrophique sans jamais voir la vérité en face. Dans un contexte où l’hôpital public est à bout de souffle , payant le prix d’années de casse néolibérale du service public à coup de réformes et de coupes budgétaires. Nous ne voulons plus trier les patients, nous ne voulons pas faire ce choix macabre que nous impose le gouvernement ! 
 
Face à cette situation, nous exigeons aujourd’hui la réquisition des établissements de santé privés, afin d’y placer les personnes contaminées en quarantaine, empêchant l’engorgement des hôpitaux, mais aussi de les centraliser dans l’ensemble dans un système public, gratuit et accessible à toutes et tous. Il en va aussi des titularisations de l’ensemble des personnels hospitaliers et une augmentation des salaires. Nous exigeons la fin de l’évasion fiscale et des cadeaux faits aux actionnaires, avec mise en place d’un impôt exceptionnel aux grandes fortunes et aux grand propriétaires fonciers pour financer du gel hydro alcoolique, des gants, des masques et une campagne de tests massifs pour toutes et tous. Nous ne voulons plus avoir affaire au système D et au bricolage, de l’argent il y en a, mais que l’État préfère mettre dans les poches du patronat ! La reconversion de la production de toutes les entreprises qui fabriquent des produits non essentiels ainsi que le contrôle sur la distribution permettrait de fournir gratuitement à toute la population les protections individuelles telles que des masques, des gants, du gel désinfectant, et d’équiper les hôpitaux en respirateurs ainsi que tout le matériel de réanimation.
 
Nous dénonçons l’abandon des services publics dans son entièreté, mais surtout dans les régions les plus pauvres car le manque de moyens s’est aussi fait ressentir dans les écoles, et dans les transports publics, a contrario du budget mis dans la répression et dans la politique sécuritaire, ou encore les cadeaux de plusieurs milliards d’euros fait au patronat. Le gouvernement préfère renforcer son arsenal policier, et les mesures sécuritaires pour répondre à la crise sanitaire, en culpabilisant individuellement la population, alors qu’il est le seul responsable de cette situation catastrophique ! 

Nous souhaitons alerter sur les dangers de l’émergence de nouvelles maladies infectieuses que le gouvernement les connaissait comme le montre un [rapport d’information du sénat datant de 2012. Ce virus n’a pas de nationalité, ni même ses différents variants qui ont eux aussi émergés, on a aujourd’hui affaire à une pandémie mondiale. Au-delà de chercher à rentabiliser constamment les services publics, de faire du lucratif sur la santé de la population, en privatisant, et à coups de coupes budgétaires et de réformes libérales, le système capitaliste dont le gouvernement est le plus pieux défenseur, en donnant des milliards aux patrons.

C’est aussi celui qui écrase et fait payer aux travailleurs, classes populaires et aux jeunes les pots cassés de la crise. Basé sur l’exploitation des hommes et des ressources naturelles, en détruisant la planète, le capitalisme fait aussi poindre la prolifération de maladies mortelles telles que la Covid-19. Par exemple, la déforestation massive à travers le monde comme en Amazonie, en Indonésie, à Madagascar ou en Afrique tropicale pour des besoins de carburants d’origines agricoles exposent les êtres humains aux arbovirus, abrités autrefois par les grandes forêts humides équatoriales. Autre exemple, les fermes usines à élevages intensifs d’animaux sont aussi vectrices de nombreuses épidémies, comme la grippe H5N1. De cette manière, nous devons, au-delà des revendications spécifiques aux services publics pour prioriser les vies plutôt que les profits, c’est tout un système qu’il faut remettre en cause, pour une écologie rompant avec toute logique productiviste, capitaliste.

Mais ce n’est pas tout, à l’échelle internationale, la stratégie vaccinale montre encore une fois l’emprise des pays impérialistes sur les pays pauvres. Se livrant même à un apartheid vaccinal comme en Israël où une majeure partie de la population palestinienne se voit privée de doses, allant ainsi à l’encontre des accords de Genève qui obligent une force d’occupation à mettre en place « mesures prophylactiques et préventives nécessaires pour combattre la propagation des maladies contagieuses et des épidémies ». Il est pour nous, travailleurs de la santé, inacceptable, à l’échelle nationale de trier les patients et de laisser mourir certains, mais aussi à l’échelle internationale, de voir certains pays, qui au détriment de pays impérialistes comme la France, être dans une situation de plus en plus critique. De cette manière, nous exigeons la transparence et la levée des brevets, et la distribution équitable pour toutes et tous les vaccins. 

En conclusion, nous et bon nombre de travailleurs ne faisons nullement confiance en ce système meurtrier, le gouvernement et ses institutions qui le maintiennent en place. Nous, travailleurs devons alors nous organiser en auto-organisation, contre cette politique meurtrière, et ce système capitaliste qui est responsable de cette crise sanitaire, pour que ce ne soit pas à nous de payer la crise. 




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