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Complicité génocidaire

Criminalisation du soutien à Gaza : l’autre versant du changement de ton de Macron sur la Palestine

Après un an et demi d’horreur à Gaza, Emmanuel Macron commence à changer de ton et promet de reconnaître l’Etat palestinien. Un retournement de veste des plus cyniques qui masque mal que le président français continue de réprimer sans relâche les voix dénonçant la barbarie israélienne.

Daniel Matisa

4 juin

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Criminalisation du soutien à Gaza : l'autre versant du changement de ton de Macron sur la Palestine

Crédit photo : O Phil des contrastes, Flickr

Alors que nous assistons depuis plus d’un an et demi au premier génocide filmé en direct de l’histoire, il semble de plus en plus difficile pour Emmanuel Macron de nier la réalité du massacre en cours à Gaza. Mais derrière un ton plus critique vis-à-vis d’Israël, le gouvernement français continue de soutenir les projets génocidaires de Netanyahu avec sa meilleure arme : la répression du mouvement de solidarité avec la Palestine.

Lire aussi : Gaza : l’Histoire les jugera

Un retournement de veste hypocrite après des mois de criminalisation des voix propalestiniennes

Le 30 mai dernier, Emmanuel Macron déclarait que la reconnaissance d’un Etat palestinien n’était « pas seulement un devoir moral, mais une exigence politique », menaçant de « durcir la position collective » contre l’Etat hébreu « s’il n’y a pas de réponse à la hauteur de la situation humanitaire » à Gaza. Un revirement de position d’un cynisme éhonté de la part de celui qui a été un soutien politique et militaire sans faille de l’Etat génocidaire.

Car personne n’a oublié la répression qu’ont subi les voix propalestiniennes dès les premières semaines du génocide. En octobre 2023, le gouvernement avait ainsi interdit plusieurs manifestations pour la Palestine, fondant ses décisions sur des arguments fallacieux assimilant dénonciation des crimes israéliens et antisémitisme mais aussi soutien à la Palestine et soutien au Hamas.

Dès lors, la machine répressive était lancée. Entre le 7 octobre 2023 et le 30 janvier 2024, on dénombrait 626 poursuites pour « apologie du terrorisme » visant des soutiens de la cause palestinienne. Si ce n’est pas la première fois que la répression de militants politiques s’est faite au travers de dispositifs répressifs d’exception, le recours au délit spécifique d’ « apologie du terrorisme », ainsi que sa banalisation et sa multiplication ont été le véritable fer de lance de l’offensive du gouvernement pour faire taire les voix critiques d’Israël. Au-delà des convocations intimidatrices fondées sur ce délit, les affaires jugées dès début 2024 par les tribunaux avaient conduit à des condamnations lourdes : amendes conséquentes, peines de prison avec sursis ou encore inscription au fichier des auteurs d’infractions terroristes.

Alors que le nombre de poursuites est aujourd’hui très largement supérieur, mais difficile à quantifier en l’absence de chiffres officiels, l’ampleur de cette répression a été si importante qu’elle a été dénoncée notamment par Marc Trévidic, ex juge antiterroriste à l’origine de l’infraction. Mais aussi par le Comite des droits de l’homme des Nations Unies, le 7 novembre 2024, qui s’est inquiété que de nombreux responsables syndicalistes, politiques et associatifs aient été poursuivis et a appelé la France à revoir le délit.

L’un des cas emblématiques de cette répression judiciaire a été Jean-Paul Delescaut, secrétaire de l’UD CGT 59, condamné le 28 mars 2024 à 1 an de prison avec sursis suite à la publication d’un communiqué évoquant l’« occupation militaire et coloniale » menée par Israël en Palestine. La députée LFI Mathilde Panot ainsi que Rima Hassan ont également été convoquées par la police judiciaire pour « apologie publique d’un acte de terrorisme ».

