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Répression en Guadeloupe : les organisations de gauche doivent appeler à une grande action de solidarité

Depuis une semaine, la Guadeloupe connaît une importante mobilisation contre l’autoritarisme sanitaire, la vie chère et la domination de l’État français. Face à la répression coloniale, les organisations politiques et syndicales doivent réagir de façon urgente et organiser des actions en soutien au peuple guadeloupéen.

mercredi 24 novembre

Crédits photo : France 24

Une mobilisation radicale qui se poursuit malgré la répression coloniale

Depuis une bientôt une semaine et demi, la Guadeloupe connaît une mobilisation importante. Lancée le 15 novembre, jour de la mise en œuvre des sanctions contre les soignants et pompiers non-vaccinés, à l’appel du LKP, la mobilisation est partie de l’opposition à l’autoritarisme sanitaire pour déborder rapidement ces enjeux. Dans un territoire structurellement dominé par l’Etat français, le rejet de l’obligation vaccinale a catalysé la colère d’une partie de la population, qui subit le chômage qui s’élevait à 17% sur l’île en 2020 et la misère avec un tiers de la population sous le seuil de pauvreté.

L’État français tente depuis la semaine dernière d’écraser cette contestation légitime, qui a pris des formes radicales avec la jonction d’une partie de la jeunesse guadeloupéenne. Dès vendredi dernier, le Préfet de Guadeloupe décrétait un couvre-feu de 18h à 5h jusqu’à mardi, qu’il a prolongé jusqu’à samedi prochain. Dans le même temps, l’État organise la répression des révoltes avec l’envoi de 200 policiers et gendarmes supplémentaires, du RAID et du GIGN. Aux 90 interpellations depuis la semaine dernière s’ajoutent de nombreuses violences, avec des images de tabassages diffusées sur les réseaux sociaux mais aussi un jeune blessé par balle dans la nuit de mardi à mercredi aux Abymes.

Malgré cette répression, la mobilisation continue. Mercredi matin, France Info rapporte ainsi que « le réseau routier est toujours bloqué, en Guadeloupe, en cette matinée du mercredi 24 novembre 2021. Les principaux barrages, érigés dans le cadre de la contestation sociale, sont toujours en place.
(…) L’agglomération pointoise est très impactée, par ces entraves à la circulation. En Basse-Terre, même situation, particulièrement de Capesterre-Belle-Eau à Vieux-Habitants. Nul ne passe à La Boucan, à Sainte-Rose. Le rond-Point de Montebello, à Petit-Bourg, reste aussi quasi-infranchissable, à moins d’âpres négociations. Le carrefour de Mahault, à Pointe-Noire, est un autre point chaud de la contestation. Idem, en direction de Saint-François, où des points de blocages sont hermétiques. Le barrage de Perrin, aux Abymes, est toujours sous bonne garde des contestataires.
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Le gouvernement cherche à écraser la révolte avant qu’elle ne s’étende

Tandis qu’il réprime violemment le mouvement, le gouvernement tente de le décrédibiliser en fustigeant une « minorité violente » pour légitimer la répression, tout en centrant son discours sur la question vaccinale. En ce sens, Jean Castex a annoncé lundi la mise en place d’une « instance de dialogue » pour accompagner les soignants refusant de se faire vacciner. Le lendemain, Sébastien Le Cornu annonçait l’envoi de vaccins qui ne soient pas à ARN messager.

Pourtant, si le gouvernement refuse d’évoquer l’ensemble des revendications et des éléments mis en avant par les manifestants, les enjeux soulevés par le mouvement en cours vont au-delà de l’autoritarisme sanitaire. La question de la vie chère notamment est un enjeu fondamental alors que l’inflation pèse particulièrement lourd en Guadeloupe. En novembre, le prix du sans plomb (fixé par l’État) était relevé pour atteindre 1,75€ le litre contre 1,64€ en métropole. Début novembre, la Fédération socialiste de Guadeloupe pointait des niveaux de prix « jamais atteints » qui « dépassent ceux qui ont précédé le mouvement social de 2009 qu’ils avaient d’ailleurs contribué à déclencher ».

C’est en ce sens que la plateforme revendicative du LKP rassemble 32 revendications et mêle lutte contre l’autoritarisme sanitaire (abrogation du pass sanitaire, gratuité des tests) et pour des moyens pour la santé et revendications sociales et économiques comme l’augmentation des salaires et minimas sociaux, le maintien des primes vie chère, des moyens supplémentaires pour les services publics ou encore la condamnation des empoisonneurs au chlordécone et la dépollution des sols. Une logique qui fait des émules puisque c’est autour de revendications similaires qu’une large intersyndicale a appelé à la grève générale depuis lundi 22 novembre en Martinique. Ce mercredi, le mouvement était toujours en cours avec un renforcement des blocages sur l’île.

Les Guadeloupéens et Martiniquais montrent la voie : les organisations de la gauche syndicale et politique doivent déployer une large solidarité

A l’heure où le gouvernement et le patronat sont déterminés à faire payer la crise à la population par l’augmentation des prix et à maintenir le sous-investissement dans les services publics, démultiplié dans ses colonies, le mouvement en Guadeloupe soulève de nombreux enjeux essentiels. Sur le terrain de l’autoritarisme sanitaire, la mobilisation n’est pas exempte de confusion sur la question de vaccination, nourrie par la défiance envers l’État et sa gestion coloniale de la crise sanitaire. Mais s’il est fondamental de réaffirmer que celle-ci est un outil indispensable pour la lutte contre le virus, la défiance d’une partie des manifestants ne doit pas empêcher de voir que la colère qui se déploie sur les barrages ou dans les révoltes nocturnes va dans le sens d’une dynamique progressiste de refus de la misère et de l’autoritarisme imposés par l’État français.

Pourtant, alors que les guadeloupéens montrent la voie et subissent pour cela une intense répression, les organisations de gauche et du mouvement ouvrier ignorent largement la mobilisation et se refusent à agir. Les directions de la CGT et de Solidaires se sont ainsi contentées de communiqués de solidarité, appelant à la mise en place d’un dialogue et de négociations plutôt qu’au renforcement et à la généralisation du mouvement pour faire plier le gouvernement. Par ailleurs, aucune initiative de solidarité n’a été lancée après une semaine et demie de mobilisation.

En soutien au peuple guadeloupéen, il est essentiel que les directions syndicales et l’ensemble des organisations de gauche fassent preuve d’une solidarité active. La radicalité des mobilisations en Guadeloupe et les revendications qui s’y expriment peuvent être un point d’appui pour la construction d’un grand mouvement d’ensemble. En ce sens, il est impératif de montrer que les guadeloupéens ne sont pas seuls, en dénonçant la répression coloniale et en organisant la solidarité. Dans le même sens, il faut travailler à l’extension du mouvement dans la continuité de la dynamique en cours en Martinique.

Alors que des grèves se construisent localement pour des salaires décents - comme à Labeyrie, Séphora ou Leroy Merlin – et que la colère existe largement, une telle campagne de solidarité pourrait être un élément dans la construction d’un plan de bataille d’ensemble contre la vie chère et l’autoritarisme du gouvernement.




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