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Répression à l’INJS : des surveillant.e.s de nuit non-renouvelés pour avoir fait grève !

Après une grève de deux jours, la direction de l’Institut National de Jeunes Sourds de Paris se refuse à renouveler une grande partie des contrats de celles et ceux qui ont participé à ce mouvement de contestation.

mercredi 23 juin

Crédits photo : Des surveillants en colère

Une répression contre des surveillant.e.s qui ont fait grève

Le 8 décembre 2020 dernier, une grève de deux jours éclatait à l’Institut National de Jeunes Sourds de Paris, établissement public d’enseignement spécialisé placé sous la tutelle du Ministère des Solidarités et de la Santé. Educateur.trice.s et professeur.e.s, ainsi que 17 surveillant.e.s de nuit sur une équipe de 20, s’opposaient à la suppression d’un poste de chef de service, mais aussi à la dégradation des conditions de vie et de travail. Pendant ces deux jours, la direction de l’établissement emploie alors des intérimaires pour remplacer les surveillant.e.s, une pratique illégale.

A la suite de cette mobilisation, les surveillant.e.s de nuit, tou.te.s des étudiant.e.s entre 19 et 26 ans, en CDD, sont convoqué.e.s sans préavis par le chef de service collège/lycée et le directeur adjoint qui les réprimandent pour avoir participé à la grève. Selon eux, les surveillant.e.s n’y avaient pas leur place et leur grève mettait en danger les élèves qui résident à l’internat. Surtout, par la suite, les surveillant.e.s apprennent que onze d’entre eux ne seront pas renouvelés pour l’année prochaine, à cause de leur participation à cette grève. Une information que la direction n’a pas pris la peine d’annoncer puisque ce sont les surveillant.e.s individuellement qui ont dû contacter les ressources humaines.

Lucie (prénom modifié), surveillante gréviste contactée par Révolution Permanente, nous raconte : « Un quart des surveillants de nuit n’a reçu aucune nouvelle concernant la rentrée prochaine. Il nous a fallu aller voir nous-même les Ressources Humaines pour qu’on nous annonce nos non-renouvellements. Suite à cela, nous avons envoyé un mail au chef de service afin de faire part de notre envie de renouveler nos contrats. Aucun retour de notre chef, silence radio. Dix jours après l’envoi de notre mail, certaines d’entre nous se sont rendues dans le bureau de notre chef de service pour exiger des explications. A demi-mot entre deux remarques infantilisantes sur notre manque de connaissance du droit du travail, il nous a confirmé que la raison à ces fins définitives de contrats était la grève ». Les grévistes essaient maintenant de contrer la décision de la direction sur le non-renouvellement des contrats en passant par des contre-attaques judiciaires.

Des conditions de travail honteuses pour les surveillant.e.s

Alors que la répression frappe, il n’y a en revanche toujours pas de reconnaissance des conditions de vie pénibles des surveillant.e.s, qui travaillent de 18h à 8h le lendemain deux soirs par semaine et deux dimanches par mois, mais qui ne sont pas payés de 22h à 7h, car ce temps est considéré comme un temps de repos. Ce alors même que, la nuit, les surveillant.e.s sont obligé.e.s de travailler pour répondre aux demandes des élèves.

Les surveillant.e.s sont chacun.e responsables d’un étage différent, ce qui signifie qu’au collège un.e surveillant.e.s s’occupe de 10 jeunes, et qu’au lycée un.e surveillant.e en suit 9. Ils et elles se retrouvent à partir de 22h, suite au départ des éducateur.trice.s. Les surveillant.e.s disposent d’un lit pour dormir et à partir de 6h45 le lendemain ils et elles préparent le petit-déjeuner pour les élèves. Ces conditions de travail sont amenées à se dégrader du fait d’un nouveau protocole mis en place par la direction de l’établissement, règlement qui vise à « renouveler l’institution ». Celui-ci réduit les effectifs totaux de l’institut et élimine pour les surveillant.e.s les congés payés, conduisant à la perte de deux mois de salaires ! Selon Lucie, ces mesures « visent en réalité à faire des économies tout en dégradant les conditions de travail et de vie au sein de l’internat ».

Cette grève, et la répression de la direction sur les surveillant.e.s, tout comme la suppression du poste qui en est à l’origine, s’inscrit dans un contexte de casse du service public perpétrée par le gouvernement, et ses prédécesseurs. C’est ce que pointent les grévistes dans leur pétition : « Nous n’avons parlé que de notre situation, mais celle des éducateurs est similaire, et la logique est la même : économiser sur les salaires et les emplois ! ». Lucie accuse directement le gouvernement, qui se cache derrière les mensonges de la plateforme 1 jeune 1 solution pour exploiter les jeunes travailleur.se.s, que la crise sanitaire a encore davantage précarisés. Pour la jeune surveillante, « Pour nous, c’est perdre notre unique source de revenus, qui n’impactait déjà pas trop la tirelire de l’Institut. Dans une période où le chômage et la précarité étudiante est en pleine expansion et où la solidarité envers tous les travailleurs devrait être primordiale. Le gouvernement dit nous apporter des solutions et un soutien. Comment se fait-il alors, qu’un institut national mette fin à l’activité de la moitié de son équipe de surveillants ? ».




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