L’autre versant de cette criminalisation du mouvement de solidarité avec la Palestine a été l’instrumentalisation de l’antisémitisme. De la « marche contre l’antisémitisme » initiée par Larcher et Braun-Pivet en novembre 2023 à la « loi contre l’antisémitisme » proposée par Renaissance à l’automne 2024 en passant par la cabale médiatique et politique contre LFI sur fond d’accusations d’antisémitisme, l’instrumentalisation du racisme anti-juifs par le gouvernement et ses alliés a servi de contrepoids aux mouvements de solidarité avec la Palestine et surtout d’outil pour les criminaliser. A titre d’exemple, la proposition de loi déposée par Caroline Yadan, successeure de Meyer Habib, prévoit d’étendre l’arsenal répressif de l’Etat en assimilant toute critique de la politique de l’Etat sioniste à la haine des juifs. Une telle définition de l’antisémitisme ouvrirait la voie à une nouvelle intensification de la répression des voix dénonçant le génocide. Au-delà de la criminalisation, cet amalgame entre antisionisme et antisémitisme a joué un rôle décisif dans la justification du soutien inconditionnel de l’Etat français à Israël, mais aussi dans le renforcement de l’extrême-droite lavée de son antisémitisme congénital.

Le génocide se poursuit, en même temps que la répression du mouvement de solidarité avec la Palestine

Alors que le changement de ton du président n’a été évidemment accompagné d’aucune mesure concrète vis-à-vis de l’Etat génocidaire pendant que les massacres s’intensifient à Gaza et que Tsahal étend son emprise sur la Bande, la criminalisation du mouvement, elle, se poursuit en France. Le 27 mai, 7 militants comparaissaient devant la justice pour une action contre Thalès, qui leur réclame une réparation financière de 20 000 euros. Le 30 mai, l’imam des Bleuets Smaïn Bendjilali était condamné à 6 mois d’emprisonnement avec sursis, 5 ans de privation des droits civiques et 2000 euros d’amendes pour des tweets de soutien à la Palestine. En mai toujours se tenaient les procès pour « incitation à la haine » de Moustapha, aide-soignant ayant protesté contre la venue de Bezalel Smotrich à Paris, et de François Burgat, ancien directeur de recherche au CNRS poursuivi pour « apologie du terrorisme ». Si tous deux ont obtenu une relaxe, ces procédures judiciaires s’inscrivent pleinement dans la campagne d’intimidation des soutiens de la Palestine.

Dans le même temps, le gouvernement d’Emmanuel Macron et Bruno Retailleau a engagé une procédure de dissolution contre Urgence Palestine, reprenant à leur compte une revendication prônée par le RN depuis des mois. C’est dans ce contexte que s’inscrit le procès qui vise Anasse Kazib le 18 juin prochain pour « apologie du terrorisme ». Celui-ci est le seul porte-parole d’une organisation politique nationale à être poursuivi pour ce délit. Il résumait dans un communiqué paru en janvier : « En me poursuivant, l’Etat teste les limites de ce qu’il peut faire sur le terrain répressif et envoie un signal à notre camp. En même temps, il rappelle qu’en 2025, après plus d’un an de massacres à Gaza, la justice continue de menacer de jeter en prison celles et ceux qui osent dénoncer cette barbarie ».

Alors que les dirigeants européens font mine de s’indigner de la situation en Palestine tout en poursuivant la répression des « lanceurs d’alerte » de la première heure, il y a urgence à faire front pour revendiquer la relaxe de l’ensemble des personnes poursuivies pour leur dénonciation du génocide. Aucune confiance ne peut être accordée aux puissances impérialistes, mais à l’heure où le déluge de contrevérités sur Gaza s’essouffle face à l’horreur de la situation dans la Bande, une fenêtre de tir s’ouvre pour donner un second souffle au mouvement de solidarité avec la Palestine. Dans ce mouvement se décidera non seulement la fin du génocide et la libération de la Palestine, mais aussi la possibilité d’une contre-tendance aux dynamiques réactionnaires en cours.

Lire aussi : Lire aussi : Gaza : le mouvement pour la Palestine doit exploiter les fissures du camp génocidaire


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