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Figure de l'opposition

Répression politique en Algérie : l’opposant Karim Tabbou maintenu en détention

Mercredi 2 octobre, Karim Tabbou, figure de l'opposition au régime en place, a vu son maintien en détention confirmé par un juge d'instruction. Le pouvoir actuel - qui tente d'imposer des élections présidentielles à la population qui elle, rejette le système dans son ensemble - se livre à une répression de plus en plus dure des opposants politiques.

vendredi 4 octobre

Depuis le 22 février dernier et le début du hirak (« mouvement » en arabe), Karim Tabbou a émergé comme une des figures de l’opposition au régime en place. Ancien cadre du Front des Forces Socialistes (FFS) et aujourd’hui porte-parole de l’Union Démocratique et Sociale (UDS), Karim Tabbou a été arrêté une première fois le 12 septembre pour « atteinte au moral de l’armée », avant d’être relâché au bout d’une semaine puis arrêté à nouveau pour « incitation à la violence ». Incarcéré depuis, sa détention a été confirmée par un juge d’instruction d’Alger ce mercredi 2 octobre.

Dans un contexte de tension importante en Algérie, le gouvernement Bensalah-Bédoui qui assure par intérim les fonctions de président et de premier ministre, et le chef de l’Etat-Major Ahmed Gaïd Salah, homme fort du pouvoir, mènent une répression farouche en direction de leurs opposants politiques. Cette répression semble s’accélérer depuis quelques semaines.

Le 25 septembre, c’est Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des Travailleurs, qui était condamnée à 15 ans de prison. Mardi 1er octobre, c’est une députée de la France Insoumise, Mathilde Panot, qui a été interpellée par les forces de l’ordre du régime alors qu’elle était en visite en Algérie.

Ce mercredi, c’est donc Karim Tabbou, dont les manifestants brandissent le portrait et exigent la libération, qui a été la victime de cette politique répressive. L’émergence de ce dernier comme figure du mouvement est due aux limites actuelles du mouvement qui peine à s’auto-organiser, et n’a pas de cadre pour élire démocratiquement ses propres représentants, laissant l’initiative aux grands médias libéraux de mettre en avant les figures jugées assez conciliantes. Il faut en effet rappeler que Karim Tabbou n’était pas opposé aux politiques antisociales menées sous l’ère Bouteflika, et qu’il ne refusait pas la perspective d’une « sortie de crise » par la mise en place d’élections présidentielles, véritable porte de sortie à moindres frais pour le régime. Mais son arrestation témoigne d’une offensive répressive du pouvoir et d’une volonté de museler l’opposition politique, aussi conciliante soit cette dernière.

En effet, pour pallier à la crise qui s’approfondit depuis la démission forcée de Bouteflika sous pression de la rue, le pouvoir en place veut organiser des élections présidentielles le 12 décembre prochain. L’objectif pour lui est de faire élire un nouveau gouvernement qui aura la légitimité pour mener la même politique autoritaire et antisociale que ses prédécesseurs et mettre en place les mesures néolibérales réclamés par l’impérialisme, FMI en tête, ainsi que ses relais locaux. Mais la colère de la population n’est pas seulement dirigée contre gouvernement actuel mais bien contre l’ensemble du système, pour un changement radical. Les Algériens, descendus en masse dans les rues cette semaine encore, sont nombreux à clamer leur refus d’aller voter et leur intention de boycotter ces élections.

Face à cette offensive répressive du régime, il est nécessaire que les travailleurs, les étudiants et l’ensemble des masses opprimées algériennes s’organisent en comité de quartier, d’usine, et d’université. Cela afin d’élire leurs propres représentants et de construire la grève générale, seul moyen pour obtenir la libération des prisonniers politiques, empêcher la tenue d’élections présidentielles, et de renverser le pouvoir actuel par la mise en place d’une assemblée constituante révolutionnaire chargé d’en finir avec les institutions du régime pourri par la corruption, de réaliser les tâches de l’indépendance nationale, de rompre avec l’impérialisme, et de bâtir une Algérie qui réponde aux aspirations démocratiques et sociales exprimées par le peuple algérien.

 Crédits photo : RYAD KRAMDI / AFP 




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